‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 64 sur 122 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

SoQ caractère. — Richesse et variété de son théâtre. — Part de la comédie. — Ses débuts dans le vaudeville. — Mademoiselle de Belle- Isle. — Un mariage sous Louis XV.

Tandis que Scribe arrivait, avec la dynastie de Juillet, à lapogée de sa fortune et de sa renommée, il voyait un nouveau rival, un écrivain tapageur, envahir et lui disputer le domaine de la comédie. Celui-là n'était pas un bourgeois, un philistin, mais un des coryphées, des trompettes les plus retentissants de la jeune école, qui venait de poser victorieusement son drapeau sur la scène du Théàtre- Prancais avec Henri 111 et sa cow\ Le monde entier

avait, au bout de huit jours, connu le nom d'Alexandre Dumas. Cette gloire bruyante s'imposait à l'attention publique par une série de productions et de succès accumulés coup sur coup. En moins de quatre ans, de 1828 h 1832, il avait donné au théâtre quatre pièces, soit en prose, soit en vers : Henri III et Christine de Suède, deux drames historiques ; Antony et Richard d'Arlington^deux drames passionnés, échevelés, dont le premier surtout avait mis la salle en feu. C'était là une puissance, une fécondité incontestable.

En môme temps que le rival de Scribe, Dumas devenait le lieutenant, presque l'égal de Victor Hugo

au théâtre: il pouvait tout oser et tout rôver. Son orgueil associé à sa bonhomie se dilate et s'exalte naïvement : les chimères ambitieuses de Picrochole et de Pyrrhus, les songes d'or de Monte-Cristo lui traversent la tête. Étrange et amusant personnage, romancier et poète, tenant à la fois de La Calprenède, de Cyrano, de Scudéry, tout en leur étant très supérieur ; grand hâbleur et ferrailleur comme eux, mêlant deux ou trois duels à ses premiers succès littéraires ; matamore et bon enfant, loyal et généreux, prodigue de son esprit et de son argent, ayant en lui-même une confiance illimitée ; fils d'un général de l'Empire, brave comme son père et beau comme sa mère, mulâtre gascon aux cheveux crépus, associant dans sa personne la vanité enfantine du nègre et l'aplomb imperturbable du marquis de Crac. Le qw) non ascendaml^ dePouquet semble avoir été sa devise dès le début.

N'étant encore qu'expéditionnaire dans les bureaux du Palais-Royal, son chef, M. Oudard, lui reproche de perdre son temps à rêvasser, à courir la prétantaine dans les petits théâtres, où il essaye de donner quelques vaudevilles avec son ami de Leuven. « Passe encore s'il faisait des vers comme M. Casimir Delavigne! Au lieu de le blâmer, on l'encouragerait. » « Monsieur, réplique Dumas, je n'ai pas l'âge de M. Casimir Delavigne, poète lauréat de 1811.... Mais enfin, écoulez bien ce que je vais vous dire.... Si je ne croyais pas, dans Tavenir, faire autre chose que ce que fait M. Casimir Delavigne, eh bien! monsieur, j'irais audevant de vos désirs, et à l'instant même je vous

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