‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 66 sur 122 · Mémoires (T Alexandre Dumas · texte numérisé non relu

Mémoires (T Alexandre Dumas

Dumas, il faut le reconnaître, tout en devenant par son succès même un des chefs et des représentants du Romantisme, est loin de partag-er la passion ou le fanatisme des sectaires. La liberté lui suffit: il accepte et admet tous les genres et reste toujours bon enfant.

Dans une sorte de profession de foi littéraire placée en tête de son Napoléon Bonaparte^ il dit : « Je y n'admets pas en littérature de système, je ne suis pas > d'école, je n'arbore pas de bannière. Amuser et \ intéresser, voilà les seules règles, je ne veux pas \ dire, que je suive, mais que j'admette. » C'est ainsi y que nous l'avons vu admirer sincèrement /'iS'cofe des Vieillards de Casimir Delavigne, la Mère et la Fille d'Empis et Mazères, bien que ces écrivains ne soient pas de son bord; de même qu'il rend ailleurs justice à Scribe, en rappelant sa générosité pour la caisse des gens de lettres. « La création tout entière, aj ou te-t-il, appartient au poète : rois et citoyens sont égaux pour lui et, dans sa main comme dans celle de Dieu, pèsent justement le même poids. » La formule est un peu solennelle et ambitieuse, ainsi que l'étaient volontiers les préfaces d'alors. Les balances du poète serontelles toujours bien équilibrées? En tout cas, à titre de créateur, il se réserve le droit de refaire le monde et l'histoire à sa guise.

Dans l'immense bagage dramatique d'Alexandre Dumas, nous laisserons de côté ce que j'appellerais volontiers sa grosse artillerie, ses drames historiques, sociaux, moraux ou immoraux : Christine de Suède, Henri III ^ Antony, Angèle^ Richard d'Arlington, Kean, la Tour de Nesle, et tant d'autres qui ont remué profondément le public, pour nous occuper seulement de ses comédies.

Mademoùelle de Belle-Isle * va nous oiïrir un premier alliag-e du drame historique, de la comédie d'intrig-ue et de la comédie larmoyante, réunis dans le même cadre. Dumas, dont les études hâtives et trop tôt interrompues laissaient fort à désirer, n'était guère ferré sur l'histoire, comme il l'avoue lui-même, lorsqu'un de ses chefs de bureau lui signala les Mémoires de U £ s loile. Ce fyii pour lui une révélation. Il comprit qu'il y avait de ce côté toute une mine à exploiter, tout un monde à faire revivre, et il en tira sur-le-champ son Henri III. A partir de ce jour, il se mit à dévorer tous les mémoires du xvi% du xvii° et du xviii* siècle, pour en faire l'aliment de son théâtre et de ses romans. De Jà sont nés la Reine Margot^ les Trois Mousquetaires^ la Dame de Monsoreau^ etc., etc. A mesure qu'il lit, son imagination féconde transforme les faits, les personnages, brode ses fantaisies autour de la réalité: la Folle du logis l'emporte souvent sur la vraisemblance et la raison. Mais, h défaut d'exactitude et de vérité scrupuleuse, il a su ressaisir et retrouver en partie le vernis, le mouvement, le brio extérieur, les silhouettes et, jusqu'à un certain point, le langage de ces marionnellcs humaines qu'il a vues défiler à travers l'histoire. Il l'avait fait déjà dans Henri III ; il y revient encore dans Mademoiselle de Belle-Isle,

Cette fois, nous sommes au xviii® siècJe, au lendemain de la Régence, de cette époque dissolue

Où l'on fait tout, excepté pénitence.

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