Mémoires (T Alexandre Dumas
Dumas, il faut le reconnaître, tout en devenant par son succès même un des chefs et des représentants du Romantisme, est loin de partag-er la passion ou le fanatisme des sectaires. La liberté lui suffit: il accepte et admet tous les genres et reste toujours bon enfant.
Dans une sorte de profession de foi littéraire placée en tête de son Napoléon Bonaparte^ il dit : « Je y n'admets pas en littérature de système, je ne suis pas > d'école, je n'arbore pas de bannière. Amuser et \ intéresser, voilà les seules règles, je ne veux pas \ dire, que je suive, mais que j'admette. » C'est ainsi y que nous l'avons vu admirer sincèrement /'iS'cofe des Vieillards de Casimir Delavigne, la Mère et la Fille d'Empis et Mazères, bien que ces écrivains ne soient pas de son bord; de même qu'il rend ailleurs justice à Scribe, en rappelant sa générosité pour la caisse des gens de lettres. « La création tout entière, aj ou te-t-il, appartient au poète : rois et citoyens sont égaux pour lui et, dans sa main comme dans celle de Dieu, pèsent justement le même poids. » La formule est un peu solennelle et ambitieuse, ainsi que l'étaient volontiers les préfaces d'alors. Les balances du poète serontelles toujours bien équilibrées? En tout cas, à titre de créateur, il se réserve le droit de refaire le monde et l'histoire à sa guise.
Dans l'immense bagage dramatique d'Alexandre Dumas, nous laisserons de côté ce que j'appellerais volontiers sa grosse artillerie, ses drames historiques, sociaux, moraux ou immoraux : Christine de Suède, Henri III ^ Antony, Angèle^ Richard d'Arlington, Kean, la Tour de Nesle, et tant d'autres qui ont remué profondément le public, pour nous occuper seulement de ses comédies.
Mademoùelle de Belle-Isle * va nous oiïrir un premier alliag-e du drame historique, de la comédie d'intrig-ue et de la comédie larmoyante, réunis dans le même cadre. Dumas, dont les études hâtives et trop tôt interrompues laissaient fort à désirer, n'était guère ferré sur l'histoire, comme il l'avoue lui-même, lorsqu'un de ses chefs de bureau lui signala les Mémoires de U £ s loile. Ce fyii pour lui une révélation. Il comprit qu'il y avait de ce côté toute une mine à exploiter, tout un monde à faire revivre, et il en tira sur-le-champ son Henri III. A partir de ce jour, il se mit à dévorer tous les mémoires du xvi% du xvii° et du xviii* siècle, pour en faire l'aliment de son théâtre et de ses romans. De Jà sont nés la Reine Margot^ les Trois Mousquetaires^ la Dame de Monsoreau^ etc., etc. A mesure qu'il lit, son imagination féconde transforme les faits, les personnages, brode ses fantaisies autour de la réalité: la Folle du logis l'emporte souvent sur la vraisemblance et la raison. Mais, h défaut d'exactitude et de vérité scrupuleuse, il a su ressaisir et retrouver en partie le vernis, le mouvement, le brio extérieur, les silhouettes et, jusqu'à un certain point, le langage de ces marionnellcs humaines qu'il a vues défiler à travers l'histoire. Il l'avait fait déjà dans Henri III ; il y revient encore dans Mademoiselle de Belle-Isle,
Cette fois, nous sommes au xviii® siècJe, au lendemain de la Régence, de cette époque dissolue
Où l'on fait tout, excepté pénitence.