II
Voir l'aJtier duc de Richelieu, le démon incarné de la galanterie et de l'infidélité, dans rette altitude contrile et hinniliée de pénitent, était à roup sûr le plus beau triomphe fiour la vertu ofl'ensée. Celte réparation loyale, en même temps qu'elle ^^ag*ne le cœur de d'Aubigny, rachète aux yeux du public ce qu'il y a d'é^'-oïste, d'indélicat et presque d'odieux dans ce rôle de séducteur sans scrupule et sans conscience. C'est par c(;s échappées de bravoure et de générosité que cet émule de Don Juan et de Lovelace a trouvé f;;-rAce devant Topinion et devant l'histoire.
La f)ièce de Mademoiselle de Belle-hle^ malgré le ton mélodramatique qui domine au cinquième acte, est le chei'-d'dîuvre de la comédie d'intrigues. Alexandre Dumas s'est révélé ce jour-là rival heureux de Scribe dans l'art de nouer et de dénouer les imbroglios : il y ajoute la vivacité du dialogue, une certaine alluiuî (lavalière qui nous rappelle la physionomie des gentilshommes d'alors, la couleur locale ressaisie, adaptée au costume et au langage. Dans cet ingéniciux et brillant pastiche du xvni® siècle, aucjuel l'nuteur reviendra plus d'une fois, un rôle cependant n(î s(Mnble guère être du temps, celui du chevali(;r (i'Aubigny, qu'on prendrait volontiers pour un IVèn^ d'Antony ou de Didier, l'amant de Marion Deloi in(î. Hèveui* mélancolique, il rappelle les sombres hér'os du dranuî moderne plutôt que les gentilshommes dt^ la cour <le Louis XV, même arrivés tout rétMMnmtMil de Bretagne, comme en arrivera plus tard le llmt* de Chateaubriand.
Avec Mademoiselle de Èelle-Isle^ Dumas a pris possession du xviii^ siècle et s'y plaît merveilleusement. Les types, les allures, les costumes et les mœurs de l'époque lui paraissent convenir de tous points à la comédie. Le siècle lui-même est-il autre chose qu'une joyeuse descente de la Gourtille, une folle journée qui se prolonge en attendant le drame de la fin sur la place de la Révolution ? C'est à ce monde frivole, pimpant, évaporé, qu'il emprunte un nouveau sujet avec Un mariage sous Louis XV '.
Tout novateur et conquérant qu'il est ou se flatte d'être en se promenant librement dans le vaste champ de l'histoire, duroman et du théâtre, Alexandre Dumas, riche d'ailleurs de son propre fonds, sait mettre à profit les œuvres de ses devanciers. S'il a tiré des Mémoires de d'Artagnan^^ rédigés déjà au xvii® siècle, une bonne partie de sa longue et amusante légende des Trois Mousquetaires^ il puise aussi volontiers dans le vieux magasin dramatique. Un mariage sous Louis X F, c'est la Fausse Antipathie de La Chaussée rajeunie, transformée, ornée d'un brio, d'un entrain, d'un esprit et d'un coloris que la pièce primitive est loin de possédei'. Par la seule puissance de l'imagination, par ce (ion de la peinture ou de l'enluminure historique, dont l'auteur a fait preuve déjà dans Beyiri III et dans Mademoiselle de Belle-Isle, ce vernis artificiel appliqué à la société d'autrefois offre un éclat qu'on cherche-