‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 71 sur 122 · Le Philosophe marié, *l. Le Préjugé à la mode · texte numérisé non relu

Le Philosophe marié, *l. Le Préjugé à la mode

ALEXANDBE DUMAS. i97

Encore un de ces naariages de convention et de convenance, ainsi qu'il s'en faisait beaucoup dans le monde aristocratique d'alors, en vue d'unir deux noms et deux fortunes, sans grand souci de Tunion des cœurs, sans le consentement des deux parties intéressées qui se connaissent à peine, qui parfois ne se sont jamais vues. Tel est le cas ici. Le vieux maréchal, en mourant, pour assurer le bonheur de son fils et de sa nièce, les a mariés par testament. Un oncle, le Commandeur, l'oncle providentiel de la comédie depuis Térence, s'est chargé d'accomplir le vnnu paternel en apportant l'appoint de 000000 livres et la perspective d'un majorât pour le fils à naître. La question d'argent a sa part comme dans le Legs de Marivaux. Et c'est ainsi que le comte de Gandale et Mlle de Torigny se trouvent conduits à l'autel par leurs familles, sans avoir eu le temps de faire plus ample connaissance ni de s'expliquer sur leurs sentiments mutuels : l'éclaircissement viendra après le mariage.

Cette comédie est une des plus scabreuses par les détails, des plus édifiantes et des plus morales par le dénouement. La pensée d une double infidélité succédant comme la chose du monde la plus naturelle à a bénédiction nuptiale, et aboutissant au triomphe définitif de Tamour conjugal, tel est le singulier tour de force auquel nous allons assister. Tout, d'ailleurs, est extraordinaire et tant soit peu invraisemblable. La pièce commence par où elle finit généralement, par un mariage, conclusion et couronnement habituels de toute comédie. Nous sortons de l'église, où la mariée a failli s'évanouir, où les grands-parents ont pleuré à chaudes larmes, où l'homélie du curé a eu

tout le succès d'une oraison funèbre ; en un mot, une noce aussi g-aie qu'un enterrement.

A l'issue de la messe, Mlle de Torigny, devenue Mme de Candale, s'est précipitée dans une voiture comme une biche effarée, sans s'inquiéter de son mari, et arrive à la maison en s'écriant :

Alarton, au secours! Marton, un fauteuil! Marton, vite, vite, vite!

Mahton. — Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! madame, qu'avez-vous donc?

La comtesse. — Marton, je suis mariée * !

Toute mariée qu'elle est, elle n'en demeure pas moins (idèle à son premier amant de cœur, ou plutôt d'imag-ination enfantine, le chevalier de Valclos, qui lui rappelle, par une lettre, sa promesse de n'être jamais qu'une sœur pour son mari. En môme temps, le comte reçoit une lettre de la marquise lui rappelant la môme promesse de n'ôtre qu'un frère pour sa femme, et se dispose à aller voir sa maîtresse et h souper avec elle. Singuliers préliminaires d'une première nuit de noces. Cependant, avant de sortir. Caudale, en quôte de sa femme sitôt disparue, juge convenable de lui rendre visite, et se dirige vers sa chambre à coucher. Il trouve porte close, Marton ayant tiré le verrou. 11 n'insiste pas et se borne à solliciter de la nouvelle comtesse l'honneur d'une entrevue dans sa chambre ou au salon, comme il lui plah'a. Le salon est préféré.

Les deux jeunes époux, qui, sans se connaître, éprouvent l'un pour l'autre une défiance et une aversion mutuelles, se voient face à face. Mlle de Tori-

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