‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 79 sur 122 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Nature de son génie. — Le romancier et l'auteur dramatique. Vautrin. — Les Ressources de Quinola, — Mercadet.

Nous avons vu Alexandre Dumas envahir en conquérant le double champ du roman et du théâtre. Son exemple devait éveiller plus d'une concurrence autour de lui. Parmi ces émules, il nous faut citer un autre romancier fameux, son égal au moins pour la fécondité et la renommée, son maître par l'analyse et la peinture des caractères, ayant, lui aussi, ses aspirations et ses ambitions dramatiques, sans les voir couronnées pourtant du môme succès : il s'ag-it de Balzac.

Quelques mots sur Thomme nous aideront à mieux juger Fauteur, son esprit, ses tendances, ses qualités et ses défauts. Honoré de Balzac, né à Tours en 1799, mort à Paris en 1850, est resté une des gloires les [)lus bruyantes et les plus contestées de notre temps. Il a eu et garde encore ses fanatiques et ses détracteurs : lui-même, d'ailleurs, a contribué tant qu'il a pu h dresser le piédestal sur lequel devait s'élever sa statue. Tout d'abord, il s'est octroyé une particule que sa naissance ne lui donnait pas, sans avoir le droit de dire, comme le faisait plaisamment Beaumarchais,

BONORÉ DE BALZAC. ^ 225

que sa noblesse était bien a lui, puisqu'il en avait quittance. La sienne ne lui a rien coûté. Bourgeois d'origine, aristocrate d'instinct, il a fini par croire à cette généalogie romanesque, fruit de son imagination.

Par un travers commun aux plus beaux génies de notre époque, l'orgueil, et aussi l'amour de l'hyperbole, de la pose, de la réclame, s'allient chez lui à un incontestable, à un immense talent. Le grand homme simple, tel qu'il existait jadis, ne se rencontre plus guère. Chez l'auteur des Trois Mousquetaires^ il y a tant de bonhomie joviale, de crànerie amusante, qu'on 'lui passe volontiers ses rodomontades littéraires dont il rit tout le premier. Balzac est plus grave, plus sérieux, plus convaincu de son importance, de son apostolat artistique et social, et il fait passer cette conviction dans ses œuvres. Au bas d'un portrait de Napoléon, il écrit : « Ce qu'il a commencé par l'épée, je l'achèverai par la plume. »

D'ailleurs, n'a-t-il pas ses dévots saluant en lui un véritable colosse littéraire, auquel une statue même de douze pieds suffirait à peine? Les uns l'appellent l'Homère du xix® siècle et oublient de se demander ce que devient alors Victor Hugo. En feront-ils un Virgile? Ses amis ne s'en contenteraient pas. Les autres, poussant encore plus loin l'idolâtrie de Balzac, l'ont proclamé, sans qu'on sache trop pourquoi, le Christ de l'art moderne *. Est-ce en mémoire de ce long calvaire de travail et de patience par lequel il lui fallut arrivera l'immortalité? La montée fut pour lui, en

!. D*autres juges, moins indulgents, ont fait de lui un commis voyageur, un émule de Gaudissart par Tes prit, les allures et le langage.

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