Acte in, se. u
maestria souveraine qui lui est propre, en un style plus agité, plus tourmenté, plus lyrique peut-être, mais non plus passionné, ni plus émouvant. C'est la déclaration de Don Ruv Gomez à Dona Sol :
.... Écoute. On n'est pas maître De soi-même, amoureux comme je suis de toi, Et vieux. On est jaloux, on est méchant; pourquoi? Parce que Ton est vieux. Parce que beauté, grâce, Jeunesse dans autrui, tout fait peur, tout menace. Parce qu'on est jaloux des autres, et lionteux De soi. Dérision ! Que cet amour boiteux, Qui nous remet au cœur tant d'ivresse et de flamme, Ait oublié le corps en rajeunissant Tâme * !
Nous osons dire que Casimir Delavigne ne le cède point ici à Victor Hugo, et qu'il garde pour lui le mérite de l'invention.
Nulle part, du reste, ce poète, qu'on a si volontiers transformé en timide, en trembleur, arrêté par la convenance et le bon sens, ces deux béquilles dédaignées du génie, n'a risqué des situations plus neuves ou plus téméraires. Une autre scène bien plus scabreuse, en raison des exigences et des scrupules du public d'alors, était celle de la rencontre entre l'amant et le mari : le mari revenant du bal ministériel où il n'a pas retrouvé sa femme; l'amant blotti dans le cabinet voisin. C'était là le cap des tempêtes à doubler, avec la perspective d'un échec possible, d'une bordée de sifflets accueillant cette hardiesse. Talma enleva tout par son impétuosité.
Avant le duel à l'épée, qui doit venir, c'est le duel h coups d'hémistiches, le vers heurtant le vers, et se croisant comme deux lames d'acier.