‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 82 sur 122 · Histoire de l'art dramatique^ t. 111, p · texte numérisé non relu

Histoire de l'art dramatique^ t. 111, p

est ailleurs. Le plus sur pour réussir au théâtre est de suivre la nature sur les pas des grands maîtres, et selon le précepte de Boileau :

Que la nature donc soit votre étude unique, Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique.

Le défaut de Balzac au théâtre a été de sécarter de la nature, de la dépasser en ne s'inquiétant ni du sens commun, ni de la vérité. La simplicité des sentiments, des idées, du langage et des moyens dramatiques, voilà ce qu'il a prétendu toujours éviter. Il a visé en tout à l'extraordinaire, jaloux de s'élever audessus de Tart bourgeois tel que le pratiquaient Scribe et Bavard. Par crainte du banal, il s'est jeté dans l'invraisemblance et l'exagération. Or c'est au Ihéùtre surtout qu'on peut dire :

Rien n'est beau que le vrai.

Chose étrange! toutes ces facultés d'observation l>rofonde, d'analyse minutieuse, de création puissante, dont il a fait preuve dans le roman, semblent l'abandonner sur le théâtre, pour faire place aux visions fantastiques ou saugrenues d'une imagination en < lé lire.

Si Balzac n'occupait un rang aussi considérable dans notre littérature, s'il n'avait exercé une si haute influence autour de lui, peut-être n'aurions-nous pas songé à parler de ses œuvres dramatiques, très inférieures à ses romans. Mais il est de ces écrivains dont les avortements même sont des événements littéraires à signaler. D'ailleurs Mercadet^ ce triomphe posthume, est un nom, un type qui a forcément sa place dans l'histoire du théâtre contemporain.

232 LA COMÉDIETEN FRANCE AU XW SIÈCLE.

Le premier essai dramatique de Balzac, entouré déjà d'une certaine solennité, fut ce fameux et malheureux Vautrin qui fit tant de bruit et de scandale sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 20 mars 1840. Au point de vue littéraire, Tœuvre était des plus médiocres : un véritable rébus horrible à déchiffrer, compliqué, surcharg-é de mystères, d'invraisemblances et d'impossibilités. Au point de vue moral, l'effet était plus déplorable encore. Un forçat transformé en bienfaiteur de l'humanité, un échappé du bagne continuant son ancien métier, mais cette fois pour le bon motif, volant pour faire la charité, offrait un personnage peu sympathique et peu édifiant. Pour comble d'audace, l'acteur chargé de remplir ce rôle, Frederick Lemaitre, avec son redoutable génie de mime et d'histrion, avait reproduit d'une manière frappante les traits du roi Louis-Philippe : son toupet^ ses favoris, dans un des nombreux déguisements auxquels se livre Vautrin. C'était là un outrage gratuit dépassant toutes les bornes de la licence, autrefois permise à la comédie athénienne et à l'ancienne f8u*ce sous Louis Xn. L'opinion publique se souleva contre cet oubli des convenances : la censure interdit la pièce le lendemain de la première représentation. Et ce qui prouve que ce verdict était légitime à tous égards, c'est que le drame, depuis la chute de la Monarchie de Juillet, n'a jamais tenté de rep8u*aître sur la scène. L'auteur lui-même s'y opposa.

Après l'échec de Vautrin, Balzac se disposait à prendre sa revanche dans une œuvre maîtresse et

définitive. Il s'en flattait hautement, et deux ans plus tard (1842), toutes les trompettes de la Renommée annonçaient urbi et orbi l'apparition des Ressources de Quinola, Jamais représentation ne fut plus vantée d'avance, plus splendidement et plus magnifiquement préparée. L'Odéon s'était mis en frais de décors et de costumes. L'auteur, plein de confiance, avait cru devoir supprimer la claque, cet auxiliaire dont Scribe, comme Voltaire, connaissait tout le prix : pour lui, il s'en rapportait au libre jugement du public. Plus tard, quand un nouvel échec est venu tromper encore une fois ses espérances, essayant d'en expliquer la cause, il Tattribue à la mauvaise humeur des spectateurs parisiens, qui n'ont pas l'habitude, dit-il, de payer leur place. Faible raison : le public ne regrette pas son argent quand on l'amuse. Quoi qu'il en soit, cette représentation, la plus orageuse, peut-être, qu'on eût vue depuis Hernani, n'en est pas moins restée un des événements mémorables du temps. Toute l'élite de la littérature, représentée aux premières loges par Victor Hugo, Lamartine, Léon Gozlan, Mme de Girardin, dont lauteur rappelle les noms dans sa préface ; toute la haute société parisienne, le ban et l'arriére-ban de la presse, assistaient à ce grand tournoi dramatique, qui devint une véritable bataille.

Deux jours après \ Jules Janin, dans le Journal des Débats, en racontait les péripéties avec une impla- (*able fidélité, qui devait doubler les antipathies natives de Balzac contre la critique. Malheureusement, il est difficile de tenir tète à un public insurgé, et ce fut le cas pour les Ressources de Quinola,

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