Acte III, se. XIV
248 LA COMÉDIE EN FRAiNXE AU \W SIÈCLE.
Cependant, soyons justes. A la différence de Turcaret^ où tous les personnages sont malhonnêtes, cette pièce nous oflre du moins quelques âmes candides et pures, dont les scrupules sauvent l'honneur de l'humanité. Mercadet, sans être un honnête homme ^ a cependant quelques accès de tendresse et de demiprobité quand il s'agit de sa fille, quand il refuse d'employer les 30000 francs du loyal et généreux Minard, r[uand il lui donne h la fin Julie en mariag*e. Mme Mercadet, très supérieure à Mme Turcaret pour la morale, rougit et proteste à la pensée des indélicatesses de son mari: elle voudrait, comme elle le dit, ne tromper personne. Julie, une bonne petite îime droite et fière, préfère au dandy qu'on lui propose un brave garçon qu'elle aime et dont elle partagera, s'il le faut, le travail et la pauvreté. Minard, le modeste employé héritant subitement de 30000 francs, est prêt h les jeter dans le gouffre sans fond de la faillite Mercadet. 11 y a donc là un petit coin d'idéal, d'honnêteté, qui tempère l'effronterie et le prosaïsme écœurant des hommes d'affaires. Du reste, malgré ce qu'elle a de positif dans les observations et dans les idées, la pièce est, ainsi que toutes celles de Balzac, tant soit peu chimérique et fantastique, au moins par le dénouement.