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J. Janin, art. des Débats, juin

'2y6 LA COMÉDIE EN FRANCE AU XIX'' SIÈCLE.

ftenart n'en fait-il pas autant dans le vieux roman du nioven à^e?

A celte O'uvre nouvelle dont il fournit la meilleure part en compag-nie de Benjamin Antier et de Sairit- Amand, deux des auteurs primitifs, Frederick donna pour titre le nom du héros désormais célèbre, Robert Macaire. La pièce, en quatre actes et six tableaux, représentée aux Folies-Dramatiques le 14 juin 1834, fut non seulement une surprise ag-réable pour le public, mais une bonne fortune pour le théâtre, qu'elle sauvait do la ruine. Brazier nous a raconté le fait dans son Histoire des Petits Théâtres.

C'était au début de l'été : le directeur des Folies con templait dun œil consterné sa caisse aussi vide que la salle, quand Frederick vint le trouver. « Vous souflrez » , lui dit le grand comédien alors brouillé avecTAmbig-n et la Porte-Saint-Martin, u Si vous voulez, je puis ramener la fortune dans votre théâtre. » — « Il fait bien chaud », répondit le directeur en hochant la tête. — « Khi qu'importe! s'écria Frederick ; quand on le veut :

LN'té n'a point de feux, l'hiver n'a point de glaces » ;

el il déroula un manuscrit en tête duquel on lisait: Robert Macaire. i< Votre idée est sublime, mon cher Frederick, s'écria le diiecteur : signez cet engagement : vous me sauvez d'une ruine complète, h

Trois semaines ajirès, Robert Macaire faisait sa réapparition triomphale sur la scène. En dépit des chaleurs, tout Paris s'étouffait dans la petite salle des Folies-Dramatiques, trop étroite pour le contenir. Au bout d(; quatre mois, il fallait chercher un théâtre plus vaste, Frederick transporta son drame et son public à la Porte-Sain t-Martin.

Ici nous trouvons moins encore un drame régulier, avec intrigue et péripéties, qu'une fantasmagorie bouironne, une série de scènes drolatiques où Robert Macaire nous fait admirer son audace et son habileté. Le criminel a fait place au hâbleur et au faiseur de haut vol, en prenant ce mot dans sa plus large expression. La pièce, à laquelle les auteurs se sont abstenus de donner un nom qualificatif, ne l'appelant ni drame ni comédie, débute par une scène d'enterrement. On voit défiler le clergé, la gendarmerie, les villageois, une foule énorme accompagnant le cercueil de Robert Macaire, le fameux scélérat auquel M. le curé n'a pas refusé ses prières. A ce propos, le paysan Pierre fait la réflexion suivante :

Parbleu, il a bien fait M. le curé I le Ciel envoie assez de coquins sur terre : l'Église peut bien en mettre quelques-uns dessous.

Tandis qu'on rend à son ombre ces derniers honneurs mêlés de réflexions si flatteuses pour sa mémoire, Robert Macaire, toujours vivant, apparaît en état de somnambulisme, dans cette demi-ébriété trop naturelle à Frederick Lemaitre, et refait à sa façon, sous forme de parodie, le monologue d'Hamlet.

Mort! bien morti très mort!... L'horloge est détraquée,... le grand ressort est brisé.... Bah! je m'en moque *.

Et le convalescent, que le coup de pistolet de Bertrand n'a pas tué raide, bénéficiant de cette mort qui le met à l'abri des poursuites de la justice, songe à jouir encore de la vie, sablant le Champagne pendant qu'on l'enterre et demandant un bifteck pour deux, ou plutôt deux biftecks pour un.

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