I. Acte 11, se. III
une imitation de VAvaj'e de Molière empruntée par Molière à Larrivey, qui déjà Tavait prise aux Italiens. Certains traits ainsi répétés obtiennent à travers les siècles un succès héréditaire.
Les Saltimbanques se terminent comme Robert Macaire^ comme la plupart des farces italiennes, comme le Scapin et l'Avare y par une scène de reconnaissance, où Bilboquet retrouve dans Zéphyrine sa propre fiJle et dans M. Ducantal son beau-frère, Cliquet du Cantal, ainsi nommé de son département.
Théophile Gautier, en rendant compte de cette pièce, nous paraît en avoir négligé le côté sérieux qui perce à travers la boull'onnerie. Il n a vu que les cascades d'Odry, incomparable dans le rôle de Bilboquet, où Frederick Lemaître lui-même essaya vainement plus tard de le surpasser. Quoi qu'en pense le critique, amateur avant tout de fou rire dans le vaudeville, la cachucha dansée par Odry et Mlle Esther ne nous paraît que le moindre succès de cette farce triomphante : son plus grand mérite est de nous avoir donné le type de Bilboquet, qui complète à nos yeux la trinité dont font partie déjà Robert Macaire et Mercadet. Des types et des noms qui vivent et qui durent, c'est le plus beau titre pour une œuvre dramatique, et c est ce que nous avons voulu faire ressortir ici.
Avant d'en finir avec Bilboquet, nous rappellerons un témoignage curieux tiré de la correspondance de Balzac, qui se compare à Bilboquet, et dit « qu'il va travailler sur la place publique de la littérature ». Dans une autre lettre, il s'intitule duc de Bilboquet, pair de France et autres lieux. Ailleurs, il se contente, comme signature, de dessiner grossièrement un petit
bilboquet. Tout en ayant entrevu ce côté carnavalesque et drolatique dans le talent de Balzac, nous n'aurions osé appliquer à l'auteur de la Comédie humaine ce nom de Bilboquet, dont il prend plaisir h se parer. N'est-ce pas le plus grand honneur qu'il ait pu faire à la joviale création de Dumersan et Varin ? ^