‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 94 sur 122 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Son génie de poète et d'écrivain. — Ses débuts tardifs au théâtre. — Le romancier et Tauteur dramatique. — Cosimn. — Le Roi attend. — Molière. — François le Champi, — Le Mariage de Victorine. — Le Marquis de Villemer.

De la oomédie drolatique et satirique, nous revenons h la comrdie sérieuse et sentimentale avec Geoî'ge Sand. domine Balzac, George Sand a été tout d'abord un grand romancier qui remplit le monde du bruit de son nom et de Téclat de ses œuvres avant d'aborder le théâtre. Comme lui, il lui faut, sur ce terrain nouveau, conquérir péniblement sa ])lace, lutter contre les préventions et,les exigences du public, braver les sifflets et la critique pour arriver à s'y établir un jour victorieusement. Encore n'y régnera-t-elle jamais à l'égal de ce Scribe, dont Tes- ])r'it bourgeois et la bonne fortune opiniâtre Timpaticntent et l'agacent, ni de cet Alexandre Dumas, dont les frasques et les audaces dramatiques la ravissent et la transportent.

Le roman reste son vrai domaine : elle en est la fée souveraine et enchanteresse par la magie du style et l'imagination. Ses nombreux admirateurs se sont niontr'és bien souvi^nl moins charmés encore de ses succès que loi niés de ses é(îhecs sur la scène. A quoi

tiennent-ils ? — C'est que le romari et le drame sont choses bien différentes. Théophile Gautier, à propos de Balzac et de ses mésaventures dramatiques, nous a parlé de cette perspective théâtrale qui chang-e les horizons et les points de vue. Il y a d'autres motifs encore : c'est que le roman laisse pleine latitude à la fantaisie, à l'imagination, aux longues descriptions de nature, aux analyses délicates de sentiment, aux monolog-ues intimes, aux épanchements du cœur et de la réflexion. Le drame, surtout le drame moderne, réclame avant tout l'action. Ces facultés débordantes et charmantes du romancier-poète, qui s'abandonne à sa rêverie ou à sa veine, ont besoin au théâtre d'être resserrées, endig-uées, dans un cadre limité. Première difficulté pour un génie abondant, impétueux, coulant à flots comme celui de George Sand. Ce qui fait que Byron, l'auteur de Manfred, de Marino Faliero, de Don Juan, malgré des élans très dramatiques, n'a jamais pu composer un véritable drame.

Joignez-y d'autres obstacles : le souci de ce que Corneille appelle, d'après Aristote, le vraisemblable et le nécessai?'e; des convenances sociales, des conventions dramatiques, de la réalité dont on ne se sépare jamais complètement au théâtre, quoiqu'on présence de faits et de personnages imaginaires. Or l'idéal est le monde dans lequel vit George Sand, môme avec ses ])aysans. Le prosaïsme du terre à terre lui répugne, étant chose basse et vile. Petite fille, dit-on, du maréchal de Saxe et par lui du roi de Pologne Auguste, malgré ses avances courtoises et Ubérales au socialisme et à la démocratie, elle a l'âme et le talent aristocratiques bien plus encore que Balzac. Le ton moyen, le sermo pedestris qui convient surtout à la

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