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cointMlio, lui est moins naturel que le lyrisme. 11 lui faudra donc comprimer son essor, replier ses ailes, tempérer ses éclats de voix, pour rester dans les bornes du théâtre. Mais l'imagination demeure toujours la maîtresse impérieuse qui la domine. Le vrai lang-ag-e de laction lui manque : c'est toujours un style écrit ou chanté, fut-ce en prose, plutôt que parlé ^
Son inspiration dramatique dérive d'un double courant : de Sedaine pour le sentiment instinctif et naturel, de Diderot pour le côté emphatique et déclamatoire. Si elle admire sincèrement le Philosophe sans le savoir, elle ne dédaigne pas non plus le Fils naturel et le Père de famille, dont nous retrouvons plusd'une trace dans Cosima et même dans Claudie, Élevée par sa grand'mère, une fervente admiratrice de J.-.T. Rousseau, George Sand a recueilli en partie, et fait passer dans son théâtre et dans ses romans, la rhétorique enflammée du philosophe de Genève. Gomme Diderot, elle transforme volontiers les préfaces de ses j)iéces en véritables manifestes, en professions de foi littéraires ou philosophiques, traitant de Tart ou de la société. Elle se pose fièrement en face du public et de la critique avec le sentiment de ses devoirs et de ses droits d'écrivain.
« Chercher h plaire au public, dit-elle, par des habiletés puériles et de lâches sacrifices à son prétendu manque d'idéal, ne serait pas le respecter; ce serait, au contraire, le méjiriser profondément. Ce que nous respectons en lui, ce n'est ni le bruit de ses mains, ni l(î contenu de sa bourse : il est souvent mal à propos
I. Voir riiyiiine en prose de la Gerbaude, entonné par le vieux moissonneur Keuiy dans Claudie,
avare ou prodippuc de ces choses-là.... Quant à ses accès de mauvais prosaïsme et d'engourdissement du cœur, nous ne les guetterons pas pour les encenser, ot, quand nous serons aux prises avec ses préjugés et ses erreurs, nous le défions bien de nous faire transiger, dût-il nous placer entre les sifflets et les grosses recettes *. »
Le trait s'adresse évidemment à Scribe et à son école.
Mais si Tauteur est peu disposé à transiger sur certains points, le public, de son côté, ne cédera pas davantage, et, si fort qu'on soit, il est difficile de tenir tête à un parterre insurgé. George Sand en fit l'épreuve avec Cosima^ son premier essai, un drame conçu d'après les idées d'Indiana et de Lélia. L'adultère, présenté sous un nom plus trivial et plus gai au temps de Molière, pouvait faire rire aux dépens de Sganarelle et de George Dandin, sans tirer à conséquence. Traduit en élégie, accompagné de trémolos sur un ton sentimental et langoureux, il finit par agacer les nerfs des spectateurs voulant savoir une bonne fois à quoi s'en tenir, et trouvant la pilule un peu amère.
Qu'est-ce que Cosima'^. Une demi-Phèdre bourgeoise, vaporeuse et désœuvrée, flottant entre des tentations et des remords perpétuels, entre le vice qui l'attire et la vertu qui la retient, courant après le péril et s'étonnant de le rencontrer. Ce drame, comme ceux de Diderot, a le défaut d'être un système mis en action.