Se. X
:]. Se. XI.
pens^rfr t\fi (sKhv;:/t Sând. VÀ{*t y reviendra plus tard dans un ;rrarid drarne en einq actes dédié à Alexandre fJurn^is '. Cette fois, c'est moins encore le poète divinisé que le Molière viitime d».- lamour conjiiiral. qij'»:IIe essaye de nous prindre : le Molière ennobli, ;rrandi, sanctifié par le martyre <le sa vie intérieure.
Geo r^ e S a n d . I -o m n j e f e 1 1 1 1 n e , «^o m m e f loè te , co m m e soMjr rJo iuf'wv (-X de ;iéni»,' du /irand comédien, a pu trouver une sorte de voliiplé, âpre et douce en même tem[>s, à dissé<[u»*i- cette âme si cruellement déchirée. Klle a frémi d'inrli^nation en vovant renaître, sous la [»Ium<' de Louis Veuillot, les calomnies répandues aiitrefrjis [»ar Mont lieu ly. arr-usant Molière d'avoir é[»r)usé sa |>roj)ie lille; elle les a i-éfutées solennellement [>ar la houclie de Madeleine Héjart, de Brér.ourl, df; DujpîH'c et du ^n-and Gondé. Mais, enfin, cette .•iri;i|r»inie d'un comh-, rette plaidoirie éloquente elpas- ^.iolmé<'. lie sufllstînt pas pour constituer un drame qui sr lient à p<rim; dcibout sur la scène.
(iiîlt<; vrim; drinnatiqne lon^teni|)S entrevue et clirrcliée inulilemenl, (i(;oi-^e Sarid allait la trouver (înlin, dîins la pastorale i'(înouv(ilée et rajeunie, avec /''rfiHçnls Ir, (J/iampl*. Ln succès du roman avait prérédé celui de lit pièce. Le retour* à la nature, à la vie cîiliiie et innoc(;iil(Mles champs, devait porter bonheur iin poète. La [)iisloi'al(; n'était [)oint, à vrai dire, une nouveauté, ou plutôt elle redfîvenait neuve à force
I. KcpiN'sniilc sur l(; Ihrâtre de la (îaflC* le 10 mai 1851.
'2. Ii«î|»n''s(Mit«'*t; sur le tli<'àtn> «1«î IV)(lt;on le 25 novembre 1849.
d'être ancienne, et surtout grâce à la forme que lui donnait l'auteur.
C'est une longue histoire que celle du genre, dont on signale déjà un premier modèle dans la Bihle^ au livre des rois pasteurs. En laissant de côté les anciens, Grecs et Romains, en ne s'occupant que de la pastorale au théâtre, elle nous apparaît revêtue des couleurs les plus éclatantes chez les Italiens, les Espagnols, les Anglais et dans notre France. Nous la voyons à la naissance même de notre littérature au XIII* siècle, dans le Jeu de Robin et Marion par Adam de la Halle. Plus tard, avec la Renaissance, elle nous montre les rois et les reines mis en scène sous les noms de bergers et de bergères : Charles IX devenant Chariot, Catherine de Médicis Catin et Marguerite de Valois Margot. Après la vogue immense qu'obtiennent VAminte du Tasse et le Pastor Fido de Guarini, vient le succès de VAstrée : la pastorale envahit la scène française au début du xvii^ siècle, avec Hardy, Mairet, Rotrou, etc. — Molière lui fait encore sa part en donnant Mélicerte. Dans l'Age suivant, au milieu de ce xviii® siècle si incrédule et si railleur, elle s'associe aux pointes spirituelles de Fontenellc et aux fadeurs galantes de Plorian : elle reste le suprême divertissement, nous dirions volontiers le tardif enfantillage d'une société (jui s'en va. Marie-Antoinette est la dernière bergère de Trianon, s'adonnant aux joies innocentes de ridylle en attendant la grande tragédie qui doit la conduire à la place de la Révolution.
La pastorale, telle que l'a faite l'art moderne, telle que nous l'otï're ici George Sand, ne ressemble plus à celle du temps passé, tout artificielle et de conven-
tion, avec ses berg-ers en veste couleur tourterelle et leurs culottes de satin vert; avec ses bergères en robes à paniers, comme on les voit sur les toiles de Watteau et de Boucher. L'auteur rappelle dans sa préface la révolution qui s'est opérée à cet égard, et aussi dans quel sens et dans quelles limites il croit devoir chercher la vérité.
« Notre siècle a donné un autre caractère à la pastorale. On n'a plus fait des bergers, mais des paysans. 11 en devait être ainsi : l'art cherchait la réahté, et ce n'est pas un mal : il l'avait trop longtemps évitée et sacrifiée. »
Mais, avec le pressentiment du danger que peut entraîner le système contraire, il ajoute cette restriction :
« On a peut-être été troj) loin. L'art doit vouloir une vérité relative plutôt qu'une réalité absolue, »
On devine quel eut été son jugement à l'égard de certains romans et de certaines pièces naturalistes où, sous prétexte d'exactitude, nos paysans pris sur le vif, dit-on, sont mis au niveau de leurs ânes, de leurs bœufs et de leurs pourceaux; où le bétail humain se voit confondu avec l'autre dans une touchante fraternité.
George Sand aborde la campagne avec son àme do poète et d'artiste, et y apporte cette part d'idéal quelle ajoute toujours, dans ses portraits et ses descriptions, aux éléments de la réalité.
« Je n'ai pas prétendu faire une tentative nouvelle : j'ai subi, »".omme nos bons aïeux et pour parler comme eux, la douce ivresse de la vie rustique. »
Associant dans une commune admiration le souvenir de Sedîiine à celui de Shakesp(;ai*e, elle s'écrie
avec une sorte d'enthousiasme sacré et dans une prose demi-lyrique :
« J'ai cherché à jouer aussi de ce vieux luth et de ces vieux pipeaux, chauds encore des mains de tant de grands maîtres, et je n'y ai touché qu'en tremblant ; car je savais bien qu'il y avait là des notes sublimes que je ne trouverais pas. »
C'est de ce côté qu'elle va chercher une nouvelle source d'inspiration dramatique. La simplicité des moyens, les formes enfantines, les mœurs naïves d'une société villageoise, voilà tout ce qu'elle veut opposer aux habiles combinaisons et aux fortes émotions du drame moderne. Ses paysans auront du moins le mérite de la vérité dans le costume, dans le caractère et dans le langage. Ce ne sont plus là sans doute les paysans d'opéra-comique, lesJanot etles Colin d'autrefois. Estce à dire pourtant que l'auteur les prenne crûment au village et les transporte tels quels sur le théâtre? Non. Ils ont passé par l'atelier du peintre. Ressemblerontils à ceux de Balzac, qui, à force d'avoir été façonnés, deviennent, selon Théophile Gautier, des Talleyrand en blouse ou des Metternich en sabots? Non. George Sand leur laisse plus de candeur et de simplicité. — Rappelleront-ils ceux de Molière et de Dancourt? Pas davantage. — Ils ont quelque chose de plus sentimental, de plus rêveur, de plus moderne. Bien qu'ils n'aient lu ni Goethe ni Byron, ils appartiennent à un Age qui a vu naître Werther et Manfred, Le père Remy, le vieux moissonneur dans Claudie, est un penseur ainsi que le vieux paysan Patience, prophète de la Révolution dans Mauprat.
La rêvasserie est un trait commun à presque tous ses personnages. Madeleine rêve à ses chagrins ;
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\.*: Uiu'/ii'/t:. ffttfitfif: le senti ment, pr^•sente un sing-u- \\':f u\i:\iiti^fi <U; fi/'Aivet»': et de pré'MOsit»'*. de candeur '•f d'; n-':tien:tie : les ^irehuiirnes ^'fiulois. les loouli'ifi •. provifj/'iîiles -, y enetiàssent au milieu du plus pur If ;iri' ;;ii-;. Soii-v ee ra|>fjort. le style rustique de (ieorgu S;irid ollr^î aux |>tiilolo;rNes un sujet d'étude intéres- -jifih-, f i auleiir rnet iinr; sorte de coquetterie à multiplier <'v. lormes du patois berrichon dont François le riiJirnpi nous donne un éctianlillon dès son entrée.
A/'//v/?z rmn^ Jru/ir.s.Hf; ifiaJH r/ftst toujours bien ici le moulin ijii i'.iiiiïiu-r ci l;i f/fiffifu/ancr. dft Muif; Hianchct * ?
Ml plus loin, raronlant son voyage :
I.M iif-.i^r.dil il, ytù'cohU'tUl parrc (|u^cllc iii'cinpôchait de marrlicr mon p:iH -'.
lirlli' sriilr.ur des rlininps (|ui S(;\lial(; du langage iii:.liqur luj'lr a l(i iinïviîlr d<îs sjînlinHînts, avec une priilr poiiih* (rfu'lilicr, {\\\\ un nioint^nl tout le charme d'un purliiiu priuliiiiit^' pour des sp(M*lalours saturés \\r uirlndrnuu's, (ThyptM'holes cl d(î déclamations Mnirnirs. <)ul)lianl i'eile l'ois les mauvaises heures de (nstutti, Inulciu' irnuM'cic \r public du bon accueil liul (I M>u MMiN rc.
I \r|r I, sr. N I.
<( Le public attendri ne s'est pas demandé s'il y avait là an auteur et une pièce. Il a vu de bons paysans et un intérieur rustique; il s'est laissé gagner à un sentiment de bonhomie et de candeur qui est bien au fond du cœur humain, et qui se retrouve même dans les temps agités et malheureux. »
Le poète semble avoir voulu reposer les âmes attristées par les souvenirs récents de la guerre civile, après les sanglantes journées de Juin, après les batailles de la rue, les jugements, les transportations, en leur oftrant cette image de la vie champêtre, du bonheur tranquille, des émotions douces et tempérées, des amours pures, innocentes, sans orages et sans fracas.
Et cependant cette idylle si simple, si pacifique, avait aussi son côté scabreux, délicat, hardi, comme il arrive souvent chez George Sand. Le sujet, plus facile à traiter dans un roman, présentait sur la scène de bien autres obstacles. Il s'agissait d'associer l'amour maternel et l'amour filial à une autre affection que les deux premières semblent exclure, l'amour conjugal. Ce n'était pas trop de toute l'habileté, de toute la discrétion, des précautions infinies dont l'auteur a fait preuve, pour rendre la chose possible, en évitant les heurts, les violences, les éclats de voix qui auraient tout compromis. La passion latente et (îonteaue ne se révèle qu'à demi, et à la dernière extrémité.
Le héros principal est un champi, c'est-à-dire, en langage berrichon, un enfant trouvé. Balzac nous a montré le forçat réhabilité dans Vautrin et dans
Quinola : George Sand entreprend de relever contre le préjugé un autre déshérité et flétri de ce monde,
l'enfant trouvé : mais un déshérite honnête et vertueux, qui devient la providence de la maison, après en avoir été l'obligé. Recueilli par charité, comblé de l)révenances et de tendresses par la bonne meunière Madeleine Blanchet, il s'est vu congédié, chassé un matin par un maître brutal, jaloux et libertin. Depuis six ans, il a grandi, il s'est développé et perfectionné dans son métier de garçon meunier : il a même fait des économies, se disant qu'il en aurait peut-être un jour besoin pour acquitter sa dette envers ses bienfaiteurs. Ce jour est venu. En apprenant la mort de son ancien patron Blanchet, tombé en mauvaises affaires, le désarroi de la maison, l'embarras de la veuve, il est venu offrir le concours de son intelligence et de ses bras.
Autour du Champi et de Madeleine se groupent un certain nombre de personnages qui représentent, sous des formes diverses, les mœurs elles types villageois. C'est d'abord Catherine, la bonne servante dévouée, un de ces chiens fidèles qui savent distinguer au flair les vrais et les faux amis de la maison, tout heureuse de revoir son Champi si beau, si fort et si vaillant. Puis Mariette, la sœur de feu Blanchet, une héritière bien j)Ourvue, tant soit peu fiérotte et coquette, aimant à faire poser les galants devant elle, et trouvant que le deuil est une vilaine couleur ; plus étourdie et plus légère que méchante, capable d'un bon mouvement et d'une bonne action, loisant d'abord avec dédain ce ]>auvre François, un champi^ et finissant par s'apercevoir ({u'il n'est j)as tant à dédaigner. Près d'elle, la voisine Mme Sévère, une riche paysanne vanifeuse, jaloiise, inléi'ossée, ayant déjà contribué h perdre le malheureux Blanchet cl s apprêtant ù
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ruiner sa veuve en réclaniant de l'argent qui ne lui est pas dû. C'est elle qui monte la tête de Mariette contre sa belle-sœur et répand certains mauvais bruits sur les rapports de Madeleine avec le Ghampi. Vraie peste de village, dont les mauvais desseins vont être déjoués par François d'abord, plus tard par Mariette sa dupe et par Jean Bonnin son neveu.
Ce brave Jean Bonnin est à sa façon la providence de la comédie, qu'il empêche de tomber dans le drame larmoyant. Sorte de gracioso rustique, jovial et bon enfant, naïf et jouant au malin, crédule et fmaud tout à la fois, exploité par sa tante Mme Sévère, qui lui a fait verser 50 pistoles pour aider h son mariage avec Mariette en disant du mal de ses concurrents, il finit par entrevoir la vérité, et découvre avec grand plaisir que le Ghampi est amoureux, non pas de Mariette, mais de Madeleine. Aussi va-t-il devenir plus que jamais son ami.
Bien que le comique ne soit pas dans les notes ordinaires de George Sand, ce rôle de Jean Bonnin est d'une franche gaieté. La scène de la déclaration solennelle à Mariette est presque aussi plaisante que celle de Thomas Diafoirus à Angélique, avec la ditlérence naturelle qui existe entre un Géladon de village et un amoureux de la Faculté de médecine. N'oublions pas non plus ce petit bout de rôle enfantin de Jeannie, le frère de cœur de François, Jeannie dont l'auteur a tiré si bon parti pour vaincre les derniers scrupules de Madeleine.
Gomment donc l'amour va-t-il se développer, se révéler chez le Ghampi? Tout le problème, tout le drame est là! Les autres personnages ne sont en quelque sorte que des comparses, destinés à tourner autour et
h proy)arer le dénouement. Cette passion qui sommeillait en lui, et dont il ne se rendait pas compte en la confondant avec l'amour filial, se trouve excitée, provoquée en quelque sorte et dévoilée à ses propres yeux par les médisances et les calomnies de la Sévère, par les avances mêmes de Mariette qui s'est éprise de François. Celui-ci, sentant que toutes les agaceries de la jeune et riche villageoise ne font rien sur son cœur, a reconnu que la place était prise par un autre amour, celui de Madeleine, la seule femme au monde qu'il ait aimée et qu'il aimerajamais. Révélation innocente, sorte d'amour platonique entre deux âmes qui se sentent attirées Tune vers Tautre par un aimant invisible. On s'est demandé parfois d'où avait pu venir à George Sand l'idée d'une pareille création, si embarrassante, si difficile h justifier, et surtout à mettre sur la scène. Peut-être, dans cet amour un peu étrange de François et de Madeleine, y a-t-il aussi une part de souvenirs intimes chers c\ l'auteur. L'amour maternel s'allie parfois chez George Sand à un autre sentiment, pour Alfred de Musset et quelques amis dont elle fut un moment l'Égérie bienfaisante ou funeste. Quand on lit certaines pages d'Elle et Lui^ on comprend mieux François le Champi et Madeleine. Ce qui a pu choquer, embarrasser tout au moins plus d'un lecteur et spectateur, lui paraît sans doute très naturel. Cependant elle a senti qu'au théâtre surtout il importait de ménager les scrupules du public. Aussi a-t-elle évité toute explication, tout aveu formel de cette passion chez Madeleine, qui semble rester dans son rôle de mère et ne songer qu'à unir François à Mariette. L'explosion, la déclaration du Champi ne vient qu'à la lin.
La grande difficulté était d'arriver au consentement de Madeleine. Pour l'amener, l'auteur a recours aune petite conspiration de famille à laquelle s'associent Mariette, très g-énéreuse et très loyale, Jean Bonnin très zélé, d'autant plus qu'il y g'agne la main de Mariette; enfin Jeannie, le fils du premier mari, celui d'où pouvait venir la résistance et qui insiste auprès de sa mère en faveur de François. Madeleine finit par se rendre à demi :
Mon Dieu, c'est comme un rêve, et vous ne me donnez pas le temps de me reconnaître! AUods, puisque tout le monde le veut ici, il faudra bien que je finisse par le vouloir moi-même K
Procédé analog-ue à celui dont use Corneille pour sauver les convenances et l'honneur de Ghimène, en renvoyant à une époque ultérieure son mariage avec Rodrigue, impossible h résoudre dans les vingtquatre heures, en face du cercueil de Don Gomès :
Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi.
11 y a moins d'un an que Madeleine est en deuil du j)eu regrettable et peu regretté Blanchet; nous attendons et nous sommes sûrs du dénouement. Grâce à ces réserves, l'obstacle est surmonté et le Rubicon passé.
Nous laisserons de côté Claudle^ une autre paysannerie empreinte d'un caractère plus sombre et appartenant moins à la comédie qu'au drame. C'est maintenant au monde bourgeois que nous arrivons avec le Mariage de Victorine.