‹ La comédie espagnoleChapitre 15 sur 34 · POLO, VALLEJO · texte numérisé non relu

POLO, VALLEJO

POLO

J'arrive en avance ; aucun de ceux qui doivent venir n'est ici. A quoi me sert d'avoir devancé l'heure convenue pour arranger l'honneur de cet e'cervelé de Vallejo? Elle n'a rien de glorieux, l'aventure de cet homme, qui ne saurait laisser passer un seul jour de la semaine sans mettre en révolution la moitié ou la totalité des valets de la maison. Pourquoi diable aujourd'hui s'en prend-il à ce petit Grimaldo, le page du chantre, un des plus aimables garçons de tout le pays? Nous allons voir comment il va se tirer d'affaire, et jusqu'où va sa vaillance, puisqu'il parle si haut.

VAL LEJO.

Peut-on supporter semblables choses? Comment tolérer une pareille impertinence, surtout lorsque cela se passe à la porte de la cathédrale, où il se trouvait tant de gens de marque? Est-il permis qu'un

LOPE DE RUEDA

gamin déhonté, né d'hier, s'en vienne à ma barbe faire l'important? Que penseront les valets de la maison? que je n'ai rien dit parce que son maître le chantre est l'ami de celui qui me donne à manger?

J'irais plutôt d'ici à Jérusalem tout nu et déchaussé, avec un crapaud entre les dents, que de m'abstenir de châtier cette injure.

Voici mon camarade. Ah! Seigneur Polo, est-il venu quelqu'un de ces petits bonshommes?

POLO

Je n'ai vu personne.

V ALLEJO.

A merveille, Seigneur Polo. La grâce que je vous demande, c'est que lors môme qu'ils seraient nombreux, vous plierez votre cape et vous asseoirez dessus. Tenez bonne note des coutumes que j'observe dans mes querelles : si vous voyez quelques morts à mes pieds (et il n'en saurait être autrement, plaise à la majesté divine), ayez l'œil à la justice pendant que je m'échapperai.

POLO

Comment? Ce pauvre garçon a-t-il donc tant péché que vous ayez besoin de vous mettre en campagne, vous et vos amis?

EUFEMIA.

VALLEJO

Votre Grâce veut-elle que je lui en dise davantage, Seigneur Polo? N'est-ce pas assez, lorsque passait ce petit drôle, portant la queue du chantre son maître, qu'en se retournant il m'ait touché à ma ceinture de livrée avec le fourreau de son épée? Pour quiconque commettrait une semblable impertinence, il y aurait aussitôt une douzaine et demie d'hommes prêts à en faire chair à pâté.

POLO

Pour si petite affaire? Dieu me garde!

VALLEJO

Petite affaire, dites-vous, que de me rire au nez comme quelqu'un qui me méprise ?

POLO

Mais, en vérité, ce petit Grimaldo est un très honnête enfant, et je suis tout étonné qu'il ait pu faire pareille chose. Mais il va venir, il s'expliquera, et vous, Seigneur, vous lui pardonnerez.

VALLEJO

C'est vous qui dites cela, Seigneur Polo ? Je regrette que vous soyez mon ami, et que je sois obligé de vous laisser parler de la sorte. Si je pardonnais cette

LOPE DE RUEDA

affaire aujourd'hui, dites-moi, de laquelle pourrais-jc demander raison ?

POLO

Parlez doucement, le voici qui vient.

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