‹ La comédie espagnoleChapitre 8 sur 34 · S A M ADEL · texte numérisé non relu

S A M ADEL

Une figue pour vous, grand imbécile !

CEV ADON.

Eh bien, prenez ceci, grand vaurien ! (il le frappe.)

BREZ AN O.

C'est cela, va, donne.

CEVADON, frappant.

Attends, drôle, attends.

LES OLIVES

PERSONNAGES

TORUBIO, vieillard, homme simple.

AGUEDA DE TORUEGANO, sa femme.

MENCIGUELA, leur fille.

ALOJA, leur voisin.

Une rue d'un village en Espagne.

LES OLIVES

TORUBIO, AGUEDA DE TORUEGANO, MENGIGUELA, ALOJA.

TORUBIO.

Dieu me pardonne! quelle tempête il a fait depuis le bord de la forêt jusqu'ici! On aurait dit que le ciel voulait se fondre et que les nuages allaient tomber. Et je me demande maintenant si elle m'aura préparé quelque chose à manger, madame ma femme, qu'une mauvaise rage puisse emporter ! M'entends-tu , la

petite? Mencigüela! Tout le monde dort à Zamora. Agueda de Toruegano, m'entends-tu?

MENCIGUELA.

Jésus! père, voulez-vous donc briser les portes?

TORUBIO.

Voyez comme elle répond! voyez comme elle se presse! Où est votre mère, Mademoiselle ?

MENCIGUELA.

Elle est là, chez la voisine; elle a été l'aider à faire des écheveaux.

TORUBIO.

Au diable les écheveaux, et elle, et vous! Allez la chercher.

AGUEDA

Là, là, l'homme aux mystères! Il n'y a donc personne ici qui vous plaise? Nous apportez-vous votre pauvre petite charge de bois ?

TORUBIO.

Oui. Madame appelle cela une petite charge de bois. Je jure devant Dieu que nous étions à deux, votre filleul et moi, pour la mettre sur mes épaules, et nous n'en pouvions venir à bout.

LES OLIVES

AGUEDA

Alors je vous plains, mon mari. Mais comme vous êtes mouillé !

TORUBIO.

Je suis trempé comme une soupe. Femme, au nom du ciel, donnez-moi quelque chose à manger.

AGUEDA

Que diable voulez-vous que je vous donne, si je n'ai pas la moindre chose?

MENCIGUELA.

Jésus, mon père, et comme tout ce bois est mouillé !

TORUBIO.

Oui ; et ta mère va dire que ce n'est rien.

AGUEDA

Cours, petite, va préparer une couple d'œufs pour faire souper ton père, et fais-lui tout de suite le lit. Je vous parie, mon mari, que vous n'avez pas encore pensé à ces drageons d'olivier que je vous ai prié de planter?

TORUBIO.

Pourquoi me suis-je attardé, si ce n'est pour les planter, comme vous me l'avez demandé?

LOPE DE RUEDA

AGU EDA.

C'est bien, mon mari, calmez-vous. Et où les avezvous plantés ?

TORUBIO.

Là-bas, près des figuiers noirs...

MENCIGUELA.

Père, vous pouvez venir souper; je vous ai tout preparé.

AGUEDA

Mon mari, vous ne savez pas à quoi j'ai pensé? C'est que, dans six ou sept ans d'ici, ce que vous avez planté aujourd'hui nous donnera bien quatre ou cinq fanègues1 d'olives; et qu'en repiquant des drageons par-ci et des drageons par-là, dans vingt-cinq ou trente ans d'ici vous aurez toute une olivaie plantée et alignée.

TORUBIO.

C'est la vérité, femme; cela ne peut manquer d'être fort joli.

AGUED A.

Écoutez, mon mari, savez-vous à quoi j'ai encore pensé? Que j'irai cueillir les olives, que vous les apporterez sur l'âne, et Mencigüela ira les vendre au

t. La fanègue représente un demi-hectolilre.

LES OLIVES. 75

marché. Et écoute bien, petite, je te recommande de ne pas les donner à moins de deux réaux de Castille le célémine1.

TORUBIO.

Comment, deux réaux de Castille? Ne comprendstu pas que ce serait un cas de conscience, et que l'inspecteur aurait le droit de nous en faire honte? C'est bien assez de demander quatorze ou quinze deniers du célémine.

AGUEDA

Taisez-vous donc, mon mari ; vous êtes du même bois que ces braves gens de Cordoue.

TORUBIO.

Et après? que je sois ou non comme les braves gens de Cordoue; il suffit de demander ce que j'ai dit.

AGUEDA

Voyons, ne me cassez pas la tète. Écoute, petite, je te défends de les donner à moins de deux réaux de Castille le célémine.

TORUBIO.

Deux réaux de Castille ! Viens ici, petite. Combien demanderas-tu ?

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