LA PRISE PB VOILE
Nul n'ignore que les couvents avaient le privilège de jouir d'un calme inaltérable au milieu même des plus profondes commotions de la société. Celui de la me du Temple, quoique au centre d'une ville troublée, allu-
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inait derrière ses murs paisibles les lampes de sâ chapelle. Petite, mais arrangée avec coquetterie, on sentait que des femmes avaient présidé à sa toilette pieuse. De jeunes religieuses seules avaient pu broder, aux longues veillées d'hiver, la nappe de Tautel^ sur le tissu de la* quelle toute l'histoire de la Vierge était racontée 4 Taîguille; tresser des guirlandes en étoffes de couleur autour des médaillons de saintes, dont les piliers étaient omés ; donner aux rideaux la légèreté d'un vûile^ et comme quelque chose d'innocentà leur blancheur. Elles avaient paré la chapelle ainsi qu'elles l'eussent fait de l'une de leurs sœurs destinée comme elles à prendre le voile. Peu de personnes avaient été invitées en dehors du cercle des parents des novices qui allaient prononcer leurs vœux. Ces personnes étaient placées sur plusieurs rangs en face de l'autel, afin d'encourager d'un regard d'affection celles qui avaient besoin de ce dernier appui du monde avant de le quitter pour le reste de leur vie. Par cette disposition, la partie basse de la chapelle se trouvait déserte. Un sentiment de terreur la remplissait. Il faisait froid et sombre dans cette moitié : le contraste était d'autant plus attristant, que l'autre moitié de la chapelle nageait dans un excès de lumières.
Ainsi à la fois éteinte et éclairée, la chapelle semblait s'être agrandie du cimetière : les pierres tumulaires blanchissaient par places dans l'obscurité. Les deux bouts de l'existence claustrale se touchaient. Les tom-
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bes étaient de la fête. Dix novices devaient faire profession dans la. nuit. Dix familles étaient là. — Place de tristesse et d'honneur; — les mères étaient au premier rang : on les reconnaissait à leur pâleur. Il fallait, d'après l'usage, qu'elles approuvassent par leur présence la nouvelle condition de leur enfant. Leur faiblesse se cachait à peine derrière la fermeté de leurs maris, pères qui faisaient taire leur cœur devant de sordides raisons d'héritage, et qui croyaient agir humainement en mettant la moitié de leur famille en esclavage, afin de mieux se dévouer à l'autre moitié.
Une porte de communication avec le cloître même s'ouvrit, et dix novices, parmi lesquelles était Constance de Rétal, parurent vêtues des plus riches habits. Dérision significative : elles avaient repris les pompes de leur premier rang dans le monde ; elles avaient des fleurs à leur tête, des pierreries à leurs bras. Quel triomphe! quel abaissement! quel luxe! quelle tristesse I Précédées de la supérieiu'e et d'un abbé de Saiut- Étienne-du-Haut-1'as, elles défilèrent devant l'autel. Des chants accueillirent leur entrée. Ils avaient une douceur qui ravit. La harpe, l'orgue et la voix s'entretenaient doucement, et ressemblaient au murmure de trois jeunes filles qui sont au bain sous des saules; l'eau et le vent font ondoyer leurs paroles. Puis l'orgue dominait. Ses sons, pleins dans leur simpUcité grave, évoquaient les choses passées, les rendaient présentes