UN AMI FIDÈLE
Au fond de son âme, quoiqu'il n'osât pas se l'avouer, M. de Rétalne professait pas un amour très-vif ni trcssincère pour la république; le royaliste s'était déguisé dans un moment d'orgie, mais, sous le déguisement, le royaliste était rQSté. D'abord il s'était montré républi*
88 LA DBARIÈRE SŒUR GBISB.
cain pour faire peur à son voisin; maintenant il se disait encore républicain , parce qull avait horriblement peur des autres. Par combien de bassesses, d'hypocrisie et d^ei^agérations ne payait-il pas un déplorable moment de vengeance, et de vengeance inutile! Il ne croyait jamais donner assez de preuves de son civisme à ceux auprès desquels son titre de marquis ne lui serait jamais pardonné, quoi qu'il fît. Depuis deux ans il se maintenait, par un miracle perpétuel, au milieu de ces faux tournoyantes qui fauchaient d'une aube àTautre des têtes d'hommes. A force d'habileté, il était presque parvenu cependant à convaincre de son patriotisme les plus défiants. De sa maison il avait fait un club; il fut parrain, il nonm[ia son filleul Brutus; il portait de la poudre, il se coiffa du bonnet rouge, il endossa la carmagnole ; il baptisait autrefois ses roses du nom de Marie-Antoinette, de madame Elisabeth, il eut des roses Couthon, des tulipes Robespierre et Marat ; enfin il n'est sorte d'apostasie qu'il n'imposât, avec l'apparence de l'enthousiasme, à ses opinions, à ses goûts, à ses sentiments primitifs. Il n'oubUa qu'un point, qu'une chose, qu'une seule chose, et l'oubli de cette chose lui fut fatal, mortel.
^ette chose était son chien.
On se souvient peut-être de ses guerres intestines avec M. de Cramaycnne au sujet de Fly, et surtout de l'horrible coUision domestique née de ce mallieurcui