LOUISIANE
Il est indispensable 4'exposer en quelques lignes l'état fébrile où se trouvait Paris depuis l'arrivée des députés aux états-généraux; car dans la grande histoire politique gravite notre petit épisode de famille. Tout ce que les livres philosophiques avaient mis en avant dldées justes ou folles, de chimères et de théories praticables, semblait toucher à son heure de réalisation. I] y avait bien encore la Bastille, une armée, un pouvoir, un roi, des prisons, des couvents, des abus, des préjugés; on était bien encore en présence du siècle de Louis XIV, comme illustration de noms; du siècle de Louis XV, comme dépravation de toutes sortes; du siècle de Louis XVI, tout monarchique et entièrement debout; mais il n'était pas un homme de quelque sens qui ne^it âansoes hommes passioimés envoyés par les tmsgrandes
isatégorfes âôciales, dès înstramentfii plm ou moins yo>-
IxHitaîres d'une démolitioû terrible^
Vers te milieu de rannée ^189, pour nous renfermer
âansles Ugnes pacifiées de notre siget^ tnadame de Ré^
tâl rentra im joùt à Sàint-Mandé si efErayée> si éperdue
de la Êeèûê dont, malgré eUe> elle arait été téâiomà Te»-
tfée du fAtÙJoarg Bcdnt<Antoine^ qu'elle tomba grav»-
ment malade^ Elle avait m eént nulle bommes armés
de piqueSj traînant même de* canons^ aooourir eâ htif^
lant vers la BaâtiUe^ dont ils avaient défooeé lés portes,
dont ils avaient démoli les créneaux aux lueurs de Tifl-
êéndie. Prise au milieu de la foule^ elle était demeurée
epeotalrioe de cette seène populaire^ et la terreur des
incidents l'avait épouvantée au point de la l'endï^ folle
pendant quelques heures. Malgré les soins dont elle fut
entourée, elle arriva promptement au ternie de Texis-
tenee« Hle mourut, et sa mort ne vint pas changer la
position de Constance^ Naturellement plus porté à soa-
cuper du sort de Sès propres enfants que ceux de sa
femme insldame de Rétal^ le marquis te félicita en secret
de savoir Constance au couvent^ et destinée à prendre
le voile dans l'année.
On se tromperait fort si, en se transportant à la fin du diit[*hnitlème siècle, on raisonnait sur la liberté des lenunes, et en général sur la liberté humaine, comme nous avons acquis le droit de raisonner aujourd'hui. Deux faits rendaient parfaitement eompte de l'esda*
40 LA DEBmiÈBC S(Kim nBTSd*.
vage imposé à quelques parties de la société : la site et Thabitude. Nécessité d^enricbir^ de raffermir individu par famille^ puisque la société reposait sur la '• famille depuis la féodalité; habitude immémoriale de se soumettre sans révolte à cette nécessité. Cela est si vrai .j qu'im seul écrivain^ et encore n'est-il pas des plu s fameux^ a osé à la fin du dix-huitièine siècle, exploiter sans grand succès à son époque, la situation d'une jeune fille forcée par ses parents de prendre le voile et de pro* noncer des vœux. Ce n'est que dans la Religieuse de Diderot qu'on trouve, avec une grande magnificence de style, il est vrai, la peinture d'une violence sociale qui, quelques années plus tard, fournissait l'ai^ment le plus fort, le plus énergique peut-être, contrôle pouvoir monarchique. Et même Diderot a tellement peur de l manquer d'intérêt en écrivant un admirable livre qu'il accumule des détails puérils, impossibles, qu'il invente une correspondance assez gauche pour nous obliger à croire à l'authenticité de son récit. Il a peur que la vraisemblance ne soit pas suffisante, que le style lé*plus original à côté de celui de Voltaire, que la verve la plus spirituelle, la plus colorée, la plus jaillissante, ne fassent pas pardonner le fond du sujet qu'il a choisi.
n importe donc de ne voir, dans la conduite de M. de Rétal oubliant Constance au couvent, qu'une action fort naturelle.
. Quelques mois avant les événements que nous avons
LA. DEBIVIERB SŒOR GRTSÏ. '44
rappelés, M. de Kermaji avait conduit lui-même sa fille Louisiane à Paris, et au couvent où était Constance^ maison religieuse dont M. de Cramayenne avait entendu faire les plus grands éloges par madame de Rétal.
La fille du capitaine de vaisseau n'approuvait pas trop le cloître, mais le cloître devait aboutir au mariage avec un homme qui lui plaisait, jeune, fort doux, d'une bonne maison, et qui porterait des épaulettes d'or. Elle entra au couvent avec ces grands motifs d'en supporter les ennuis, les charges, et les minutieuses pratiques de dévotion; c'était, à certains égards, de la résignation, car Louisiane n'était pas dévote. Le sens pieuxlui manquait, et certes, elle n'avait pu guère l'acquérîr dans la maison de son père, fort large à l'endroit des offices et des prières.
Mais Louisiane s'exagérait considérablement les contrariétés qui l'attendaient au couvent. Les pensionnaires ne partageaient pas le sort des religieuses : les supérieures, jalouses de ne laisser échapper aucune influence, n'avaient pas la maladresse de s'aliéner par trop de sévérité les maisons dont elles acceptaient d'élever les filles. C'était au contraire, et le plus souvent, pour les jeunes personnes un endroit d'innocence et de ^ bonheur. On les tourmentait fort peu pour leurs leçons, car on enseignait peu dans les couvents, et les prières, si elles étaient fréquentes, n'étaient jamais , longues.
42 lA ssbitiAhs sostm orisb.
Et que d'amusements et de plaisirs ne leur ppocuraiton pas! Où causait-on avec le plus de liberté, où se levait on le plus tard, où brodait-on le mieux la tapisserie, où mangeait-on les plus délicieuses pâtisseries, où buvaiton les plus fines liqueurs^ le meilleur café, le meilleur chocolat, où chantait-on le mieux la bonne musique, où y avait-il les plus belles fleurs, les plus beaux fruits, où trouvait-on les meilleures amies, si oe n'est au couvent?
En quelques jours, mademoiselle de Kermaji chan* gea d'opinion sur la vie des couvents; mais, en fille lé* gère, elle s'imagina que les religieuses n'étaient pas moins heureuses que les pensiomiaires. Elle revint plus tard de cette erreur. En attendant, elle se disait :
—En vérité, je ne sais pas pourquoi je n'ai pas apporté avec moi mes tigres et mon palanquin.
Une particularité de l'éducation de Francis de Gramayenne a peut-^tre arrêté im instant l'attention du lecteur. Il a été dit dans les premières pages de cette obscure histoire privée, qu'il venait de passer ses der* niers examens de théologie lorsqu'il s'était rendu à Saint-Mandé pour jouir de son temps des vacances. On ne comprendrait pas pourquoi il avait étudié la théoI(H gie, étant destiné par son père à la carrière des armes. C'est, nous le craignons bien, beaucoup trop douter de la fidéhté des souvenirs érudits du lecteur, que de lui rappeler ici en (juel^es mots que, plus large <j«e pré*
LA fiEBNlàBK SQR17R GRTM* 48
cise^ Téducation d'autrelois faisait à tous les jeunes gens des grandes familles une nécessité de mndethéo. logique.
Ainsi Turenne et Condé^ par exemple^ avaient cornmente au collège la Sontfne de saint Thomas> long^ temps avant d^étudier Polybe« Les mœurs du temps, pédantes si Ton tient à les qualifier ainsi, voulaient cela, comme elles imposent aujourd'hui Tétude de Tanglais et de Tallemand à toute éducation un peu complète.
Pourvu d'une sous^lieutenancô pendant le cours de sa première année de travaux à l'école militaire deBapaume, Francis chercha, par son application, à mériter un jour le grade dont il avait été revètu> eràce à la protection de quelques puissants amis de son pète. Francis, du reste, n'aimait pad la guerre à la manière de la plupart des jeunes gens de son âge. Uniquement pour le plaisir de tuer à Tennemi mille hommeà de plus qu'il n'en tuera. Il passait avec rapidité sur les scènes de carnage^ et il arrivait vite au tableau de pacification qui suit la conquête, n ne souhaitait de vaincre les nations que dans le but d'améliorer leur sort; allant à elles avec des canons, parce que les canons sont les clefs qui ouvrent souvent les portes de fer de la barbarie.
n se laissait aller à l'erreur de croire qu'fi parviendrait ainsi à dominer le souvenir de Constâmce, par la pensée bruyante de la gloire; car, jeune homme grave it s6fiwxp m 9'€U)Usant pas^ il Is^ sayait à jamais p6N
44 LÀ DEHNIÂRB SOEUR GRISE
due pour lui. Le couvent, aux conditions où eïïe y était entrée, c'était la mort. Il n'avait plus qu'une seule fois' à la voir, le jour où elle s'ensevelirait vivante sous le Voile qui ne se relève plus que devant le visage de Dieu. Il ne nourrissait pas ces folles idées, ces projets romanesques, si rarement réalisés, d'un enlèvement.
A distance, l'imagination se livre à ces sortes de rêves ; mais , en réalité, a-t-on souvent franchi de triples enceintes, arraché des barreaux de fer scellés dans des murs épais, pénétré sans guide sous un réseau de voûtes obscures , conduisant à des milliers de cellules d'une décourageante ressemblance? D'ailleurs, sa conscience lui montrait, comme un crime, la pensée seule de violer la volonté d'une famille, peut-être trompée, peut-être cruelle, mais à coup sûr maîtresse de la destinée d'un enfant. 11 ne se promettait que la triste consolation d'entretenir toute sa vie la douleur de la pleurer. Chaque matin il lui écrivait, et chaque soir il renfermsdt dans une boite la lettre confidente de sa peine. C'était son écrin précieux.
Quelque grand que fût le respect dont il se sentait pénétré pour son père, il ne consentirait jamais à se marier avec mademoiselle de Kermaji. Avait-il le droit de lui offrir un cœur plein de l'image d'une autre femme? il n'entendait pas de cette manière la fidélité conjugale. Son père lui épargnerait un mensonge, un parjure, une traliison.Telles étaient les pensées de Fran-
LÀ BBRNIÂBB SOIIIB OBISB. 45
cis de Cramayeime à l'école militaire de Bapaume. La petite colonie de Saint-Mandé aurait vécu encore longtemps dans le sommeil de la même monotonie, sans la mort de madame de Rétal. Quoique son caractère ne fût pas bon, ^lle était aimée de madame de Cramayenne, et Tintimité de ces deux chefs de famille ramenait toujours la concorde entre les deux habitations. Quand elle ne fut pas là, M. de Rétal n'eut plus personne auprès de lui pour tempérer son humeur chagrine ; il s'y livra à plaisir. Des semaines entières s'écoulaient sans qu'il parût chez M. de Cramayenne, fort affligé au fond de cette réserve, mais lassé de suivre, dans tous ses caprices , les fantasques allures de son voisin. Deux choses, seulement, leur faisaient encore, comme une nécessité, de ne pas se perdre entièrement de vue. L'une était le besoin pour eux de causer à cœur ouvert des intérêts politiques, alors en ébullition, de blâmer en commun la cour et ses ministres, qui commettaient la
, faute de tenir à Versailles les états-généraux. Selon eux, le roi se repentirait d'avoir appelé tant de petites souverains, irrités l'un contre l'autre, et tous contre lui , quand lui pouvait, premier, unique souverain du royaume , gouverner comme il l'entendait Pourquoi ce
^ conseil ? pourquoi cet avis demandé à tant de sujets î cet aveu public d'impuissance à guérir le mal? Ce thème, si usé aujourd'hui, échauffait alors, et en tous lieux en France, l'écrit pubhc; salons, cafés, cercles.
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académies^ palais^ chaumières^ ne retentissaient que de la convocation des états-généraux, du danger, de l'opportunité de cette meusure , qui, d'après les uns, sauverait le royaume, d*après les autres, le perdrait.
Une même opinion avait parfaitement uni jusqu'ici les deux voisins de campagne. Le second motif, qui les faisait encore se voir, était moins grave en apparence: c'était Fly, leur chien lévrier. Malheureusement, on va voir qu'une 'cause tua l'autre, et que toute liaison fut dès lors rompue.
De convention arrêtée, Fly passait une quinzaine chez M. de Rétal, une quinzaine chez M. de Cramayenne; cela a été dit, je crois ; on se souvient peut-être aussi, qu'au sujet de cette double servitude. M- de Rétal avait exhalé contre M. de Cramayenne des propos fort durs, un soir qu'il avait perdu au jeu. A l'entendre, Fly était mal nourri , fort mal élevé , pendant son séjour chez M. de Cramayenne. Il ne redevenait gras et honnête que lorsqu'il allait passer l'autre quinzaine chez lui, M. de Rétal, quoiqu'en somme l'animal, au bout de ces vicissitudes, restât maigre et irritable, comme doivent être , après tout,et comme sont toujours les chiens lévriers.
Ceci rappelé, il reste à dire comment la question de Fly tua à Saint-Mandé la question des états-généraux-
tA DEBNIEBB SOEDB GBISB. 47
A QUOI TIENT l'AMITIÉ ENTRE LES AMIsJ
Pour plaire à ses enfants, M. de Cramyenne mit un
joiir, au cou du chien, un collier en cuivre entouré do
pointes. M. de Rétal s'aperçut de cette galanterie, et il
la prit fort mal. ce Je n'irai pas de toute la semaine chei
çïix, murmura-t-il. Ces gens-là sont des envahisseurs. »
S'il ne se plaignit pas plus fort, c'est que le collier avait
été donné à Fly pendant la quinzaine qu'il passait chez
M. de Cramayenne. La quinzaine écoulée, Fly fut ra-
mené chez M. de Rétal ; le chien avait le collier. Il
Tavait ! Que fait alors M. de Rétal î il l'enlève au lévrier,
et le renvoie à son voisin avec ces mots :
« Mon cher monsieur de Caramayenne,
a Je ne vous empêche pas, à Dieu ne plaise, de décorer notre lévrier d'un collier; mais veuillez, je vous prie, ne lui appliquer ce signe de propriété, cette marque de servitude qui le constitue votre unique bien, que lorsqu'il sera de quinzaine chez vous.
(( Quand Fly est chez moi, il est tout à moi, comme je suis tout à vous en terminant ces lignes, après lesquelles je n'ai plus qu'à me dire, moucher voisin, votre très-humble et très-dévoué serviteur.
« Arghambauld de Rétal. »
48 lA DKBNIEBR SOEUH OBTSII.
M. de Cramayenne répondit à M. de Rctal :
c Mon cher monsieur de Rétal,
« Si j'avais pensé que ce collier, donné par mes enfants à notre lévrier, eût pu vous faire concevoir la pensée injuste que mes prétentions étaient de m'attribuer exclusivement une propriété, sur laquelle je n'ai que des droits égaux aux vôtres, je me serais gardé de Tacheter. Mon aveu doit vous convaincre combien ce n'était pas là mon intention.
« Oubliez cette petite contrariété, et venez ce soir; nous causerons des états-généraux jusqu'à minuit. Croyez-moi toujours, mon cher voisin, votre très-humhle et très-dévoué serviteur,
a De Cramayenne. »
M. de Rétal n'oublia rien. Il se souvint fort bien, au contraire, et il fit faire au chien, dès le lendemain, un collier pareillement en cuivre, autour duquel un graveur cisela ceci : Je m'appelle Fly^ et j'appartiens à M» le marquis de Rétal j propriétaire à Saint-Mandé.
Cette inscription était cent fois plus personnellement ambitieuse que le fait pur et simple d'avoir mis un collier tout uni au cou du chien. Mais M. de Rétal se vengeait. A la rigueur, si le chien n'eût porté le collier et cette inscription que pendant la quinzaine dévolue à M.de Rctal, personne n'aurait eu raison de trop s'en plaindre. Il
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1 *y avait qu*à fermer les yeux sur la déclaration d^une 3rise de possession purement illusoire; les rois d'Angle- ;erre se disent bien rois de France. Mais quand revint la quinzaine de M. de Gramayenne^ M. de Rétal rexivoya à ce dernier le chien^ non sans lecollier^ mais avec le collier chargé de Tinscription. Le défi était formel . Un peu froissé des intentions ouvertement blessantes de M. de Rétal^ M. de de Cramayenne lui écrivit : « Mon cher voisin^
a Je ne vous imiterai pas ; je laisserai au cou de notre lévrier le collier que vous y avez mis« Je veux par là que vous soyez à même de juger si Fly^ pendant sa quinzaine passée chez moi^ aura ou non acquis de l'embonpoint.
< Je vous attends toujours pour gémir avec avec vous sur cette malheureuse idée des états^généraux.
a Croyez-moi, en toute occasion, votre très-humble
et très-dévoué serviteur.
a De CBAMÀYBnNB. x>
« C'est un soufflet que je re^is l s'écria M. de Rétal, après avoir lu ce billet. Il laisse le colllier à Fly pour me montrer le degré d'embonpoint où il sera parvenu chez eux ! Pour me faire honte, ils vont Teugraisser, le ^ ballonner ; il me reviendra le collier caché dans la graisse. Enfin ces gcns-là se démasquent. »
D'une main émue de colère, il écrivit ceci à M. de Cramayenne:
50 LA DBaniÈas hatvn grtsk.
a Monsieur,
< Je TOUS ai compris : votre projet e9t de me dé0M>fi« trer^ en laissant le collier à Fly, que tous saurez nour« rir mieuiK que je ne le fais ce pauvre animal exposé à de funestes excès de nourriture. Le procédé est ingénieux ; mais prenez garde qu'il ne le soit trop. Si le le- Trier meurt dans cet essai de Tengeance, tous aurez à m'indemeniser, songez-y. Il a'agira de grosses sommes, car si l'usufruit du léTrier esta nous deux, monsieur le comte» la propriété en est à moi seuL Fly est né chez moi, dans mes terres.
« A Totre invitation d'aller causer chez tous des étaisgénéraux, j'aurai l'honneur de répondre que je ne Tois plus les choses du même œil que tous. Le temps et Tex* périence modifient les opinions,
« Je n'en ai pas moins l'honneur de me dire, monsieur le comte> Totre très-humble et très* obéissant ser«
Titeur.
a Djb Rétal. h
Cette querelle, comme toutes les querelles entre Toisins de campagne, s'envenimait de plus en plus. Chaque jour amenait sa petite taquinerie, son mot blessant, son coup de coude, toujours à cause du refroidissement survenu à la suite de la dispute dont Fly était le prétexte. Bien entendu que dans ces escarmouches M. de Rétal ne prenait que la part d'une instigation
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sourde; elles s'exerçaient entre les bonnes, les jardiniers et les enfants des deux maisons. Les deux chefs restaient dans leurs tentes.
Quand Fly, au bout de la quinzaine, fut restitué à M. de Rétal, il était tel qu'il avait été confié à M. de Cramayenne, vu qu'un lévrier bien ou mal nourri reste toujours au même point: c'est un des mystères de la création.
La dispute des deux voisins aurait trouvé un terme dans cet état passif du chien inutilement soumis aux tentatives de l'alimentation, si le hasard n'eût reculé ce terme d'une manière fâcheuse.
Un beau jour Fly est perdu. On le cherche, on l'appelle, on le siffle : pas de Fly. Qu'est-il devenu? On demande aux environs: réponses vagues. La douleur fut égale dans les deux maisons, car il était sincèrement aimé. Il avait tant de défauts!
«Tout ceci, dit M. de Rétal en mettant le doigt sur sou front, cache quelque mauvais tour de mon ennemi juré, M. de Gramayenne. La disparation de Fly estscm œuvre. Ah ! oui !... E^ bien I nous allons voir, s'écriat-il d'une voix triomphante ; nous allons voir ! »
11 fit placarder cette affiche à Saint-Mandé et dans cinq ou six comtmes cireonvoisines:
« Cinq cents livres de récompense à qui trouvera un chien lévrier de couleur grise portant gravés sur son collier son nom et celui de son maître.»