‹ La Comédie française. Première sér. NoticesChapitre 10 sur 22 · AR MANDE BÉJART · texte numérisé non relu

AR MANDE BÉJART

sans trouble, nous dit-on ; mais Armande paraît devant toute la cour, et voilà qu'Armande devient folle du comte de Guiche, tandis que le comte de Lauzun devient fou d'elle. L'abbé de Richelieu, enragé, trouva le moyen de surprendre un billet qu'elle écrivait au comte de Guiche, et il abandonna l'infidèle après avoir, par un dernier trait de délicatesse, averti Molière que sa femme le trompait.

« Voilà des détails précis et minutieux. Il ne leur manque qu'une chose essentielle, d'être vrais, et une autre chose plus nécessaire encore, d'avoir été possibles. Car ni l'abbé de Richelieu ni le comte de Guiche n'assistaient aux fêtes de Versailles au mois de mai 1664. »

L'alibi ainsi posé, M. Auguste Vitu le prouve en établissant, l'histoire en main, qu'au mois de mai 1664 l'abbé de Richelieu était en Allemagne et le comte de Guiche en Pologne.

Pour le premier, parti en mars 1664, il mourut à Venise le 9 janvier i665, sans être revenu en France, et ne pouvait, par conséquent, disputer Mlle Molière, dans le courant de l'année 1664, ni au comte de Guiche ni au comte de Lauzun.

Pour le second, homme à bonnes fortunes en dépit du pamphlet, et qui dut à son amour pour Madame Henriette d'Angleterre la longue série de ses disgrâces, il avait jugé prudent, en i663, de s'exiler en Pologne, et, les gazettes annonçant son entrée solennelle à Varsovie le 2 mai 1664, il lui devenait impossible de se trouver à Versailles, où les fêtes, commencées le 7 mai, se terminèrent le 1 3 du même mois.

« Ainsi, s'écrie victorieusement M. Vitu, des trois personnages mis en scène par le libelle, à propos de la Prin-

cesse d'ÉIide, en voilà deux qui se trouvent hors de cause pour absence dûment constatée, ce qui nous dispenserait à la rigueur de nous occuper du troisième. »

Poursuivant son argumentation et précisant les faits, M. Vitu expose maintenant que, dut-on lire Fontainebleau au lieu de Chambord ou Versailles, et placer les prétendues intrigues de MIle Molière dans cette dernière ville, où la Princesse d'Elide fut jouée une seconde fois le 21 juillet if>i>4, l'accusation ne serait guère plus soutenable. Richelieu, en effet, était absent comme il a été clairement démontré; Lauzun, probablement, n'assistait pas davantage à la fête. Quant au comte de Guiche, qui était présent, il se trouvait dans une situation d'esprit à rendre absolument invraisemblables des intrigues avec une comédienne. Plus amoureux que jamais d'Henriette d'Angleterre et profondément désespéré, il fut contraint, à cette même époque, de remettre entre les mains de Louis XIV les lettres et le portrait de Madame. De plus, il dut se battre en duel avec de Vardes, qui l'avait trahi, et les préoccupations de ce combat n'étaient point minimes, si l'on réfléchit que de Vardes passait pour le gentilhomme le plus redoutable de la cour de France.

c( Telles furent, pour le comte de Guiche, conclut l'écrivain, les plaisirs du court séjour de Fontainebleau dans l'été de 1664... A quelque temps de là, n'évitant un nouvel exil que par un départ volontaire, il prit du service en Hollande, et n'obtint la permission de revenir à Paris qu'en 1671, après la mort funeste de Madame. On sait qu'il mourut, peu de temps après le fameux passage du Rhin, le 29 novembre 1673, âge de trente-cinq ans, à Kreuznach, dans le Palatinat, de chagrin autant que de fatigue. »

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Contre la partie de son plaidoyer que M. Vitu appuie sur des dates il n'y a rien à objecter ; les chiffres ont leur logique inexorable, et Mlle Molière ne saurait être coupable des intrigues qu'on lui prête durant les représentations de la Princesse dElide.

Maintenant, et en exceptant l'abbé de Richelieu, qui, parti pour l'Allemagne au commencement de 1664 et mort à Venise le 9 janvier i665, ne peut, de toute impossibilité, avoir été l'amant d'Armande, affirmera-t-on de la même sorte que Mlle Molière n'ait pas été la maîtresse du comte de Guiche et du comte de Lauzun? La chose ne saurait s'admettre aux représentations de la Princesse d'Élide. Nous en sommes persuadé avec M. Vitu, et les racontars de la Fameuse Comédienne sont mensongers sur ce point. Mais quelle preuve opposer à cette hypothèse que, les relations de Mlle Molière avec Guiche et Lauzun ayant réellement existé, ia Boudin ou l'auteur quelconque du libelle les ait ensuite arrangées à sa guise, choisissant son temps et son décor suivant son bon plaisir ou celui de son lecteur? Les chroniques scandaleuses n'agissent pas autrement, et, ne l'oublions pas, les mémoires de la Fameuse Comédienne sont une sorte de chronique commandée et payée par Fraus Rottemberg, libraire à Francfort, qui avait la spécialité de ces ouvrages à sensation. Cela, encore une fois, est une simple hypothèse, appuyée pourtant sur la tradition qui prête pour amants à Mlle Molière au moins les comtes de Guiche et de Lauzun.

Le premier, nous dit M. Vitu, était trop occupé de sa passion pour Henriette d'Angleterre, et le second fut trop épris des charmes de Mme de Monaco pour songer à une comédienne. A ces arguments nous objecterons que nos

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grands seigneurs ny regardaient pas d'aussi près, et que chiffonner en passant la cornette d'une fille de théâtre était peccadille assez indifférente pour que leur conscience d'amoureux ne s'en embarrassât point.

De l'examen impartial et approfondi du ménage de Molière il ressort clairement que, si Armande fut calomniée dans son temps, elle est aujourd'hui trop défendue, ce qui d'ailleurs a toujours lieu pour les réhabilitations posthumes. Mlle Molière fut despote, coquette, vaniteuse et légère; Mlle Molière eut des intrigues, peu importe avec qui. La vérité est que l'époux en fut à ce point assuré qu'il dut s'effacer d'abord, puis rompre avec une femme dont la conduite le mettait au désespoir. Ce qui demeure non moins prouvé, c'est que plus tard, quand à sa prière ses amis lui eurent ménagé un rapprochement avec Armande, la résolution qu'il prit d'éloigner les rivaux en accomplissant ses devoirs d'époux lui fit cesser l'usage du lait pour se mettre à une nourriture tonique dont l'abus irrita sa poitrine, redoubla sa toux et abrégea ses jours. Le fait est certifié par Grimarest lui-même, qui se montre cependant d'une indulgence extrême envers Mlle Molière.

Dans quelle proportion Armande Béjart fut-elle coupable? La question est brûlante, et nul ne saurait la résoudre. Les chagrins domestiques qui assaillirent continuellement Molière, ses larmes et ses déboires, sont là, en tout cas, pour condamner sa femme.

Sur ce dernier point, tous les biographes ont un avis semblable. Rapportant une conversation que le poète phijosophe eut un jour avec Rohaut et Mignard, ses amis : <r Ne me plaignez-vous pas, lui fait dire Grimarest, d'être d'une profession et dans une situation si opposées aux sen-

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timents et à l'humeur que j'ai présentement? J'aime la vie tranquille, et la mienne est agitée par une infinité de détails communs et turbulents, sur lesquels je n'avais pas compté dans les commencements, et auxquels il faut que je me donne tout entier malgré moi. Avec toutes les précautions dont un homme peut être capable, je n'ai pas laissé de tomber dans le désordre où tous ceux qui se marient sans réflexion sont accoutumés de tomber. Oui, mon cher monsieur Rohaut, je suis le plus malheureux de tous les hommes, et je n'ai que ce que je mérite. Je n'ai pas pensé que j'étais trop austère pour une société domestique. »

Et Molière, accentuant ses griefs contre Armande dans le cours de l'entretien , poursuit en ces termes : « Ma femme me laisse impitoyablement dans mes pensées, et, occupée seulement du désir de plaire, en général, comme toutes les femmes, sans avoir de dessein particulier, elle rit de ma faiblesse. Encore si je pouvais jouir de mes amis aussi souvent que je le souhaiterais pour m'étourdir sur mes chagrins et sur mon inquiétude ! Mais vos occupations indispensables et les miennes m'ôtent cette satisfaction. »

La Boudin, de son côté, insiste sur la douloureuse situation de l'époux, et nous ne croyons pas être blâmé pour avoir emprunté à son ouvrage un passage absolument inattaquable en ce* qu'il est la peinture fidèle des sentiments de Molière à cette époque.

La scène se passe à Auteuil, sous les frais ombrages auxquels le grand écrivain allait demander le repos de l'esprit et l'oubli de ses chagrins.

Molière, disent les Mémoires, qui avait écouté son ami

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Chapelle avec assez de tranquillité, lui répondit : « Je vois bien que vous n'avez encore rien aimé, et vous avez pris la figure de l'amour pour l'amour même. Si ma patience m'a appris qu'on pouvait fuir le péril, mon expérience ne m'a que trop fait voir qu'il est impossible de l'éviter... Comme elle était encore fort jeune quand je l'épousai , je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements; aussi le mariage ne ralentit point mes empressements; mais je lui trouvai tant d'indifférence que je commençai à m'apercevoir que toute ma précaution avait été inutile, et que ce qu'elle sentait pour moi était bien éloigné de ce que j'aurais souhaité pour être heureux. Je me fis à moi-même ce reproche sur une délicatesse qui me semblait ridicule dans un mari, et j'attribuai à son humeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moi; mais je n'eus que trop de moyens de m'apercevoir de mon erreur... Cependant mes bontés ne l'ont point changée. Je me suis donc déterminé de vivre avec elle comme si elle n'était pas ma femme; mais si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi ! Ma passion est venue à tel point qu'elle va jusqu'à entrer avec compassion dans ses intérêts; et, quand je considère combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut-être une même difficulté à détruire le penchant qu'elle a d'être coquette, et je me trouve plus dans la disposition de la plaindre que de la blâmer... Toutes les choses du monde ont du rapport avec elle dans mon cœur : mon idée en est si fort occupée que je ne sais rien en son absence qui me puisse divertir. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne saurait dire, m'ôtent l'usage de la réflexion.

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Je n'ai plus d'yeux pour ses défauts; il m'en reste seulement pour tout ce qu'elle a d'aimable... »

Molière adorait sa femme : on en juge non seulement par la conversation qui précède, mais encore d'après le témoignage de ses contemporains. Hardi dans ses ouvrages et toujours prêt à fustiger le vice ou le ridicule, sans se soucier des représailles, il se montrait avec Armande faible et désarmé, s'irritant à chaque nouveau dédain de sa femme, puis regrettant ses emportements et mettant à se rapprocher d'elle la persistance jalouse des vieux maris. « Molière, écrit Voltaire, tout philosophe qu'il était d'ailleurs, essuya dans son domestique les dégoûts, les amertumes et quelquefois les ridicules qu'il avait si souvent joués sur le théâtre : tant il est vrai que les hommes qui sont au-dessus des autres par les talents s'en rapprochent toujours par les faiblesses. »

Quelques écrivains, pour excuser Armande, ont prétendu que Molière, de son côté, avait des torts, qu'il continua de subir, après son mariage, l'influence despotique de Madeleine Béjart; qu'en tout cas, il n'eut le courage de chasser ni de sa maison ni de son cœur la de Brie, avec laquelle il avait entretenu des intrigues amoureuses. Sur ce dernier point Grimarest se charge de nous édifier. La de Brie était certes une bonne fille, mais elle n'avait rien pour captiver ni retenir un amant.

« Est-ce par la vertu, la beauté ou l'esprit, disait quelqu'un à Molière au temps de ses relations avec elle, que cette comédienne vous a séduit ? Vous savez que La Barre etFlorimont sont de ses amis, qu'elle n'est point belle, que c'est un vrai squelette, et qu'elle n'a pas le sens commun. — Je sais tout cela, Monsieur, répondit Molière, mais je suis

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accoutumé à ses défauts; il faudrait que je prisse trop sur moi pour m'accommoder aux imperfections d'une autre; je n'en ai ni le temps ni la patience. »

■ Peut-être, conclut Grimarest, qu'une autre n'aurait pas voulu de pareils attachements. Il traitait rengagement avec négligence, et ses assiduités n'étaient pas trop fatigantes pour une femme; en huit jours une petite conversation, c'en était assez pour lui. »

Mais que servent ces détails d'alcôve ? Molière eut des fantaisies, des caprices passagers ; il n'éprouva jamais qu'un amour sérieux, un amour qui survécut à l'offense, et auquel il revint toujours, en dépit de ses serments et de ses belles résolutions. C'est ainsi qu'Armande Béjart lui donna les trois enfants dont nous sommes amené à dire un mot en passant. Le premier, qui se nommait Louis, naquit le 19 janvier 1664 et fut baptisé le jeudi 28 février. C'était le filleul de Louis XIV et d'Henriette d'Angleterre, qui se firent représenter par le duc de Créquy et la maréchale du Plessy. Louis Molière mourut l'année même de sa naissance, et fut enterré à Saint-Germain l'Auxerrois, le 1 1 novembre 1664. Le second enfant de Molière fut une fille, elle eut pour parrain le comte de Modène, pour marraine Madeleine Béjart, sa tante, et fut baptisée le 4 août 1 665. Esprit-Madeleine Molière survécut seule à son père. Enlevée dans la suite par le sieur de Montalant, qui l'épousa, elle alla demeurer avec lui à Argenteuil, où elle s'éteignit le 23 mai 1723 sans postérité.

Enfin le troisième enfant, qui dut le jour à la dernière réconciliation d'Armande et de son mari, naquit le i5 septembre 1672 et mourut le 1 1 octobre suivant, un peu moins d'un mois après sa naissance. Il avait nom Pierre-Jean-

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Baptiste- Armand, et était filleul de Boileau Puimorin, frère de Despréaux, et de M1Ie Mignard, fille du peintre célèbre.

Quatre mois après la perte de ce fils, et dix-huit mois après s'être réconcilié avec sa femme, le grand Molière succombait ( 1 7 février 1 67 3 ) .

M1Ie Molière se montra, dans les premiers temps de son veuvage, à la hauteur de ses devoirs. L'archevêque de Paris, Harlay de Champvalon, s'opposait à ce que l'illustre comédien fût enterré chrétiennement. Armande lui adressa une requête dans laquelle, après avoir exposé les instances de son mari pour recevoir les sacrements et le refus obstiné des prêtres Lenfant et Lechat de se déranger, elle concluait :

Ce considéré, Monseigneur, et attendu que dessus, et que ledit défunt a demandé, auparavant que de mourir, un prêtre pour estre confessé, qu'il est mort dans le sentiment d'un bon chrestien, ainsy qu'il a été témoigné en présence de deux dames religieuses, demeurant en la même maison, d'un gentilhomme nommé M. Couthon, entre les bras de qui il est mort, et de plusieurs autres personnes, et que M. Bernard, prestre habitué en l'Eglise Saint-Germain, lui a administré les Sacrements, à Pasques dernier, il vous plaise, de grâce spéciale, accorder à ladite suppliante que son dit feu mary soit inhumé et enterré dans ladite église Saint- Eustache, sa paroisse, dans les voyes ordinaires et accoutumées, et ladite suppliante continuera les prières à Dieu pour votre prospérité et santé.

Comme cette éloquente supplique restait sans réponse, Mlle Molière alla trouver le roi à Versailles, et, s'étant jetée à ses pieds, elle le conjura démettre un terme aux résistances de l'archevêque; puis, sur l'hésitation de Louis XIV, elle ne craignit pas de s'écrier, dans un élan de franchise impétueuse, que, si son mari était criminel, ses crimes avaient été autorisés par Sa Majesté !

On n'ignore pas le résultat de la démarche. Le roi

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donna, pour la forme, un ordre d'inhumation, que Champvalon n'exécuta qu'à moitié :

Nous avons permis au sieur curé de Saint- Eustache, disent les • bistres de l'Archevêché à ce propos, de donner la sépulture ecclésiastique au corps du derTunct Molière, dans le cimetière de la paroisse, h condition, néanmoins, que ce sera sans aucune pompe, et avecq deux prestres seullcment et hors des heures du jour, et qu'il ne se fera aucun service solennel pour luy, ny dans la dite paroisse Saint-Eustache, ny ailleurs, mesme dans aucune églize des réguliers, et que nostre présente permission sera sans préjudice aux règles du rituel de nostre églize que nous voulons estre observées selon leur forme et teneur.

Ainsi, le curé de Saint-Eustache ayant défense d'assister au convoi, deux prêtres seuls accompagnèrent le corps, qui ne fut pas même présenté à l'église, et qu'on transporta de nuit au cimetière Saint-Joseph le mardi 21 février 1673.

Ici se placent deux traits qui font honneur à Armande Béjart, et que nous n'aurions garde de passer sous silence.

Au moment des funérailles, raconte Voltaire, « la populace, qui ne connaissait dans Molière que le comédien, et qui ignorait qu'il avait été un excellent auteur, un philosophe, un grand homme en son genre, s'attroupa à la porte de la maison ». La veuve, pour changer les intentions évidemment hostiles de cette foule, eut l'heureuse inspiration de lui jeter par la fenêtre une centaine de pistoles en l'invitant, avec des termes si touchants, de prier pour son mari « que ces misérables, qui auraient sans savoir pourquoi troublé l'enterrement, accompagnèrent le corps avec respect ».

Quant au second trait, je ne puis que le donner sous l'autorité de Titon du Tillet, qui le rapporte avec une admiration un peu exagérée. « La veuve de Molière, raconte-t-il,

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fit porter une grande tombe de pierre qu'on plaça au milieu du cimetière Saint-Joseph, où on la voit encore (1732). Cette pierre est fendue par le milieu, ce qui fut occasionné par une action très belle et très remarquable de cette demoiselle. Deux ou trois ans après la mort de Molière, il y eut un hiver très froid. Elle fit voiturer cent voies de bois dans ledit cimetière, lequel bois fut brûlé sur la tombe de son mari pour chauffer tous les pauvres de son quartier : la grande chaleur du feu ouvrit cette pierre en deux. Voilà ce que j'ai appris, il y a environ vingt ans, d'un ancien chapelain de Saint-Joseph, qui me dit avoir assisté à l'enterrement de Molière. »

Tels sont les actes, malheureusement peu nombreux, dont nous pouvons louer Armande Béjart; à côté abondent les sujets de blâme. Il est incontestable, par exemple, que la veuve de Molière ne regretta pas longtemps son mari; que, treize jours après la mort de ce dernier, elle remontait sur les planches, et que, peu curieuse de la gloire du grand homme, elle se dessaisit de ses manuscrits ou fragments de pièces entre les mains du comédien Lagrange.

Nous n'avons pas à consigner l'aventure du président Lescot, qui, trompé par la Ledoux sur l'identité de sa maîtresse, crut posséder Mlle Molière alors qu'il jouissait des faveurs d'une certaine La Tourelle. C'est une affaire qui se dénoua devant les tribunaux, sur la juste plainte de Mlle Molière, et dans laquelle notre biographie n'a pas à intervenir. Ce qu'il importe de dire, c'est qu'Armande ne se corrigea pas de sa coquetterie après la mort de son époux, et que la tradition lui prête pour dernier amant un sieur du Boulay, qui obtint ses bonnes grâces en lui

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