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promettant de lui donner son nom. D'après la même tradition, qui, avouons-le, prend son origine dans les mémoires de la Boudin, c'est à un mauvais sentiment que M ,le Molière aurait obéi en se remariant. Une de ses camarades, la demoiselle Guyot, entretenait depuis longtemps des relations avec Guérin-cTEstriché, comédien de sa troupe: elle résolut de le lui enlever, le poursuivit de ses assiduités, et L'encouragea de telle sorte que celui-ci, désireux peutêtre de succéder au grand Molière, l'épousa le 3i mai
Quant à notre actrice, elle s'attira par cette sotte équipée des risées et des quolibets dont le quatrain suivant est un échantillon :
Les grâces et les ris régnent sur son visage, Elle a f air tout charmant et l'esprit tout de feu ; Elle avait un mari d'esprit qu'elle aimait peu, Elle en prend un de chair qu'elle aime davantage.
De ce dernier mariage, Armande eut un fils qui mourut en 1708; elle avait sans cesse tenu sa fille, Madeleine Molière, éloignée de la maison, de peur qu'en grandissant auprès d'elle l'enfant ne vieillit la mère. On a conservé à ce sujet un mot piquant de Madeleine. Chapelle lui ayant demandé un jour quel âge elle avait : « Quinze ans et demi, répondit-elle bien bas, mais n'en dites rien à ma mère ! »
Nous ne savons trop si la Béjart fut heureuse avec Guérin. En tout cas, celui-ci prétendit être maître chez lui et surveilla sa femme, ce qui lui réussit à merveille, car, tous les écrivains l'affirment, depuis son second mariage Armande mena une conduite exemplaire.
Après vingt-trois ans de ménage, Mlle Guérin mourut le
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3o novembre 1700, comme le constate son acte de décès, inscrit sur les registres de la paroisse Saint-Sulpice :
Le 2 décembre 1700, a été fait le convoi, service et enterrement de Damoiselle Armande, Grézinde, Claire, Elisabeth Béjart, femme de M. François, Isaac Guérin, officier du roi, âgée de cinquante-cinq ans, décédée le dernier jour de novembre de la présente année, dans sa maison, rue de Touraine. Et ont assisté audit convoi, service et enterrement, Nicolas Guérin, fils de ladite défunte, et M. Jacques Raisin, officier du roi et ami de ladite défunte, qui ont signé.
Nous nous sommes trop étendu sur l'examen de la femme pour qu'il nous soit loisible de beaucoup parler de la comédienne. Ce dernier côté d' Armande Béjart est d'ailleurs moins intéressant que le premier.
Cependant l'artiste ne manquait point de talent; on dit même qu'elle s'acquittait assez bien des seconds rôles tragiques. Mais c'est surtout dans la comédie qu'il faut la chercher; elle y était piquante, naturelle, et nuançait d'une façon intelligente et fine tous les personnages qui lui étaient confiés. Nous savons déjà qu'elle joua la princesse d'Elide et Psyché; ajoutons à son répertoire les rôles de Célimène dans le Misanthrope, d'Elvire dans Tartuffe, de Lucile dans le Bourgeois gentilhomme, d'Angélique dans le Malade imaginaire, et de Léonor dans l'Homme à bonnes fortunes. Mlle Molière avait, en outre, une voix sympathique, et chantait avec une égaie facilité le français et l'italien. Elle parlait même cette dernière langue assez correctement pour que Champmeslé lui confiât un rôle tout en italien dans sa comédie le Parisien, représentée le 7 février 1682.
Mais, de tous les moyens qu' Armande imaginait pour s'attirer les faveurs du public, il n'en fut aucun qu'elle
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caressât avec plus d'amour que la toilette et les ajustements. Sans autre souci du rôle qu'elle représentait, il lui fallait de brillants atours! Cette manie même de se faire belle, en dépit de la raison, lui attira plus d'une fois les justes remontrances de son mari.
.Molière, assez aveuglément épris de sa femme pour lui pardonner ses caprices et lui passer toutes ses fantaisies, ne badinait pas quand il s'agissait de théâtre.
Un soir, c'était à la première de Tartuffe, comme Armande se parait d'une robe magnifique qu'elle avait commandée en secret et dont elle espérait merveille : « Qu'est ceci, fit le maître, qui se présenta inopinément, et que signifie cet ajustement ? Ne savez- vous pas que vous êtes incommodée dans la pièce? Vous voilà éveillée et ornée comme pour aller à une fête! » Et MIle Molière essayant de répliquer : a Allons, déshabillez-vous sans tarder, et prenez un habit convenable à la situation où vous devez être. » La pauvre actrice supplia, puis elle menaça de ne point jouer : peine inutile! il fallut obéir! Qui sait si la même fermeté n'eût pas mieux servi l'époux dans son ménage que les prières et les concessions où nous rougissons d'avoir vu s'abaisser le philosophe?
Pour en rester à MIle Molière, elle sut se gagner bon nombre d'admirateurs, et Loret figure des premiers parmi eux. Plusieurs fois il chanta ses louanges dans sa gazette rimée , d'où nous détachons ce sixain flatteur :
Pour vous peindre, belle Molière, Il faudrait qu'un dieu jeune et beau Guidât les traits de mon pinceau.
C'est une grâce singulière
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Qui brille en ce jeu doux et fin, C'est un esprit C'est vous enfin!
Visé fît l'éloge d'Armande dans son Mercure galant de février 1682, et nous trouvons, dans les Entretiens galants, ouvrage paru chez Barbin en 1 681, le passage suivant :
Si Mlle Molière retouche quelquefois à ses cheveux, si elle
raccommode ses nœuds et ses pierreries, ses petites façons cachent une satire judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer, mais enfin, avec tous ses avantages, elle ne plairait pas tant, si sa voix était moins touchante. Elle en est si persuadée elle-même que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents; et quoique la comédie soit un spectacle, j'ai toujours cru qu'au théâtre, comme ailleurs, les gens délicats préfèrent souvent le plaisir d'entendre à celui de voir.
N'omettons point de dire, pour compléter la carrière dramatique d'Armande Béjart, qu'après la mort du maître, Lulli, qui n'attendait qu'une occasion favorable pour s'emparer de la salle du Palais-Royal, s'y établit sans scrupule. La veuve de Molière réclama contre cette usurpation, mais ce fut en vain; il fallut céder la place et aller s'installer sur le théâtre construit par Sourdeac en face de la rue Guénégaud, où la troupe donna ses représentations jusqu'au mois d'avril 1689.
Mlle Molière, devenue Mlle( Guérin, fut comprise dans la réunion de 1680 avec les demoiselles de Champmeslé, Guyot, de Brie, Beauval, Raisin, etc. . . , et prit sa retraite le 14 octobre 1694 avec une pension de 1,000 livres.
Il ne faut pas que le blâme infligé à la veuve de Molière,