‹ La comédieChapitre 17 sur 50 · ORONTE · texte numérisé non relu

ORONTE

J'ai vu jouer Oronte de deux façons tout à fait différentes et supérieures l'une, et l'autre. Mirecourt était un grand seigneur, de haute et sérieuse mine, qui, en usant des formules de politesse alors en usage, avait tout à fait raison contre la mauvaise, humeur d'Alceste. Il restait de parfaitement bonne compagnie, même alors qu'il se donnait le léger ridicule de lire un sonnet médiocre. Il écoutait d'un visage assombri et d'un air pincé les boutades d'Alceste ; mais c'était toujours avec politesse, bien que d'une voix altérée, qu'il disait :

Et ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet ?...

La querelle s'aigrissait peu à peu : on sentait très bien que le monsieur à qui Alceste avait affaire n'était pas un plaisantin, mais un homme d'honneur, friand de la lame, et qui, emporté par le dépit, finirait par dire, la main sur son épée :

Mais, mon petit Monsieur, prenez-le un peu moins haut.

La scène n'en était pas moins plaisante pour être jouée par un acteur long, maigre, de taille imposante, de visage hautain.

Coquelin arrive souriant et bavard. Il cherche à faire saillir aux yeux du public, par la manière dont il débite ses compliments, le ridicule que Molière a mis dans l'excès de ses formules.

Il lit le sonnet avec conviction, il n'y a pas moyen de ?aire autrement. Mais il porte une telle exagération et une ïxagération si drôle dans l'admiration qu'il a de lui, sou risage revêt des physionomies si plaisantes que le person*lage avec lui tourne au comique.

C'est une autre manière, qui n'est pas moins bonne, parce jue toute interprétation, qui est exécutée d'une façon parfaite, qui atteint son maximum d'intensité, mérite l'éloge ies connaisseurs.

21 août 1882.

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