‹ La comédie grecqueChapitre 10 sur 109 · ORIGINES — COMÉDIE DO RI EN NE · texte numérisé non relu

ORIGINES — COMÉDIE DO RI EN NE

Tout cela peut être, mais tout œla n'esi ^'accessoire. Ce qui caractérisait, je crois, la comédie de Mégare et ce qui la séparait de celle dWthènes, c'est que, manquant à lune des conditions essentielles de la comédie, au lieu d'être une arme d'opposition — toute comédie doit être de Topposition par quelque côté, — elle fut au contraire une anne d'of^ression et de vengeance, dont les vainqueurs usèrent à T^ard des vaincus. Xée de ki révolte triomphante de la populace contre la noblesse, elle s'adressait au peuple, non pour rire de sa puissance et de sa sottise, ainsi que des vices réels ou supposés de ses ooaducteurs, mais pour flatter ses passions turbulentes el ses haines. C'était donc pour ces « gens aux pieds poudreux et portant sayon de poil de chèvre *, tant maudits par Théogm's, qu'elle était faite; c'est leurs applaudissements et leurs rires qu'elle cherchait dans ses plaisanteries assaisonnées du plus gros sel et pleines d'amertume comme de scurrilité. Par ce côté elle était aussi peu dorienne que possible, quoique écrite dans un dialecte dorien. Elle avait au contraire tout Temportement et toute 1 insolence que montra plus tard sa voisine de TAttique et qu'avait déjà montrés Flonien Archiloque dans ses ïambes. Mais il 5: avait cette grave différence quTupolis et Aristophane s'attaquaient à des personnages puissants ou à des particuliers scandaleux qui bi^vaient, ofifeftsaient la pudeur publique, t^dis que les comiques de Mégare s'acharnaient à tourner en ridicule, à insulter, à flétrir, à accabler des ennemis à terre, qu'ils exilaient, dépouillaient, privaient violemment de leurs femmes ou teoaiâit dans une crainte perpétuelle, pire que la mort. V'oilà ce que laissent soupçc»nner ces petits mots d'Aris-

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bonheur pour la comédie attique crétre à peine née, si elle rétait réellement, lorsque Solon modifia considérablement la constitution dans le sens démocratique, et plus tard, lorsqu'après l'expulsion des Pisistratides, Clisthène acheva l'œuvre de Solon par le remaniement total des tribus, quelque bénignes qu'aient été ces révolutions. Le malheur de la comédie mégarique fut de naître et de se développer au sein des passions révolutionnaires, exaspérées par le souvenir encore tout frais d'une longue oppression violente et méprisante à la fois. Une fois le maître, le peuple se retourna furieux contre ceux qui criaient insolemment, comme Théognis, « qu'il n'était bon qu'à être mené à coups d'aiguillon comme les bœufs », et la comédie fut pour lui un de ses instruments de représailles. Il insulta ceux qui l'avaient si longtemps insulté.

A défaut de monuments directs de ce fait et pour ne point paraître parler en l'air et à priori, je rappellerai la conduite de certains tyrans populaires, et elle nous fera peut-être deviner quel fut, quel dut être le ton de la comédie mégarique. Lorsqu'Andréas jeta à Sicyone les fondements de la famille des Orthagorides, l'aristocratie dorienne, que son importance politique et celle des indigènes enrichis par le commerce commençaient à importuner, lui donna le sobriquet de Cuisinier '. Un de ses descendants, Glisthène, vainqueur enfin de cette orgueilleuse aristocratie, répondit à cette injure par une autre plus sanglante. Il ôta leurs noms héréditaires aux trois tribus doriennes et les affubla des noms ridicules d'Yates, d'Onates et de Ghœrates, ou, pour parler français,

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