‹ La comédie grecqueChapitre 9 sur 109 · Hermès^ art. 1., p · texte numérisé non relu

Hermès^ art. 1., p

ORIGINES — COMÉDIE DOFUENNK 33

lerie des comiques à l'adresse de hobereaux sottement fastueux. » J'avoue humblement ne rien entendre à cette suite d'idées. Laissons là la magnifique scène d'Agamemnon qui, n'en déplaise à Willamowitz, n'a aucun rapport avec le texte de l'Éthique, lequel roule non sur rimpicté superbe, mais sur la sottise ou le mauvais goût se traduisant par un faste grossier et déplacé. Qu'il y ait eu des chorèges à Mégare, je ne voudrais l'affirmer ni le nier. Mais y en avait-il davantage à Syracuse? Et pourtant il est certain qu'on y joua des comédies et que, si on les y jouait aux frais du public, il y eut des magistrats qui, sous un nom ou sous un autre, présidaient au spectacle. Pourquoi n'en aurait-il pas été de même à Mégare? Quant aux interprètes d'une érudition si exacte dont Aspasios nous a conservé de riches extraits, il faut, ou qu'Aspasios les ait bien mal lus, ou qu'ils aient fourni les éléments de la thèse contraire à celle de Willamowitz : car c'est après les citations qu'il en fait qu'Aspasios conclut : « Toutes ces choses montrent que les Mégariens sont les inventeurs de la comédie. » Mais laissons toutes ces considérations de détail. Que dit précisément Aristote? Il analyse la [^ava-jT-'a ou sotte magnificence et il en cite deux exemples, celui de l'homme qui traiterait avec un faste ridicule les convives d'un festin de noces, et celui d'un chorège qui, faisant les frais d'une comédie, tendrait de voiles de pourpre l'entrée de l'orchestre, comme les Mégariens. Dans ce second exemple, tous les mots du premier terme de la comparaison se rapportent au théâtre ; ceux de l'autre terme doivent également se rapporter aux choses du théâtre '. La

1. La phrase complète serait otov... xa)[xa)ôoï; /opr.Ywv èv uapôSo) riop^ûpav eiacpspwv, (oaTrep ot MsyapYiç (ev 7rao68(o uop^ûpav c'.CTcpspouat ou e'ulçspov).

logique du style exige donc que l'on entende la phrase^ d'Aristote dans le sens que repousse si vivement Willamowitz.

Aux arguments tirés de Y Éthique et de la Poétique d'Aristote, on a coutume d'en ajouter un qu'on tire d'un passage d'Athénée; mais peut-être n'a-t-il pas toute la valeur qu'on lui suppose. « Le philosophe Ghrysippe, dit ce compilateur, s'imaginait que Mœson vient de ^ao-àcrfiaL K Maison serait comme qui dirait l'homme ignare et tout porté sur son ventre. Ghrysippe ignorait que MaBson fût un acteur comique, Mégarien de naissance, qui inventa le personnage appelé de son nom, comme le rapporte Aristophane de Byzance dans son traité sur les masques (ou personnages), affirmant que c'est lui qui a inventé et le personnage du Valet et celui du Cuisinier %• et c'est avec raison que les plaisanteries qui conviennent et sont appropriées à ces personnages, sont appelées m^soniques. » Voilà donc, à ce qu'il semble, un acteur poète, Mégarien d'origine, qu'il appartînt à la Mégare Nyséenne ou de Grèce, comme l'entendait Timée, ou, comme le voulait Polémon % à la Mégare Hybléenne ou de Sicile. Il serait l'inventeur, selon Aristophane de Byzance, d'un double personnage, qui de la comédie mégarique aurait

1. Si cette étymologie avait la moindre valeur, le Mœson grec scrail analogue au Manducus (mangeur, dévorant) des Latins. Mais c'est une étymologie à la stoïcienne.

2. Le valet (0epaucov) se montre déjà dans l'ancienne comédie des Attiques; mais le cuisinier (Màystpo;) ne figure que dans la comédie moyenne. Et c'est sans doute ce que veut dire Kock, lorsque, à propos de [xayetptxov que Bentley veut substituer à (xsyapixov dans les vers d'Eupolis sur la grossièreté mégarique, il fait observer que le cuisinier (c'està-dire le cuisinier de louage) était inconnu à Athènes durant 4e yc siècle.

3. Non sans doute Polémon le philosophe, mais Polémon le voyageur archéologue, sur lequel on peut lire un intéressant morceau dans los Mi^moires d'histoire et de philologie du regretté Egger.

ouiGiiNES — comkdif: do Kl en ni: ô:,

passé à la comédie sicilienne, et de celle-ci à la comédirmoyenne, qui le transmit à la comédie nouvelle, avec ses plaisanteries et son masque stéréotypés. De plus, selon quelques érudits modernes, dont Willamowitz raille, non sans raison, les combinaisons arbitraires, il aurait vécu à la cour des Pisistratides et écrit pour Hipparque je ne sais quelles sentences morales pour en orner les Hermès du coin des rues. Mais cette supposition gratuite n'ôterait rien à la notice du grammairien d'Alexandrie, si elle avait en elle-même quelque valeur. Malheureusement il se pourrait que Glirysippe, malgré ses étymologies ridicules, eût raison contre le maître d'Aristarque, que Maeson n'eût jamais été qu'un personnage de théâtre, et que le Maison, acteur poète, qui en est, dit-on, l'inventeur, fût un personnage imaginaire, comme les Myllos et les Susarion, issus de la fausse érudition des grammairiens.

Quoi qu'il en soit, nous nous en tiendrons à l'opinion de Meinecke, de Grysar, d'Ol. Mûller, de Bernhardy, ou plutôt à la tradition universelle; et nous laisserons aux Mégariens l'honneur qu'Aspasios leur accorde après Aristote, d'être les inventeurs de la comédie.

Ce fut sous l'action des passions politiques que la comédie sortit enfin des langes des représentations ou parades religieuses. C'est ce que disaient les savants de Mégare et ce qu'Aristote ne nie pas, co^ xal -zi'^^ izap' a-jTou 8r,jjLoxpaT'la; Ysvopvr.s. Mais la démocratie prévalut deux fois à Mégare, dans la 49« olympiade, après l'expulsion du tyran Théagène. Puis, vaincue après une courte durée par l'aristocratie, elle triompha de nouveau dans la 72^ olympiade et subsista jusqu'à la 89^ A laquelle de ces deux révolutions faut-il rattacher la naissance de la comédie?

I] est probable, comme l'admet Meinecke, qu'elle fit son apparition dès la révolution de 381 et que, supprimée par la victoire dej nobles, elle reparut après la révolution de 488, avec plus de violence et d'àpreté : « Acriores libertatis morsus recuperatse quam retentse. » Voilà ce qui nous explique son caractère principal et sa faiblesse. On la représente toujours d'après les moqueries des comiques athéniens, comme grossière, excessive, indécente, grotesque et, par cela même, comme composée de froides plaisanteries. « On peut, dit Éd. du Méril, attribuer aux comiques de Mégare toutes les grossièretés dont les poètes un peu plus récejits de l'Ancienne Comédie se vantaient d'avoir débarrassé et expurgé le théâtre. Avant Eupolis et Aristophane, les farceurs de la pièce lançaient des noix au peuple, sans doute afin d'exciter les spectateurs à se ruer les uns sur les autres comme des chiens auxquels on jette des os. On exhibait des mendiants bien déguenillés pour railler leurs haillons et les faire guerroyer avec leurs poux. Il y avait des portefaix qui soufflaient, geignaient, changeaient leurs fardeaux d'épaule, et se livraient à de bruyantes incongruités. On courait sur la scène avec un gros phallus cousu à sa ceinture, et, comme dans nos parades de la foire, on renforçait les plaisanteries de coups de bâton et l'on criait lou! lou! en agitant des torches. A Mégare, ces grosses gaietés paraissaient naturelles. Le respect d'aucune convenance n'y modérait les hardiesses des orgies; aucune habitude de décence n'y forçait les poètes de surveiller leur fantaisie et de lui serrer la bride; chacun devenait excessif à son aise, se débraillait et multipliait les acteurs,' sans ordre, selon son bon plaisir : 01 Tispl So-jo-apuova Ta T^poo-toTia

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