Vers d'Alcée contre le tyran populaire Pittacos
i08 LA COMÉDIE GRECQUE
« Thessaliens. » — Ph. Nous en avons bien dissipé tous les deux. — Bd. Tu t'y entends au mieux » (1222-1249). G'est-à-dire au plus mal : car Aristophane, par un tour familier à tous les satiriques, pour éclabousser en passant quelques-unes de ses victimes ordinaires, prête à Philocléon le langage opposé à celui qu'il devrait tenir, s'il était un homme bien élevé; et chaque réponse du vieillard est une brutale impolitesse aux convives. Nous pouvons déjà prévoir quel effet il va faire parmi les gens du bel air. Bientôt nous apprenons par Xanthias qu'il a insulté chacun tour à tour par les plaisanteries les plus grossières, par les propos les plus absurdes et les plus saugrenus; et qu'ayant bu plus que de raison, il est sorti de la salle du festin, criant, hurlant et battant tout le monde sur son passage. Philocléon le suit de près, avec une joueuse de flûte, « son joli hanneton doré », qu'il a enlevée de la salle du banquet, lui-même talonné par une boulangère dont il a renversé les pains dans la boue, par un brave homme qu'il a insulté; et il les paye tous les deux en monnaie de singe, c'est-à-dire par des contes ésopiques ou sybaritiques qui ne réparent ni les outrages ni les dégâts, jusqu'à ce que son fds le fasse enlever. « Bd. Non, par Gérés, tu ne resteras plus ici; je te prends et je t'emporte. — Ph. Et pourquoi? — Bd. Pourquoi? Je te porte à la maison; sinon, il n'y aura pas assez de témoins pour les accusateurs. — Ph, Un jour, à Delphes. Ésope... — Bd. Peu m'importe. — Ph. fut accusé d'avoir volé un vase sacré. Mais il répondit que l'escarbot... — Bd. Ah! là, là! que tu m'assommes avec tes escarbotsî )• (1442-1146) Avec une malice qui n'est pas rare dans l'ivresse, Philocléon se rappelle les recommandations de son fds : (pour réparer l'offense, si tu en as commis une
COMKDIES POLITIQUES — LES GUftPES 4(K>
clans le vin) « tu dis un bon mot, tu récites quelque conte plaisant, de ceux que tu as appris toi-même à table, dans le genre d'Ésope ou dans celui de Sybaris; on rit et l'affaire n'a pas de suite » (1256-1261).
Il continue son tapage à la maison, danse les vieilles danses de Thespis et « prétend prouver aux tragédiens modernes, en leur disputant le prix de Vorchestiquo, qu'ils ne sont que de vieux radoteurs ». Mais Aristophane ne se contente pas de faire connaître les exploits chorégraphiques du vieux juge par le récit d'un esclav^e : cette folie dansante était une fm trop naturelle d'une comédie donnée aux fêtes de Bacchus pour ne pas la mettre sous les yeux. Il montre donc Philocléon gigotant, gambadant, dessinant des danses impossibles, et profite de l'occasion pour amuser aux dépens d'un mauvais poète tragique, Carcinos ou le Crabe, père d'une lignée dramatique qui ne valait pas mieux.
Ph. Qu'on abaisse la barrière! La danse va commencer. — Xanthias. Ou plutôt la folie. — Ph. Déjà des mouvements impétueux courbent mes flancs. Gomme mes narines mugissent! Gomme mes vertèbres résonnent! — X Va boire de l'ellébore. — P. Phrynichos \ intrépide
\. Quel Phrynichos? Il ne peut ôtrc question ni du fçénéral, ni du poète comi((uo, tous les deux contemporains de l'auteur des Guêpes. Il faut écarter aussi Phrynichos l'acteur que sont allés déterrer les scholiastes ou les grammairiens d'Alexandrie ou de Pergame qu'ils ont copiés en les abrégeant ou eu abrégeant leurs abréviateurs. Reste Phrynichos, l'ancien poète tragique, l'ainé et le contemporain d'Eschyle, le dernier des poètes dits orchestiques, parce ({ue la partie lyrique ou chorale régnait dans leurs tragédies presque à l'exclusion du drame. C'est bien de lui qu'il s'agit ici. Nous venons de voir Philocléon, le partisan des Anciens, dansant les danses de Thespis, prédécesseur de Phrynichos. Aristophane représente plus haut le chœur des héliastes cliantant les vers des Sidoniens de Phrynichos. C'est partout l'opposition des anciens poètes tragiques aux modernes. Dire avec les critiques de l'antiquité ([u'Aristophane ne peut se moquer ici de Phrynichos, ([u'il admire dans ies^
comme un coq, épouvante ses rivaux. — X. Oh! gare les coups de pied. —P. Sa jambe lance des ruades jusqu'au ciel. —X. Eh! fais donc attention. — P. Voyez, comme
les articulations de mes jambes jouent avec souplesse
Et maintenant j'appelle, je provoque des adversaires. S'il est un poète tragique qui se prétende habile danseur, qu'il vienne ici me disputer la palme. S'en trouve-t-il un? N'y en a-t-il point? — B. En voilà un tout seul. — P, Quel est ce malheureux? — B. C'est le fils cadet de Garcinos. — P. Je vais l'anéantir; je l'abîmerai de coups de poing en cadence : il n'entend rien au rythme. — B. Ah ! ah ! Voici encore son frère, un autre tragédien fils de Garcinos. — P. Je vais le manger à mon dîner. — B. Ah! mon Dieu ! On ne voit que des crabes. Voilà encore un autre fds de Garcinos. — P. Qu'est-ce qui arrive là? Une écrevisse ou unu araignée? — B. G'est un crabe, le plus petit de sa race; il fait aussi des tragédies. — P.O Garcinos, que tu dois être fier de ta famille! quelle foule de roitelets ^ vient fondre ici. — B. Allons, mon pauvre père, il faut te mesurer avec eux. — Ph, Qu'on prépare la saumure pour les assaisonner, si je suis vainqueur. — X. Écartons-nous un peu, pour qu'ils puissent pirouetter à leur aise. Allons, illustres enfants d'un habitant des mers, frères des crevettes, bondissez sur le sable et sur le rivage; décrivez vos rapides ronds de jambe. Illustre lignée de Phrynichos, lance tes ruades, et qu'en voyant ton pied si haut, les spectateurs se pâment de plaisir » (1484-1630). Et le chœur qui formait des danses en
Oiseaux, c'est ne rien dire. Car il fait aussi dans les Grenouilles le plus grand éloge d'Eschyle, tout en riant de son emphase.
1. oçt^/^Ckoc, même son initial que op^^tç, testiculus. Trait contre les mœurs des Garcinos.
COMÉDIES POLITIQUES — LA PAIX ill
entrant sur la scène, mais non en la quittant, se retirait avec une tranquillité majestueuse, tandis que la toile tombait * sur Philocléon et la bande des Crabes, trépignant et bondissant d'une façon grotesque, au milieu des éclats de rire des spectateurs.
Toute cette fin des Guêpes, qui, dans nos habitudes dramatiques, ne serait qu'un hors-d'œuvre^ n'est pas la partie la moins curieuse ni surtout la moins gaie de la pièce. La toilette de Philocléon, sa grossièreté opposée aux belles manières des élégants du temps, son ivresse querelleuse et sa folie dansante devaient fort amuser les Athéniens. La pièce n'eut pourtant que le second prix au concours. Mais Aristophane ne fut battu que par Aristophane, les Guêpes que par le Proagôn, le grand moqueur polilique que par le grand satirique littéraire.
Ses attaques contre Euripide et contre Gléon, contre la poésie et l'éducation nouvelles, ou contre la constitution et les tribunaux d'Athènes ne lui faisaient pas oublier ses criailleries et ses réclamations contre la guerre et ses partisans. Ses Holcades (ou Vaisseaux de charge), pièce dont la date n'est pas fixée, mais qui fut certainement donnée entre 425 et 421, furent comme une seconde édition des xUharniens, et la Paix des Holcades.
Il est certain qu'Aristophane fit représenter en 421 une comédie dont le titre était 'ELpr^vr, ou la Paix; mais on mettait en doute dans l'antiquité si c'était la pièce que nous lisons aujourd'hui. Le scholiaste écrit en effet : « Il n'est pas sûr, disait Ératosthène, si Aristophane fit représenter deux fois la pièce (actuellement existante) ou s'il en mit au théâtre une autre qui ne subsiste plus. » L'illustre
1. On sait qu'au contraire elle se levait dans le théâtre des anciens.
grammairien de Pergame, Gratès, était plus affirmatif. Il connaissait deux drames de ce nom ou tout au moins deux éditions de ce drame quelque peu différentes. Car le compilateur ajoute : « Dans les Achamiens , dans les Bahijloniens^ ou dans Vautre comédie de la Paix, lisait-on quelque part dans ses écrits. De plus, il citait çà et là quelques vers qui ne se retrouvent pas dans la pièce actuellement connue ^» Qu'il y ait eu ou non deux représentations et, par conséquent, deux éditions différentes de la Paix, avec quelques modifications plus ou moins considérables, cela n'a qu'un médiocre intérêt du moment que nous sommes sûrs de deux choses : d'abord, que la comédie qui nous reste est bien d'Aristophane, ce qui n'a jamais été mis en doute, et, en second lieu, que la fable n'était pas sensiblement différente dans les deux éditions, si vraiment il y en eut deux; car les modifications nous auraient été signalées, si elles avaient eu l'importance de celles des Nuées, et les scholiastes n'en marquent aucune. J'ajoute que le fond de la fable a dû être toujours la délivrance de Paix ou d'Iréné que Polémos (Guerre) avait enfouie dans une profonde caverne sous un monceau de pierres, et que les peuples de la Grèce en tiraient à force de bras. Or Eupolis et Amipsias, nous le savons avec certitude, s'étaient moqués de la colossale statue représentant ce personnage allégorique, comme d'une machine monstrueuse et ridicule; et si cette machine avait été ajoutée à la pièce première ou en avait été retranchée,
1. <I»£p£Tat £v xaî; otoajxaAtatç osScôa^^à); Etpr,vy5V oii-tovûixto; ô Apiaxoçavy^ç. "ASriXov ouv, cpr^aiv 'EpaxoaOsvyj;, iiÔTspov xrjv aÙTYiv àvsSîôa^ev, r\ ixépav
Gratès, qui notait quelques vers, et les scholiastes à sa suite n'auraient pas manqué de relever un si gravechangement. Les circonstances étaient bien plus favorables qu'en 425, année de la représentation des Acharniens, pour recommander la paix. Lacédémoniens et Athéniens étaient fatigués de dix années de guerre avec des vicissitudes diverses et sans résultat décisif. Les premiers désiraient toujours de se voir rendre leurs prisonniers de Sphactérie, dont 120 sur 190 étaient de purs Spartiates et appartenaient en partie aux plus hautes familles, et, de plus, ils s'effrayaient de la désertion des ilotes, qui, venant grossir les postes athéniens de Pylos et de Cythère S ne cessaient de ravager leur territoire. Les seconds, intraitables après leur succès de Sphactérie, venaient d'éprouver deux défaites considérables, l'une à Délion, sur les frontières de l'Attique, l'autre à Amphipolis, dans leurs possessions de Thrace; et, ce qui les frappait plus que des défaites toujours réparables, ils craignaient que la défection qui leur avait déjà fait perdre Potidée, Amphipolis, Scione, ne gagnât de proche en proche et n'achevât de leur enlever les colonies, d'où ils tiraient des métaux précieux et une partie de leur subsistance. Par un accident heureux, Brasidas et Gléon, ces deux brandons de discorde et de guerre, avaient péri tous les deux en Thrace dans le même combat. On pouvait donc et l'on désirait s'entendre ; la comédie de la Paix vint aider aux pourparlers qui s'engagèrent aussitôt, en donnant un corps et une voix aux désirs secrets du plus grand nombre des Athéniens.
1. L^occupation de Gytbère avait complété celle de Pylos : les comiques sont de si grands polilicfues que je n'ai pas trouvé une seule allusion certaine à cette occupation de Cythère, autrement importante que l'inutile victoire de Genclirées! Elle est pourtant un des services les plus ijfraads de Nicias.
Trygée * (Le Vigneron) est comme la personnification de cette lassitude et de ces vœux universels. Désespéré jusqu'à la folie de voir ses vignes coupées ou ravagées chaque été depuis dix ans, il a conçu l'étrange idée de grimper au ciel, d'apitoyer Jupiter, et, puisqu'il ne pouvait obtenir la paix des hommes, de l'obtenir des dieux. Après différentes tentatives, où il a couru risque vingt fois de se rompre le cou, pour escalader l'Olympe, il s'est enfin, sur la foi d'Ésope, avisé d'un moyen infaillible, et s'est procuré un généreux escarbot de l'Etna. Ce Pégase d'une nouvelle espèce veut de la fiente, beaucoup de fiente bien broyée, pour picotin d'avoine : tel est le point de départ de l'exposition de la pièce.
Gomme dans les Chevaliers^ comme dans les Guêpes, nous assistons aux plaintes et, comme l'action se mêle presque toujours aux paroles dans les dialogues aristophanesques, au rude labeur des deux esclaves chargés de panser l'escarbot, et dont l'un triture, l'autre jette à l'animal avide l'odorante pâtée, qui doit lui donner du cœur au ventre. Entre temps, l'un d'eux raconte au public la folie de son maître, et, par un ingénieux artifice, on entend derrière la scène Trygée crier certaines paroles qui sont la confirmation de son récit. « Tr. 0 Jupiter! que vas-tu faire de notre peuple? Ne vois-tu pas que nos villes seront bientôt comme des cosses égrenées. — V esclave. Voilà sa manie, comme je le disais : vous avez là un échantillon de ses extravagances. Quand son mal a commencé à le prendre, il se disait à lui-même : par quel moyen pourrais-je aller droit à Jupiter? Alors il se fabri-
1. Trygée, comme Dicœopolis, comme Carcinos, etc., a à la fois le sens d'adjectif ou de nom commun et celui de nom propre. C'est comme chez nous, Le Noir, Le Fèvre, Le Laboureur, etc.
qua de petites échelles bien légères, et grimpa ainsi vers le ciel ; mais il ne tarda pas à tomber et à se casser le cou. Hier, il sortit pour notre malheur, et nous ramena ce coursier d'Etna que voilà S ce grand escarbot dont il m'a forcé d'être le palefrenier. Lui-même se plaît à le caresser comme si c'était un cheval. « 0 mon petit Pégase, lui « dit-il, mon noble coursier de l'air, puissent tes ailes me « porter bientôt tout droit vers Jupiter! » Mais que fait mon maître? Il faut que je me baisse pour regarder par ce trou. Ah! grands dieux! Holà! voisins, accourez : voilà mon maître qui s'envole à cheval sur son escarbot » (62-81).
Cette vive exposition se continue par un dialogue non moins étrange de Trygée dans les airs, d'abord avec ses deux esclaves, puis avec une de ses petites filles, dialogue qui est peut-être une parodie de quelque scène d'Euripide, mais qui est bien certainement une critique rapide de son Andromède et de son Bellérophon. Tout en s'éloignant à travers l'espace, Trygée apostrophe les Athéniens en général pour leur commander de ne point satisfaire leurs besoins, sa monture qui a l'air de flairer les latrines, un homme qui se soulage en plein vent, le machiniste pour qu'il veille bien à ce que la machine qui l'emporte ne le précipite pas en se détraquant. Tout cela est bien extravagant, bien grossier, mais non médiocrement gai dans sa grossièreté et son extravagance.
1. Les chevaux de Sicile ou de l'Etna étaient renommés, comme le prouvent, entre beaucoup d'autres textes, ces mots de VOEdipe à Colone : Y'jvat^^' opô) — axtiyo'jiOLV yjawv àoraov At-rvata; £u\ — ucoXou peotoo'av (3H-313). Aristophane suppose que les escarbots de l'Etna ne sont pas de moins bonne race, ou peut-être ne fait-il ([ue se souvenir d'Épicharme, qui. dans Hercule chez Pholos, avait dit : « Les Pygmées avaient pour capitaine un escarbot, un de ces grands escarbots que TElna, dit-on, produit. »
Voilà Trygée aux pories de la maison de Jupiter. Mal accueilli d'abord par Hermès, le portier des dieux, il l'amadoue en lui offrant des viandes, et apprend de lui que les dieux ont déménagé et se sont retirés au loin pour ne plus voir les combats des Grecs, ni entendre leurs prières, en laissant à leur place Polémos (Guerre) à qui ils ont donné tout pouvoir de faire ce qu'il voudra des belligérants. « Tr. Pour quels motifs nous traitent-ils ainsi? — H, Parce qu'ils vous ont. plus d'une fois ménagé l'occasion de faire la paix et que vous avez préféré la guerre. Les Laconiens remportaient-ils le plus mince avantage : « Par Castor et Pollux, s'écriaient-ils, il en <( cuira aux Athéniens. » Ceux-ci triomphaient-ils au contraire et les Laconiens venaient-ils à faire des ouvertures de paix : « Par Gérés, disiez-vous, on veut nous duper. « Non, par Jupiter, nous ne les écouterons pas; ils revien- « dront toujours, tant que nous aurons Pylos. » — Tr. Oui, c'est bien le style de nos gens » (210-220). Polémos a jeté Iréné dans un antre profond fermé d'un monceau de pierres et se prépare à broyer la Grèce dans un immense mortier, apporté de la veille.
Nous sommes en pleine mythologie et nous n'en sortirons plus, sans perdre de vue cependant les intérêts très réels et très palpables qui sont le but même de la comédie. Jamais Aristophane n'a plus prodigué le merveilleux, pas même dans les Oiseaux et dans les Grenouilles. Nous avons déjà vu le voyage aérien de Trygée et ses conversations au ciel avec Hermès. Voici maintenant Polémos; bientôt nous aurons Kydimos (Tumulte), puis Iréné, Opora ou la déesse de l'automne et des fruits de la terre, et Théoria, personnification des processions ou plutôt des ambassades solennelles envoyées aux fêtes pacifiques
COMÉDIES POLITIQUES — LA PAIX Wl
des dieux*. Ces allégories, si fréquentes dans l'Ancienne Comédie, ne laissent pas que d'être quelque peu froides. Trygée se sent très peu rassuré quand il entend Polémos crier : « 0 mortels, mortels, infortunés mortels, comme vos mâchoires vont claquer! » (236-237); lorsqu'il le voit jeter dans son mortier les poireaux de Prasies, l'ail de Mégare, le fromage de Sicile, le miel de TAttique, et que, avec un vigoureux coup de poing pour lui apprendre à être plus vite, Polémos envoie Kydimos chercher un pilon successivement à Athènes et à Lacédémone. Mais il se rassure et ne se possède plus de joie, en entendant Kydimos de retour annoncer que ces deux villes ont perdu leurs pilons, Gléon et Brasidas, tués sous les murs d'Amphipolis. Il appelle donc à grands cris laboureurs, marchands, ouvriers, artisans, étrangers domiciliés ou non domiciliés, Grecs de tous les pays, et les invite à accourir avec des pioches, des leviers et des câbles, pour délivrer Iréné. Et le chœur vient rejoindre Trygée dans TOlympe, sans que le poète explique comment il y arrive. Il avait fallu un escarbot à Trygée; et plus loin nous le voyons demander fort inquiet à Hermès comment il pourra redescendre, puisque sa monture lui a fait faux bond. Le chœur, à ce qu'il semble, ne devait pas être moins embarrassé. Mais il faut se faire aux fantaisies du poète, et ne pas le chicaner sur les vraisemblances et les possibilités : un
1. Le sens du mot Théoria est déterminé par la première clause du traité signé quelque temps après la Paix entre Athènes et Lacédémone : « Chacun pourra à volonté suivant les usages antiques sacrifier dans les temples communs, prendre les oracles, assister aux solennités, s'y rendre sans crainte par terre et par mer. » (Thuc, V, ch. xvii.) Théoria est donc la personnification des théories ou ambassades que les villes envoyaient pour sacrifier en leur nom à Delphes, à Olympie, à Némée, à l'Isthme; les théories étaient un signe de paix. C'est pourquoi Théoria est compagne d'Iréné.
coup de baguette lui suffit pour transporter les gens de la terre au ciel ou du ciel sur la terre. Seulement, il y aurait plus d'art, dût-on manquer quelque effet comique, à ne pas avertir le spectateur des invraisemblances qu'on lui impose : l'imagination se prête à tous les caprices du poète, pourvu qu'il ne s'amuse pas à la déconcerter.
Rien d'ailleurs n'est d'un naturel plus vif et plus comique que les marques de joie du chœur à l'annonce de la bonne nouvelle. « Le ch. Allons vite, courez droit au salut. Peuples de toute la Grèce, c'est le moment ou jamais de vous prêter un mutuel secours. Nous voilà délivrés des batailles et de leurs sanglantes horreurs. Il a lui, le jour odieux à Lamachos. Allons, que faut-il faire? Ordonne, dirige, je jure de travailler aujourd'hui sans relâche, jusqu'à ce qu'avec nos leviers et nos machines nous ayons ramené à la lumière la plus grande de toutes les déesses, celle à qui la vigne est le plus chère. — Tr. Silence ! si Polémos entendait nos cris de joie, il bondirait furieux hors de sa retraite. — Le ch. C'est qu'un tel décret nous comble d'allégresse; comme il diffère de l'édit qui ordonnait de venir avec des vivres pour trois jours ! — Tr. Prenons garde que du fond des enfers ce Cerbère maudit (Cléon), par ses cris furieux, ne nous empêche, comme lorsqu'il était sur la terre, de délivrer la déesse. — Le ch. Quand une fois nous la tiendrons, rien au monde ne pourra nous l'arracher. Ah ! ah ! ah ! — Tr. Vous voulez me faire mourir ; si vous ne calmez vos cris, Polémos va accourir et tout écraser sous ses pas. — Le ch. Ah! qu'il confonde, qu'il piétine, qu'il bouleverse tout! Nous ne pouvons contenir l'explosion de notre joie. — Tr. 0 malheur! Qu'avez-vous donc, amis? Au nom des dieux! Vos danses vont compromettre le succès d'une si belle entreprise. — Le ch.
COMÉDIES POLITIQUES — LA PAL\ ilO
Ce n'est pas moi qui veux danser; ce sont mes jambes qui sautent de plaisir. — Tr. Assez, de grâce, assez ; cessez vos gambades. — Le ch. Voilà, c'est fmi. — Tr. Tu le dis et tu n'en continues pas moins. — Le ch. Encore une seule figure, et ce sera fmi. — Tr. Va donc pour celle-ci encore; mais vous n'en danserez plus d'autre. — Le ch. Non, plus de danses, si nous pouvons t'être utiles. — Tr. Mais voyez, vous ne cessez pas encore. — Le ch. Par Jupiter, je lance encore en l'air la jambe droite, et c'est tout. — Tr, Allons, je vous l'accorde, mais ne m'importunez plus. — Le ch. Ah! la gauche réclame aussi, c'est son droit. Je suis si heureux, si transporté de ne plus porter le bouclier ! Je pète et je ris, plus que si j'avais dépouillé la vieillesse » (301-336). M. Deschanel a raison d'écrire : « Quelle vivacité! quelle fantaisie! Gela rappelle cet avocat bizarre consulté par M. de Pourceaugnac et qui ne répond qu'en sautant et rebondissant comme une balle élastique : on voudrait en vain l'arrêter. Mais ici ce n'est pas un homme, c'est le chœur tout entier qui gambade et crie, et que Trygée veut en vain retenir. Figurezvous cette sorte de ballet orgiaque, ces bonds et ces cris fantastiques. » Oui, mais cela ne suffit pas, et je voudrais qu'on parlât moins de fantaisie et plus de nature et de vérité. Quand une grande joie nous saisit, elle s'empare de tout notre être qu'elle agite, et nous ne nous possédons plus. Toutes nos fibres, tous nos muscles, tous nos nerfs en sont pleins et débordent; ils tressautent, ils se meuvent sans nous et malgré nous, comme s'ils étaient animés d'une vie plus intense qui leur soit propre. Ces jambes donc qui dansent toutes seules, cette droite qui se lance en l'air, cette gauche qui réclame, c'est la nature même prise sur le fait et rendue dans sa vive simplicité.
J'ajoute que l'illusion dramatique qu'on refuse à bon droit à l'Ancienne Comédie, lorsque Ton considère chaque pièce dans son ensemble, est ici complète, plus complète même que dans aucun théâtre, parce que la fiction et la réalité se confondent et que les spectateurs et les acteurs ne font qu'un. Les spectateurs voudraient danser et dansent intérieurement comme le chœur, dans le sentiment d'une délivrance commune et dans l'ivresse d'une joie unanime. Enfin, le peuple ou le chœur est plus intimement mêlé à l'action que dans aucune comédie d'Aristophane, parce que ses intérêts sont en jeu, et Ion peut dire que, jusqu'à la délivrance d'Iréné, il est l'acteur principal, comme dans certaines tragédies d'Eschyle. Il n'intervient pas seulement comme dans les Acharniens, dans les Chevaliers et dans les Guêpes, par des mouvements tumultueux, par des cris et oar des menaces sans effet; c'est lui qui doit souffrir ou jouir des événements; c'est lui qui agit. Il est lui, il reste lui jusqu'au bout de l'action, et ce que j'entends, ce que je vois, ce qui m'amuse ou m'intéresse, ce sont ses actions et ses sentiments, et non les fantaisies du poète. Cola va devenir de plus en plus sensible. Trygée avait bien raison de dire à ses auxiliaires du chœur d'attendre le succès pour se réjouir. A peine se mettent-ils à l'œuvre pour délivrer la déesse, qu'Hermès, se rappelant les volontés de son père et craignant pour sa peau, accourt menaçant : « Imprudent, scélérat, que prétends-tu faire? » crie-t-il à Trygée et au chœur. Il résiste aux prières, aux cajoleries; il ne résiste pas à l'offre d'une belle coupe d'or, et ce ministre de Jupiter devient le commandant de manœuvre dans l'entreprise qui, en dépit de Jupiter, doit faire sortir Iréné de sa prison et la rendre aux vœux des hommes. Alors commence une
scène pleine de mouvement, qui est une page d'histoire en môme temps qu'un chef-d'œuvre de vérité comique. « Le ch. Allons tous aux cables, pour arracher les pierres. Tirez. — //. Holà! ho! — Le ch. Allons, plus fort. — IL Holà! ho! — Le ch. Plus fort encore. — H. Holà ! ho ! holà ! ho ! — Tr, Mais il n'y a pas d'ensemble. Allons! tirez tous à la fois! Vous faites semblant, Béotiens. Gare à vous ! — H, Allons, holà ho ! — Tr. Holà ! ho ! — Le ch. Eh! tirez aussi tous deux. — Tr. Mais je tire, je me pends à la corde, je me couche dessus, j'y vais de tout cœur. — H. Comment donc l'ouvrage n'avance-t-il pas? — Tr, C'est mal, Lamachos. Assis là, tu nous gènes. Nous n'avons pas besoin de ta tête de Méduse \ l'ami. — //. Mais tenez, les Argiens n'ont pas tiré le moins du monde; ils n'ont fait que se moquer de nos peines, eux qui recevaient des deux mains. — Tr, Ah! mon cher, les Lacédémoniens au moins tirent vigoureusement. — Le ch. Mais regarde; les seuls d'entre eux qui montrent de l'ardeur, ce sont ceux qui tiennent d'ordinaire le manche de la charrue, et les armuriers entravent leurs efforts. — H, Et les Mégariens ne font rien non plus; vois cependant comme ils tirent, en montrant les dents comme des chiens affamés; ils meurent de faim, les malheureux. — Tr. Cela ne va pas, mes amis; allons, de l'ensemble; tous à l'œuvre, et du cœur à la besogne. — //. Holà ! ho ! — Tr. Plus fort. — H. Holà! ho! — Tr, Allons donc, par le ciel. — H, Holà! ho! holà! ho! — Le ch. Gela ne va guère. — Tr, N'est-ce pas une infamie? Les uns tirent dans un sens, les autres en sens contraire. Argiens, gare aux coups!
1. C'est toujours la même insinuation (et presque dans les mêmes termes) que nous avons vue dans les Acharniens (56u-o75), et qui revenait sans doute dans les Holcades.
— Tr, Allons, ferme ! — H. Holà ! ho î — Le ch. Il y a bien des gens de mauvaise volonté parmi nous. — Tr. Vous, au moins, qui êtes passionnés pour la paix, tirez vigoureusement.— Le ch. Mais il y en a qui empêchent Allons,
amis, les laboureurs seuls aux câbles! — ^. Ah! ah! cela va mieux! — Le ch. Il dit que l'affaire est en bon train. Allons, tous, et du cœur. — Tr, Ce sont les laboureurs qui font tout. — Le ch. Allons donc; allons tous. Ah! enfin, il y a de l'ensemble. Ne lâchons pas, redoublons d'efforts. Voilà qui est fait. Allons donc, allons, tous ! holà ! ho ! holà ! ho! holà! ho! holà! ho! tous! » (458-519) On voit enfin sortir de la caverne la statue colossale de Paix ou Iréné. La peinture est d'une vérité frappante, et le poète comique est de plus parfaitement d'accord avec rhjstoire. Les Lacédémon iens voulaient sincèrement la paix : ils ne voyaient que des désastres ou d3s inquiétudes pour eux dans la continuation des hostilités. Les Athéniens ne la voulaient pas moins sincèrement, quoique à leur corps défendant. Mais les alliés de Sparte, moins étroitement soumis à ses volontés que ceux d'Athènes aux ordres de cette ville, y étaient presque tous opposés sans le dire ouvertement. Les Béotiens, victorieux à Délion et dont le territoire ne souffrait pas trop, avaient peu d'inclination pour un arrangement solide et craignaient avec raison qu'on ne leur réclamât Platées. Les Corinthiens, omis par Aristophane, n'avaient pas oublié leurs griefs contre Athènes et mettaient à voir finir la guerre aussi peu d'empressement qu'ils avaient montré d'ardeur à y pousser : ils n'y auraient consenti qu'autant qu'ils auraient vu la puissance maritime d'Athènes presque anéantie. Corinthiens et Béotiens nouaient des intrigues avec Argos. Sans être amis des Athéniens, les Argiens étaient enne-
mis jurés des Spartiates, auxquels ils prétendaient disputer la suprématie sur le Péloponnèse. Argiens donc, Corinthiens et Béotiens n'entendaient nullement être engagés par le traité des deux villes prépondérantes. C'est ce qu'exprimait vivement Aristophane sans en tirer les conséquences qu'auraient dû voir Nicias et les autres - •• négociateurs d'Athènes. Au lieu d'étaler une avidité pué- ^
rile pour la paix, s'ils avaient été des hommes politiques uniquement dirigés par la considération de l'intérêt public, ils n'auraient consenti à poursuivre les négociations qu'autant que les Spartiates eussent pesé sur leurs alliés, pour les amènera accepter franchement et d'avance le traité. Ils ne conclurent qu'une paix trompeuse qui couvait à bref délai une nouvelle guerre. Mais, si imparfaite que fût la pacification de la Grèce, elle permit à Athènes de refaire ses forces, et l'auteur de la Paix put croire, non sans apparence, qu'il avait contribué pour sa part à la conclusion du traité, en fortifiant les dispositions momentanément pacifiques de ses concitoyens.
A l'aspect d'Iréné, de Tliéoria et d'Opora, Trygée et le chœur éclatent en cris d'allégresse et en actions de grâces. On peut trouver des inspirations plus hautes, on n'en trouvera pas de plus fraîches et de plus vraies que ces effusions lyriques des gens de la campagne. « Tr, 0 vénérable déesse, qui nous donnes les raisins, oii trouver pour te saluer des paroles grandes comme dix mille amphores? Je n'en ai pas dans ma maison. Opora, salut; et toi, Théoria. Que ton visage est beau, Théoria! Que ton haleine est douce! Quelles suaves odeurs s'exhalent de ton sein, suaves comme l'exemption du service militaire, comme les parfums les plus exquis. — H. Est-ce une odeur semblable à celle du havre-sac de soldat? — Le c/i. Ah! soldat
détesté, ton hideux sac me donne des nausées. Il sent le rôt à l'oignon, tandis que cette aimable déesse sent les doux fruits, les festins, les Dionysiaques, Tharmonie des flûtes, les poètes comiques, les vers de Sophocle, les grives, les sentences d'Euripide... — Tr, Malheureux, tu la calomnies, elle déteste ce fabricant de subtilités et de chicanes. — Le cli... le lierre, la chausse à filtrer le vin, les brebis bêlantes, les femmes chargées de provisions qui courent à la cuisine, la servante ivre, l'amphore ren- • versée et une foule d'autres bonnes choses. — H. Regardez donc comme les cités réconciliées conversent de bonne humeur, comme elles rient, et pourtant elles sont toutes cruellement meurtries; leurs plaies saignent encore... » (520-541) « Le ch. 0 toi que désiraient les gens de bien et qui es si douce aux cultivateurs, je te contemple avec bonheur, et maintenant je veux aller saluer mes vignes, et embrasser, après une si longue absence, les figuiers
que j'ai plantés dans ma jeunesse » (556-559) « Tr.
Voyez qu'elles sont brillantes, ces bêches de fer! Et que les boyaux à trois dents reluisent bien au soleil! Qu'ils vont tracer des plants bien alignés! Aussi je brûle d'aller moi-même dans la campagne et de remuer cette terre si longtemps délaissée! Souvenez-vous, amis, de cette heureuse vie que la paix nous donnait autrefois. Souvenezvous de ces beaux paniers de figues sèches ou fraîches, des myrtes, du vin doux, des violettes épanouies près de la source, et des olives que nous avons tant pleurées; adorez la déesse pour tant de biens qu'elle vous rend. — Le ch. Salut, salut, divinité ché/ie, ton retour nous comble de joie. Loin de toi, j'étais consumé de regrets dans mon ardent désir de revoir mes champs. C'était de toi que naissaient tous les biens. 0 paix si regrettée,
seule tu soutenais ceux qui usaient leur vie à cultiver la terre. Nous goûtions sous ton règne mille jouissances gratuites et délicieuses; tu étais le gâteau de froment des laboureurs, tu étais leur salut. Aussi nos vignobles, nos jeunes bois de figuiers, toutes nos plantations t'accueillent avec joie et sourient à ta venue » (5G6-600.)
Iréné, comme Alceste ressuscitée, demeure immobile et muette au milieu de cette allégresse du chœur, qui voudrait l'interroger, mais qui n'ose et qui charge Hermès de le faire pour lui. Hermès se penche vers la déesse, qui lui répond à Toreille K Après avoir expliqué les causes de la guerre et de sa prolongation, c'est-à-dire la condamnation de Phidias pour vol des deniers publics et la crainte de Périclès d'éprouver le même sort, la vénalité des principaux de Sparte, la confiance téméraire que les. gens de la campagne affluant dans la ville accordèrent aux orateurs, et la scélératesse de ceux-ci qui, pour pêcher en eau trouble, ne cessèrent de repousser la paix, quand elle venait s'offrir d'elle-même, la déesse, toujours par l'entremise d'Hermès, leur pose à son tour des questions sur l'orateur qui règne maintenant au Pnyx, sur Sophocle, sur Gratinos. Charmée des bonnes dispositions qu'elle rencontre, elle laisse Opora et Théoria, ses suivantes, à Trygée, qui les ramène sur la terre.
Si le bonhomme conduisait de suite Théoria au sénat et qu'il célébrât aussitôt ses noces avec Opora, la pièce, quoique se passant dans un autre monde et par d'étranges moyens, me paraîtrait fort bien conduite, et je ne com-
1. C'est ainsi qu'Admète interroge Alcesle et qu'Héraclès lui répond pour elle, parce que, rendue à la vie et à la lumière, elle ne recouvrera la parole qu'après avoir été purifiée : ingénieuse manière d'échapper à l'invraisemblance de faire parler une morte ressuscitée; Aristophane me paraît imiter cet art si fin.
prendrais pas cette condamnation sommaire d'Éd. du Méril : « Le plan de la Paix est plus défectueux encore (que celui des Acharniens)\ il n'y a d'unité que dans l'intention du poète; il voulait amuser, deux heures durant, les Athéniens qui ne demandaient pas mieux que d'être amusés; puis, s'il pouvait, les amener à ses opinions politiques et leur faire changer en paix durable la trêve de cinquante ans qu'ils venaient de conclure *; il abandonnait le reste au hasard de sa fantaisie ^ » L'action est au contraire très bien suivie et très bien conduite jusqu'ici. Malheureusement, le reste (537 vers sur 1356 dont se compose la pièce) n'est plus qu'un ama& confus de scènes sans suite, bavardages de Trygée avec un de ses esclaves ou avec le chœur, avidité et imposture du devin Hiéroclès, dont la paix ruine l'industrie, doléances du fabricent d'aigrettes, du marchand de cuirasses, des faiseurs de trompettes et de casques, des polisseurs de lances, opposition du fils de Lamachos, qui ne chante que les vers guerriers d'Homère, et du fils de Gléonyme, qui ne sait que la chanson moqueuse d'Archiloque sur la perte de son bouclier, le tout entremêlé des chants ou des réflexions du chœur et des préparatifs de Trygée pour son festin de noces. Je ne regretterais vraiment de cette partie de la Paix, si l'on venait à la bifler d'un trait de plume, que cette chanson champêtre : « O Joie ! ô Joie ! plus de casque, plus de fromage ni d'oi-
1. Légère inexactitude. La trêve ou plutôt la paix de cinquante ans n'était pas conclue, mais allait se conclure quelque temps après la comédie du poète. Il n'y avait jusqu'alors qu'une trêve d'un an pendant laquelle se poursuivaient les pourparlers. Mais quand même on n'aurait conclu qu'une trêve de cinquante ans, Aristophane n'en eût pas demandé davantage; il se serait même contenté d'une trêve de trente ans, comme son Dicœopolis.