Histoire de la Comédie, t. I, p
gnon! Non, je n'ai pas la passion des combats; ce que j'aime, c'est de boire avec de bons camarades, au coin du foyer où pétille un bois bien sec coupé au cœur de l'été; c'est de faire griller des pois sur les charbons ardents, et des glands de hêtre sous la cendre; c'est de caresser la jolie Thratta % pendant que ma femme est au bain. Non, rien n'est plus charmant, quand la pluie
féconde nos semences, que de causer avec un ami
Dis donc, Gomarchidès, qu'allons-nous faire? Je boirais
volontiers, pendant que le ciel arrose la terre Allons,
femme, fais cuire trois mesures de haricots, où tu mêleras un peu de froment, et donne-nous des figues. Syra, rappelle Manès des champs; on ne peut aujourd'hui ébourgeonner la vigne, ni tracer de sillons, la terre est trop humide... Va demander à Eschinadès des branches de myrte avec leurs baies, et puis (c'est le même chemin) tu inviteras Gharinadès à venir boire avec moi, en l'honneur du dieu qui protège les moissons. Quand la cigale chante sa douce mélodie, j'aime à voir si les vignes de Lemnos commencent à mûrir, car c'est le plant le plus précoce. Je regarde aussi grossir la figue, et lorsqu'elle est à point, je la mange en connaisseur et je m'écrie : ô aimable saison! Puis je broie du thym que je fais infuser dans de l'eau. Enfin j'engraisse à passer ainsi l'été, bien plus qu'à regarder un maudit capitaine avec ses trois aigrettes et sa chlamyde d'un rouge éclatant... » (1128-1173) Mais ces chants et les scènes épisodiques dans lesquelles ils sont jetés ne font que reculer le dénouement, qui est un mariage comme ce sera le cas de la plupart des pièces de la Gomédie Nouvelle, mais
1. Thratta est une servante, comme Syra; Manès est un esclave.
un mariage fantastique, celui de Trygée avec Opora. Mais dans la Comédie Nouvelle, qui n'a plus de chœurs et qui ne se souvient presque plus de ses origines bachiques, le mariage n'est qu'annoncé; dans l'Ancienne Comédie, qui aime le spectacle et les chants de fête, il est mis en scène et pour ainsi dire en action : c'est à peine s'il ne se consomme pas entièrement devant les spectateurs. « Le cJi. Silence, faites silence, voici que la fiancée va paraître; prenez des torches et que tout le peuple se réjouisse avec nous et s'associe à nos chœurs. Puis quand nous aurons dansé, trinqué et jeté Hyperboles à la porte, nous reporterons aux champs tous les instruments de culture, et nous prierons les dieux de donner la richesse aux Grecs et de faire que nous récoltions tous beaucoup d*orge et de vin, que nous croquions de bonnes figues, que nos femmes soient fécondes, que nous retrouvions enfin tous les biens perdus, et que le feu étincelant rentre au fourneau. — Tr. Allons, femme, aux champs, et tâche d'embellir mes nuits. 0 hymen, ô hyménée. — Le ch. 0 hymen, ô hyménée, ô trois fois heureux d'un bonheur si bien mérité. — Tr. 0 hymen, ô hyménée. — Le ch. 0 hymen, ô hyménée. [Le chœur se partage en deux.) — /" demi-chœur. Que lui ferons-nous? — 2"" demichœur. Que lui ferons-nous?- — i"^. Nous cueillerons ses baisers. — 2\ Nous cueillerons ses baisers. [Tous ensemble.) Allons, camarades, nous qui sommes au premier rang, enlevons le fiancé et portons-le en triomphe. 0 hymen, ô hyménée. — Tr. 0 hymen, ô hyménée! — Le ch. Vous aurez une jolie maison, pas de soucis, de bonnes figues. 0 hymen ! ô hyménée. — Tr, 0 hymen, ô hyménée! — Le ch. Le fiancé en a une grande et grosse; la fiancée en a une bien douce. — Tr. En mangeant, en buvant à longs
traits, répèle : ô hymen, ô hyménée! — Le c/t. 0 hymen! ô hyménée! — Tr. Adieu, adieu, mes amis. Ceux qui viendront avec moi auront des gâteaux » (1310-1356).
Ces litanies du mariage n'ont pas la gaieté folle du dénouement plus immodeste, mais analogue des Acharniens^ quoique fort bien à leur place. Pourquoi? C'est qu'elles sont mal et longuement amenées. Mieux composée dramatiquement que les Acharniens, tant que dure l'action, je l'ai dit et je ne me dédis pas, la Paix n'est pas aussi fortement composée au point de vue oratoire. L'action, il est vrai, à partir de la parabase, ne marche pas plus dans une pièce que dans l'autre, pour l'excellente raison qu'elle devient nulle. Mais la démonstration va toujours dans les Acharniens en croissant de lumière et de verve étincelante; elle languit, obscure et traînante, s'il y en a une, dans la Paix. C'est que la fiction dramatique de la première de ces comédies est plus étroitement unie que celle de la seconde avec la démonstration de l'écrivain politique. Exprimant la contrariété des intérêts des rustiques avec ceux des citadins, Dicasopolis prouve ipso facto que les gens de la campagne, c'est-à-dire la partie la meilleure et la plus saine de la république, seraient bien sots de sacrifier leurs biens les plus précieux aux prétentions des braillards de la ville. En paix avec tout le monde, grâce au traité particulier qu'il a fait avec les Lacédémoniens, seul heureux dans la détresse générale, parce qu'il voit les denrées abonder de toutes parts à son marché, il se moque aussi bien des paysans qui n'ont pas le courage et la sagesse de faire comme lui et qui en souffrent, que des devins et des armuriers dont les prophéties ni la ferraille ne remplissent pas le ventre; et chacune de ses moqueries est la démonstration animée
et en acte des avantages de la paix et des incommodités de la guerre; ses préparatifs de festin, comme les préparatifs de Lamachos pour la guerre, le retour de l'un chantant et se gaudissant entre deux courtisanes qu'il caresse, de l'autre rapporté blessé et geignant des horions qu'il a reçus, sont le dernier trait de cette éclatante démonstration. Mais Trygée n'est qu'un pauvre fou possédé d'une idée fixe qu'il réalise par un moyen impossible et fabuleux; en admettant qu'il s'élève jusqu'au palais de Jupiter et qu'il délivre Iréné, les doléances des armuriers sont bien, si l'on veut, la conséquence naturelle de son voyage aérien et du retour de la déesse, qui les ruine; elles ne sont pas la conséquence logique de cette fiction première; et l'on ne sait ce qu'Aristophane veut prouver par ces scènes de lamentations, à moins que ce ne soit que le bonheur des uns fait le malheur et le désespoir des autres. Ce sont à peu près les mêmes scènes et traitées avec le même esprit, mais elles ne produisent pas le même effet que dans les Acharniens, Prolongement nécessaire de la comédie dans ce drame, lors même que l'action a cessé, parce qu'elles achèvent et mettent dans tout son jour la thèse à démontrer, elles ne sont plus dans la Paix qu'un vain placage et qu'un remplissage inutile. Aussi y a-t-il un crescendo de verve et de gaieté dans la première de ces pièces, tandis que l'autre languit et se traîne, dès que l'action est finie. Remarquons en passant que ces redites et ces inégalités étaient inévitables dans ces pièces de circonstance, moitié drames et moitié pamphlets. L'identité de la situation produisait des ressemblances inévitables dans les plaisanteries et dans les scènes, et comme il n'était pas facile, de quelque fécondité d'invention que l'on fût doué, de trou-
COMÉDIES POLITIQUES — LA SECONDE PAIX 'i3!
ver des fictions où le drame et le pamphlet pussent se concilier et se fondre étroitement, il arrivait que ces ressemblances n'étaient que de pures redites et par conséquent des défaillances, de sorte que ce qui était vif dans une pièce devenait languissant dans une autre. Toute la fin de la Paix est froide, comparée avec celle des Acharniens, avec laquelle elle a tant de rapports.
La pièce de la Paix, qui n'eut que la seconde place au concours de 421, fut certainement remaniée par son auteur pour être de nouveau présentée à Tarchonte. Mais si nous pouvons croire ^ que cette nouvelle édition fut jouée réellement, nous ignorons avec quel succès, et surtout nous ne savons pas quelles modifications Aristophane avait fait subir à sa pièce primitive, s'il en avait conservé l'ancienne fable avec quelques changements légers, ou s'il avait imaginé une fable nouvelle. Nous sommes donc dans la même incertitude qu'Ératosthène, qui, trouvant dans les didascaUes deux comédies d'Aristophane avec le titre d'Elprivr,, se demandait s'il avait simplement présenté au concours deux fois la même pièce (TioTspov TY^v a'jTTiv àvsôiûa^cv) ou s'il en avait donné une autre sous le même titre, laquelle ne s'est pas con-
1. Il faudrait pourtant admettre avec Kock non seulement qu'il y eut deux éditions différentes de la Paix, mais encore qu'elles furent effectivement jouées l'une et l'autre, si les premiers mots du llï" argument de cette pièce sont exacts. « Il est rapporté dans les didascaUes qu'Aristophane fit représenter une autre pièce de la Paix sous le même titre. («tlpîTat £v xaTç SiSacrxaXtatç xa\ êiépav ùzl'.ooLyiù^ Ecpr,vr,v ô'[j.cov'j[xw; 'ApicTocpavYiç.) Si le mot SeSiôa^^w; n'est pas pris abusivement et dans un sens large, il y eut deux représentations. Ératosthène n'a point vu cette seconde paix (sTÉpav) ; on ne sait de laquelle parle Cratès en la désignant par le mot d'Itépa. Quant aux modernes, ils sont fort peu d'accord. Dindorf nie absolument (lu'il y ait eu une seconde Paix; Fritzscli l'identifie avec les Laboureurs ; Droysen pense que c'est la deuxième édition (lui subsiste et que l'autre a péri, tandis que Bergk fait juste la supposition contraire, avec autant de raison l'un que l'autre, vu que nous n'avons aucun élément pour juger la question.
servée {r^ àX).r,v xaf)Y,x£v, rlTLç où a-toJ^sTai). Cependant, d'après le peu de fragments que nous lisons de cette seconde Paix^ elle ne devait pas être sensiblement différente de la première. Ce n'est pas l'introduction de Géorgia (Agriculture) à la place de Théoria ou d'Opora, ou même de l'une et de l'autre, qui en changeait profondément l'économie. Toute la première partie pouvait rester la même; seulement, à partir de la parabase, l'action était peut-être un peu moins nulle et la suite des scènes moins arbitraire et moins lâche, par cela seul que Géorgia n'était plus un personnage muet comme Opora et Théoria ^ Dans tous les cas, cette seconde Paix était distincte de la comédie des Laboureurs. Ce qui doit faire repousser l'identification proposée par Fritzsch, ce n'est pas seulement le fait que, dans les didascalies et, par conséquent, dans la liste des comédies d'Aristophane dressée par les grammairiens, les deux pièces de la Paix portaient le même titre (ojjlwvjjawç ^) et étaient séparées de celle des Laboureurs, mais encore parce que le principal fragment de cette dernière pièce répugne à une telle hypothèse. Que l'on considère en effet ce bout de dialogue : « Je veux travailler ma terre. — Et qui t'en empêche? — Vous!... Eh bien! voyons : si je donnais mille drachmes, me tiendriez-vous libre de tout commandement? — Oui, nous acceptons; avec celles de Nicias, ra fait deux mille drachmes. » Est-ce dans le moment où Nicias travaillait
1. C'est ce que prouve ce fragment : « (J'étais) aux yeux de tous les hommes la fidèle nourricière, l'intendante, la coopératrice, la tutrice, la fille et la sœur de la Paix chérie : c'est sous tors ces noms qu'ils m'adressaient leurs vœux. — Quel est donc ton nom? — Mon nom? Agriculture. »
2. Je ne sais pourquoi Kock remplace ce mot par ôaoîcoç, qui est moins expressif. Je ne trouve aucune variante sur ce mot dans M. Albert Martin, {Scholies du manuscrit d'Aristophane à Ravenne).
le plus activement à la paix et était le principal plénipotentiaire d'Athènes à Sparte, c'est-à-dire lorsqu'Aristopliane devait être le plus satisfait de lui, que le poète eût rappelé cette sotte histoire de la démission de Nicias en faveur de Gléon ', laquelle était déjà vieille de près de quatre années? Évidemment les Laboureurs sont d'une autre date que la Paix. Ils furent, selon toute vraisemblance, représentés un peu avant ou un peu après les Chevaliers, quand l'aristocratie était furieuse du succès qu'elle avait fait à Gléon, par conséquent aux grandes Dionysies de 425 ou à celles de 424, et plutôt à ces dernières. Car il n'est pas vraisemblable qu'Aristophane ait présenté au concours, la même année, deux pièces aussi semblables pour le fond que les Laboureurs et les Ac/iarme?îs. Mais quelle était la fable de cette comédie? C'est ce qu'il est impossible même de conjecturer d'après les fragments. On y voit bien un père qui reproche à son fils d'avoir la sottise d'aimer la guerre; un laboureur qui veut faire planter sur l'agora un platane, sans doute pour donner de l'ombre aux buveurs; un autre laboureur ou peut-être le même qui se propose de planter toute espèce de figuiers, excepté celui de Laconie, parce que sa figue étant petite est nécessairement pour les oligarques contre le peuple ^ C'est tout; et je ne vois pas dans ces détails les linéaments d'une fable comique. Mais l'intention de la pièce n'est pas plus douteuse que celle des Acharniens. « 0 paix féconde en richesses, s'écrie le chœur quelque
1. Il n'y a dan3 le récit de Thucydide rien de pareil à l'olTre de 1000 drachmes pour être déchargé du commandement.
2. « Oui, je plante des figues, à l'exception de celle de Laconie. Car c'est une figue ennemie et tyrannique. Serait-elle petite, si elle n'avait une violente haine du peuple? », plaisanterie qui ne s'entend que par la synonymie de uixpb; et de oXîyo;, oXîyoi étant opposé à uoXXo'i = ôrjjxoç.
part, ô chère petite paire de bœufs, puissé-je, délivré de la guerre, bêcher, tailler mes vignes et, après le bain, boire un doigt de vin en mangeant du pain luisant d'huile avec un radis ! » Pour en finir avec les comédies qui sont certainement antérieures à la paix de Nicias, les Holcadcs ( Vaisseaux de charge) ^ ont été composées avant la Paix et probablement après les Laboureurs, à l'occasion peut-être des pourparlers qui amenèrent en 422 la trêve d'un an entre Sparte et Athènes. Représentées sans doute par des femmes, comme les Nuées, comme les Iles, comme les Villes dans d'autres comédies du temps, les Holcades arrivaient à Athènes, chargées des griefs des Spartiates contre les Athéniens et des Athéniens contre les Spartiates. On ne sait ni par qui ni comment se faisait l'exposition, ni en quoi ce prologue consistait. Mais si le vers : « i^h! Lacédémone, qu'auras-tu encore à souffrir aujourd'hui? » se lisait réellement dans les Holcades, je l'attribuerais volontiers au prologue, en suppo- •sant qu'il y avait alors à Athènes des ambassadeurs de Sparte, menacés de quelque nouveau tour de la part de Cléon ou d'un de ses affidés. Quoi qu'il en soit, dès que les Holcades, qui formaient le chœur, ont fait leur entrée dans l'orchestre, l'économie du drame devient à peu près
1. Cette pièce est donnée dans l'argument I^r de la Paix comme une de celles où Aristophane, plein de zèle pour la paix, ne cessa de jouer Cléon qui s'y opposait et Lamachos qui était pour la guerre : Où toOto 6a [xévov uTiep e'tpYJvYjç 'Ap. to 8pa[ji.a xaOYjxev, àWh. xa\ xoùç 'A-/apv£t; xai to'jç 'iTiusaç %ai 'OXxàSaç, xa\ Travia/oO toOto ÈJTio'joaxsv, rbv ùï KXstova xwixcoSwv tov àvTcXéyovxa %a\ Aà(xa70v xbv cpiXouôXejjLOv kii ocaêctAXtov. Après la conclusion de la paix, comme nous ne trouvons Lamachos dans aucune des intrigues qui auraient pu la faire rompie, il est à supposer qu'Aristophane le laissa tranquille. Après la mort do ce général, le poète finit par reconnaître dans les Thesmophoriazousai qu'il était un bon et utile citoyen (v. 832-841), et dans les Grenouilles, v. 1039, il en fit un héros ; 'AXX' aXXwç TOI àyaOoùç (èôcôa^a), fait-il dire à Eschyle, wv yjv xa\ Aâjxaxo?
YÎpWÇ.
claire pour nous. On met dans la balance, non sans récriminations de part et d'autre, les torts des Athéniens et ceux des Spartiates, et, après les avoir pesés, on les trouve également déshonorants et lourds pour les deux partis : « Oh! oh! Laconien, comme les affaires de nos deux pays étaient malpropres et d'une pesante responsabilité! » On se repent de sa folie passée, et Ton s'accorde enfm à des conditions raisonnables. Après la parabase et dans la seconde partie de la pièce, on voyait un de ces paysans qui avaient mené une si triste vie à la ville, déménager (Et que veux-tu faire de cette cage à perdrix que tu emportes?), se procurer du bois pour reconstruire sa maison démolie par la guerre, et inviter ses amis à fêter avec lui la fin des hostilités, sa maison rebâtie et le retour de la paix avec ses plaisirs et ses bombances. Dans le cours de la pièce, le chœur se vantait d'apporter pour tout le monde « des gesses, du froment, de l'orge mondé, de l'épeautre, du blé, de l'ivraie, de la fleur de farine..., des maquereaux, des cognols, des lébies, des mulets, des thons et des harengs », et pour les bons vieux qui avaient combattu à Marathon, du collyre à éclaircir leur vue, à cause du trophée qu'ils avaient élevé à la gloire de leur patrie. Je laisse de côté les lies, parce que je ne suis pas sûr que cette nouvelle sortie contre la furie militante des Athéniens soit de la première période de la lutte entre Athènes et le Péloponnèse, ou postérieure à l'expédition de Sicile,
Après six années de combat contre les démagogues, fauteurs de la guerre, Aristophane voyait enfin cette paix tant désirée; il pouvait se vanter d'y avoir contribué autant et plus qu'aucun poète comique ou qu'aucun pamphlétaire; et peut-être en célébra-t-il la conclusion
dans une de ses comédies aujourd'hui perdues. Mais peut-on dire avec un de ses biographes qu'il avait corrigé ses concitoyens; qu'il s'était rendu si redoutable que les coquins turbulents n'osaient plus paraître ou étaient forcés de devenir de bons et tranquilles citoyens? Il ne semble pas que le vice ait plus désarmé que la satire; et le poète poursuivit inutilement de ses sarcasmes plus ou moins mérités la même sorte d'ennemis, pendant tout le cours de sa carrière. Si ce n'est plus Gléon qu'il fouaille^ c'est Hyperboles; si ce n'est plus Hyperboles, c'est Pisandre ou Gléophon. H y a toujours dans ses pièces quelque Gléonyme qui a jeté son bouclier, quelque Théoros ou Glisthène « balançant sur ses jambes écartées son corps perdu de débauche », et se gorgeant des deniers publics, quelque Ariphradès aux mœurs infâmes, ou des orateurs et des sophistes aussi couturés de vices immondes que peu consciencieux. Les intrigues, les exactions, les vols de toute sorte, les procès, les délateurs, les avocats qui ne sont jamais à court de mensonges, les juges ignares et féroces fourmillent toujours à Athènes. Même, quoique ce soit une idée bien arrêtée du poète que la république et les mœurs vont de mal en pis, de fièvre en chaud mal, on ne peut dire que les Athéniens soient meilleurs ni pires après ses vertes leçons. Où tout est d'abord porté à Textrême, comme dans ses accusations ou dans ses peintures, il y a peut-être variété, il ne pourrait y avoir progrès. Thomas Magister a donc rêvé cette puissance correctrice et améliorante de la comédie aristophanesque. Nous allons voir le poète, avec le même succès d'amuseur et la même impuissance de réformateur, poursuivre le cours de ses justices ou de ses vengeances politiques.