A[j,îç, pot ([u'ea chambre, etc. Racines grecques
Si l'on pouvait demander quelque vraisemblance et quelque logique à cette partie de la comédie grecque, je dirais que la parabase des Guêpes est un contresens et une contradiction dans la situation morale du chœur après sa conversion si complète. A quoi bon vanter cet aio'uillon devenu inutile, et cette acre colère si terrible de la guêpe attique, puisque le chœur l'oublie si bien, qu'il ne fait plus que s'extasier sur les bons procédés de Bdélycléon et sur le bonheur de son père? Mais il faut prendre son parti de ces contradictions et apprécier les parabases en elles-mêmes, sans leur demander de tenir à la pièce comique. Après avoir reproché aux Athéniens dans la première partie de sa parabase le peu de jugement qu'ils avaient montré en recevant froidement les Nuées, Aristophane, qui n'entendait pas s'aliéner les spectateurs, compensait cette critique par des flatteries toujours bien venues; et certes les Athéniens auraient été bien exigeants, s'ils n'avaient point pardonné au poète blessé quelques reproches pour cet éloge de leur pays :
« Nous qui portons cet appendice, nous sommes les Attiques, seuls vraiment nobles et indigènes, le plus courageux des peuples. C'est nous qui, les armes à la main, avons tant fait pour la patrie, lorsque le barbare répandit sur notre ville des torrents de flamme et de fumée, dans son désir furieux de prendre de force nos guêpiers. Aussitôt nous accourûmes avec la lance et le bouclier, et nous leur livrâmes bataille, enivrés de l'aigre vin de la colère, debout homme contre homme, et de rage nous dévorant les lèvres. Une nuée de traits cachait le ciel. Cependant, avec l'aide des Dieux, vers le soir, nous repoussâmes l'ennemi; une chouette, avant le combat, avait
CO.MKIJIES POLITIQL'FIS — LES GUÊPES 40.")
passé au-dessus de notre armée K Alors nous le poursuivîmes Tépée dans les reins, comme on poursuit des thons %• il fuyait, et nous le piquions aux joues, aux sourcils. Aussi maintenant encore les barbares disent-ils qu'il n'y a rien de plus redoutable que la guêpe attique » (1071-1090).
Nous avons déjà remarqué combien la seconde partie de cette comédie semble tenir peu à la première; nous ne reviendrons pas sur ce vice de composition. Sous le juge amoureux de procès et toujours prêt à condamner, il y avait le petit bourgeois d'Athènes, avide, serré, insolent, gouailleur et, pour peu qu'une pointe de vin lui fît oublier sa prudence et sa réserve ordinaires, capable des excès les plus excentriques. C'est ce nouveau côté qu'Aristophane développe dans son Philocléon. Le vieil héliaste est-il si désespéré de son dernier jugement, qu'il se trouve indigne de siéger encore comme juge, et qu'il renonce pour toujours à ses mœurs sauvages et à sa royauté judiciaire? Le poète ne se donne même pas la peine de nous expliquer cette brusque et radicale métamorphose. A peine avons-nous vu Philocléon à son tribunal domestique, que nous assistons à sa toilette de futur fashionable. Son fils lui fait mettre, au lieu de son grossier manteau, une
1. Jusqu'ici tous les détails se rapportent à la bataille de Marathon.
2. Le souvenir du récit de Salamine par Eschyle se mêle ici au souvenir de la bataille de Marathon. L'expression 6vvvà!;ovxe<; est la même que ot Sa o);ce 6'jvvo'jç... eitacov. Nous le poursuivions l'épée dans les reins ne traduit que tr^s imparfaitement le ÔuvvaJJovxe; tU tou? ÔuXâxouç, expression caractéristi(iue et pittoresque. Nous les poursuivions, les frappant comme des thons, en dirigeant nos coups vers leurs braies. Le large pantalon tombant des Orientaux, outre qu'il les embarrassait dans leur fuite, servait de point de mire aux Grecs qui les poursuivaient. Rien n'est plus juste, et pourtant j'ai lu, il y a bien longtemps, une dissertation dans l'ancienne Revue de Vînstruction^ où je ne sais quel barbare voulait par délicatesse changer ce et; to-^; euXâxouç.
pelisse persane garnie de fourrures, et une élégante chaussure laconienne au lieu de ses gros souliers, non sans résistance et quolibets de la part du bonhomme. La scène peut paraître quelque peu forcée et froide à la lecture; pour en apprécier le comique, il faudrait la voir représenter par quelque bon acteur du Palais-Rojal ou du Vaudeville, s'agitant, grimaçant et soufflant, au milieu des gros mots ou des lazzis qu'il débite, sous ce harnais nouveau qui le gêne ou qui Tétouffe. Car s'il est vrai qu'il y a peu d'action dans les comédies d'Aristophane quand on les considère chacune dans son ensemble, il est vrai aussi que toutes les idées y sont mises en action, et que quiconque ne s'en figure pas en esprit la représentation perd une bonne partie du comique du poète. Mais ce n'est pas tout d*être caparaçonné comme un homme du monde; il faut encore savoi" parler et se tenir en homme du monde. Or, en fait de conversation, Philocléon ne sait guère conter que, des fables ou des histoires de vieille femme, ou les exploits assez peu relevés de sa jeunesse, vols d'échalas ou actes processifs. Le sport, le théâtre, la chasse ne lui sont pas moins étrangers que les particularités des pays éloignés et peu connus. Il ne saurait vanter les exploits au pancrace des lutteurs Éphudion et Ascondas, conter une course aux flambeaux à laquelle il a pris part, dire ses ambassades solennelles avec Glisthène ou Androclès, se faire fête des lièvres ou des sangliers qu'il a forcés. Le voilà chez son hôte : quelle posture aura-t-il à table? Saura-t-il se coucher élégamment, étendre les genoux sur les tapisseries du lit où il prendra place, donner à son corps les inflexions les plus souples? Nous assistons ainsi à une leçon de savoir-vivre chez les beaux et les élégants d'Athènes. Bdélycléon apprend à
son père que, pour llatter délicatement son hôte et sans avoir l'air d'y toucher, il faut « vanter quelque vase de bronze, regarder le plafond, admirer le voile qui couvre la cour y> (1214-1216). Le festin touche à sa fm, et selon l'usage des Grecs de mêler la poésie à toutes leurs buveries, on chante à la ronde ; comment se comportera Philocléon, lorsqu'on lui passera la parole avec la branche d'olivier?
« Bel. Sauras-tu bien continuer les chansons commencées?— P/i. Mieux qu'aucun Athénien de vieille roche ' . — Bd. Nous allons voir. Supposons que je sois Gléon. J'entonne le premier le chant d'Harmodios. Tu continueras : «Jamais on ne vit à Athènes... — PA. Un tel coquin, un tel « voleur. » — Bd. Mais, malheureux, c'en serait fait de toi, si tu chantais cela. Il jurerait de te perdre, de t'anéantir, de te chasser du pays. — Phil. Eh bien! à ses menaces je répondrais par cette autre chanson : « Dans ton désir « furieux du pouvoir suprême, tu achèveras de renverser ce la ville qui déjà penche vers sa ruine ^ » — Bd, Et quand Théoros, couché aux pieds de Gléon, chantera en lui prenant la main : « A l'exemple d'Admète, aime ceux qui « sont braves », comment lui répondras-tu? — Ph. Je lui chanterai : « Je ne sais pas être renard ni me dire l'ami des « deux partis. » — Bd, Alors ce sera le tour d'Eschine, fils de Sellos, aussi instruit qu'habile musicien, et il chantera : « Biens et richesses à Glitagoras et à moi, ainsi qu'aux
1. Le poète dit : « qu'aucun montagnard », et cela répond pour le sens à la locution proverbiale que j'ai employée. Quand les Étoliens conquirent l'Attique, ils se réservèrent la plaine, et laissèrent aux indigènes la montagne et les rivages : d'où les noms de pédiens, d'hyperacriens ou gens des hauteurs et de Paraliens ou riverains. Les hyperacriens ou montagnards surtout se considéraient comme autochthones ou Atliques pur sang.