CHAPITRE X
COMÉDIES POLITIQUES (s LITE ET FIN).
Incerlitiide du bat dos Oiseaux. — Pure fantaisie? — C'est en contradiction avec l'esprit de la comédie aristophanesque. — Pièce philosophique? — Insuffisance et inconsistance des explications de cette sorte. — Pièce politique, en dépit de la loi prohibitive de Syracosios : Peisthétairos-Alcibiade. Pourquoi Aristophane s'abandonne-t-il plus à la poésie de sa fiction qu'à la polémique? — Analyse de la fable et de l'action. — Partie lyrique : le lyrisme n'est point le comique, moins encore le comique militant. — Lysistrate. — Le panhellénisme d'Aristophane. — Singulier souci des intérêts des femmes dans cet ennemi moqueur du sexe. — Constitution régulière, marche continue et rapide de l'action : pourquoi? Réflexion sur les définitions de l'Ancienne Comédie. Le premier Ploutos, les Tagénistes, le Triphalès. — Imprévoyance et inconsistance politiques d'Aristophane.
Les Oiseaux sont une énigme presque indéchiffrable ; c'est pour cela sans cloute qu'ils ont eu la prédilection de Schlegel et qu'il en a fait la pierre angulaire de ses théories sur l'Ancienne Comédie. Tel y voit une comédie politique, tel autre une comédie philosophique; un troisième enfin, tout ce qu'on voudra, comme dans une féerie mal conçue, que de grands enfants pourraient déclarer un chef-d'œuvre d'autant plus amusant et plus parfait qu'il n'aurait pas de sens.
Il faut écarter résolument et d'emblée la dernière hypothèse, unique justification des théories aussi vides
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de vérité ^ que pleines de gallophobie, dirai-je du critique ou du bel esprit allemand. Elle est en flagrante contradiction avec le génie de l'Ancienne Comédie ou tout au moins de la comédie aristophanesque, qui, politique, littéraire, philosophique ou sociale, est essentiellement militante et, par conséquent, doit avoir un but déterminé et toujours saisissable. Si les Athéniens, outre les mille allusions de toute sorte qui nous échappent, mais qu'ils saisissaient à la volée, n'avaient pas cru y démêler un sens général plus ou moins dissimulé, ils n'auraient pas applaudi le poète ni couronné son œuvre. Ne parlons donc pas de fantaisie pure, lorsqu'il s'agit d'une production comique de cette époque. Mais cette comédie des Oiseaux, répondent les défenseurs actuels de la théorie fantastique, sans être une polémique contre tel homme, telle circonstance, telle institution mauvaise aux yeux du poète, n'était pas pour cela sans but et sans objet. Gomme je n'entends qu'à demi l'opinion d'Ern. Gurtius, je citerai textuellement la page où il l'expose. Supposant que la loi prohibitive de Syracosios avait surtout pour but de mettre à l'abri des atteintes des comiques, les oligarques qui venaient de faire fuir Alcibiade et de troubler la cité par leurs inquisitions sans fin contre les hermocopides et les violateurs des mystères, Gurtius continue : « Les trois comédies qui furent représentées aux grandes Dionysies (mars 414) firent bien voir en effet que la liberté de la scène était restreinte; et pourtant c'est sous ce régime de contrainte que la muse d'Aristophane produisit la plus
1. L'ouvrage de Schlegel sur la littérature dramatique a eu son heure de vérité relative, comme la partie du Génie du christianisme consacrée à la littérature, je ne le conteste pas. Mais absolument c'est un tissu de fantaisies que la critique aurait dû depuis longtemgs reléguer parmi les curiosités, tout en reconnaissant le rare talent de l'auteur.
audacieuse et la plus fière * de ses œuvres, comme si elle avait voulu montrer que Fart véritable sait triompher de toutes les entraves et qu'il porte en lui-même, comme un droit inaliénable, son indépendance. En effet, les deux pièces de ses concurrents, les Bambocheurs, représentés sous le nom d'Amipsias, et r Ermite de Phrynichos, trahissent la colère des poètes qui renoncent à contre-cœur à leur liberté habituelle : Phrynichos maudit publiquement Syracosios en l'accusant de lui avoir enlevé le plus beau sujet qu'il pouvait traiter^; le héros de sa pièce est un homme de l'espèce de Timon, bien connu alors à Athènes, un misanthrope profondément dégoûté de toute société. Le génie d'Aristophane, au contraire, plane dans sa spirituelle gaieté au-dessus de toutes les misères du présent, et les Athéniens virent s'élever dans ses Oiseaux une ville bâtie entre ciel et terre, une bienheureuse Nouvelle-Athènes, inaccessible à ses ennemis, inoffensive dans sa sécurité ^, maîtresse du monde et en même temps des dieux. Car les dieux sont, eux aussi, obligés de reconnaître cette fondation nouvelle, sous peine d'être
1. Audacieuse et fière en quoi? 11 eût été plus fier et plus audacieux de stigmatiser les misérables qui en ce moment bouleversaient Athènes par leurs inquisitions. D'ailleurs le décret de Syracosios, s'il n'a été rendu que tout à fait à la fin de 415 ou au commencement de 414, ne peut avoir déterminé le choix des sujets des trois comiques, admis au concours des grandes Dionysies. Il est peu probable qu'Aristophane ait conçu, composé, fait apprendre sa pièce en trois mois. Et cette improbabilité est encore plus grande pour Phrynichos, si, comme l'admet Curlius d'après Bergk et comme je le crois vrai, il est l'auteur des deux autres comédies, les Comastes et le Solitaire.
2. Celte traduction fausse le sens en y ajoutant. On croirait que Phrynichos parle de tel sujet déterminé auquel il a été forcé de renoncer. Il n'y a rien de tel dans les mots indéfinis oO; int^''j^o\)M, à supposer même que ETceôutJLO'jv soit à la première personne du singulier, et non à la troisième du pluriel.
3. Comment inoiïensive? La fondation de Néphélococcygic est un acte d'hostilité contre les dieux, comme les fortifications de Décélie contre Athènes.
privés de Todeur embaumée des sacrifices. Mais cette ville aérienne, bâtie sur les nuages, n'est point sans avoir quelque relation avec l'Athènes réelle. Les deux Athéniens qui émigrent pour chercher le bonheur auprès des Oiseaux ne peuvent plus vivre chez eux, dans cette Athènes soi disant libre, où tout honnête homme est menacé d'un procès criminel, où, sur la place publique et dans les rues, il a à redouter les sbires, et, au dehors, sur toutes les côtes, la Salaminienne. Aussi a-t-on bien soin, en construisant la ville des Oiseaux, de tenir à distance les vilaines gens. Tous ceux qui veulent entrer de force, tous ceux qui alors criaient le plus fort à Athènes, les faiseurs de lois, les marchands d'oracles, les devins, les délateurs, les commissaires de police, les sophistes vantards et fripons, sont impitoyablement repoussés, afin qu'ils ne troublent pas la paix de la ville nouvelle. C'est ainsi qu'Aristophane exposait aux yeux de ses concitoyens un monde fantastique et plein de charme, un monde rempli d'une poétique beauté, bien fait pour élever et reposer les esprits, mais qui laisse voir aussi, comme dans un miroir fidèle, la légèreté du caractère athénien et montre en les stigmatisant les vices de la société. » En somme, cette explication, si c'en est une, revient à celle de Kock. C'est qu'au milieu des tristesses de l'inquisition religieuse suscitée par l'affaire des hermocopides, Aristophane s'est proposé d'arracher les Athéniens aux sombres préoccupations de l'heure présente, en transportant leur pensée dans un monde féerique, plein de grâce, de paix et de sérénité. Soit! j'admets que tel est en effet, quoique je n'en sache rien, le but d'Aristophane. Mais le sens de sa comédie? Je ne suppose pas que l'on veuille prétendre qu'elle a en elle-même moins de sens encore qu'un dithyrambe de
Mélanippide ou de Ginésias. Car ces poètes si vides chantaient au moins d'une manière telle quelle les traditions de leur pays. Qu'on répète sur tous les tons que c'est une fuite de la réalité dans le pays du rêve, etc., etc. : c'est une litanie, ce n'est pas une explication ; et d'ailleurs on ne me convaincra jamais qu'un Grec, qu'un Athénien, qu'un comique, habitué à voir tout sous le jour de la politique et des intérêts du moment, se soit mis à rêver tout haut devant le peuple assemblé, afm de pratiquer sur lui une sorte d'incantation poétique, qui pût le distraire de ses tristesses. Quant à faire d'Aristophane un utopiste cosmopolite et de l'intrigant Pisthétairos un père et un prince de la paix, fondant une tyrannie d'une nouvelle espèce, un Pisistrate de Tempire du monde, selon l'explication de Kock : c'est ce qu'on peut appeler une explication désespérée. Il n'y a pas, à cette période de la vie hellénique, d'idée plus antigrecque que celle qu'on prête là à Aristophane; il n'y en a pas qui pût entrer plus difficilement dans le cerveau de cet aristocrate et de ce conservateur entêté. L'auteur de cette explication en sent si bien l'invraisemblance qu'il s'efforce d'établir qu'il n^y a pas d'induction légitime à établir des autres comédies d'Aristophane à celle des Oiseaux, Mais sa démonstration n'aboutit pas. Il prouve, ce que personne ne conteste, qu'il y a une grande variété d'invention dans Aristophane. Il ne prouve pas qu'à part le Ploutos, qui n'appartient plus à l'Ancienne Comédie, toutes ses autres pièces n'aient pas une intention polémique ^ Ge n'est donc pas si mal raisonner que d'en con-
1. Quant à raisonner sar les pièces perdues, comme le fait Kociv, c'est impossible. Car on ne peut aller en raisonnant que du connu à l'inconnu. Or tout ce que nous connaissons de l'Ancienne Comédie ou plutôt de la comédie cratino-aristophanesque porte le même caractère agonistique. Ce fait et la conclusion qu'on en tire naturellement ne peuvent être
dure que cette intention n'est pas davantage absente des Oiseaux, et qu'en supposant que cette pièce est une pure fantaisie, on méconnaît l'essence même de la comédie aristophanesque.
Mais cette supposition écartée, parce qu'elle n'explique rien et qu'elle fait des Oiseaux un monstre unique dans l'œuvre d'Aristophane et dans l'Ancienne Comédie, l'embarras ne reste guère moindre.
Ceux qui prêtent au poète une intention philosophique s'accordent assez mal sur cette intention. Selon M. Groiset, Aristophane aurait opposé aux ennuis, aux tracas et aux gênes de la vie policée, les charmes et la liberté de l'état de nature. Les oiseaux sont sans maîtres, sans esclaves, sans magistrats, sans lois, sans toutes ces coutumes et tous ces règlements qui gênent et étouffent le plaisir et la liberté. En effet, il y a de cela dans la description si poétique des hôtes insouciants du ciel; mais c'est un peu trop se hâter que d'en conclure qu'Aristophane ait jamais proposé la vie de nature comme un idéal, ou un modèle^ à suivre par les hommes. Il était sans doute de l'avis des gens de son parti, que la loi, pourvu qu'elle vînt des ancêtres et non de cette insolente démocratie qu'il abhorrait, était bonne en elle-même; que c'était la plus heureuse invention de la politique; et que la religion, vraie ou fausse, raisonnable ou déraisonnable en elle-même, n'avait pas été imaginée moins ingénieusement pour donner force à la loi, en matant les brutes et les scélérats par la crainte des dieux et de leur inévitable justice *.
infirmés par des possibilités en l'air au sujet de ce que nous ne connaissons pas.
1. On peut voir ces idées développées dans le fragment d'une tragédie de Grillas, l'un des Trente. Il n'en est pas dit un mot, il est vrai, dans
Mais admettons qu'Aristophane fît exception dans le parti des honnêtes gens ou que même, par un privilège accordé aux poètes, il ait pu, dans sa fantaisie d'artiste, exprimer le contraire de sa pensée : son œuvre laisse les doutes les plus graves sur Tinterprétation qu^on en donne. Le mariage de Pisthétairos avec la souveraineté (ou BacrO.£'la), qui me paraît une des données capitales du drame, n'aurait plus aucun sens et ne serait qu'un vain spectacle, uniquement destiné à terminer la pièce avec pompe. Est-ce que la tyrannie est un des éléments, je ne dis pas de l'état de nature — les sophistes, si nous en croyons leurs adversaires, le soutenaient, — mais de la république des oiseaux, telle que le poète se plaît à la dépeindre? Que signifierait la fondation d'une ville, cette violation bien plus énorme de l'état de nature, que la plantation d'un champ et d'une haie autour de ce champ? Gomment expliquer le rôle de Pisthétairos, qui ne vient certainement pas dans le pays des oiseaux pour prêcher ou pour apprendre d'autrui cette bienheureuse anarchie, qu'Aristophane, plus de vingt siècles avant Proudhon, aurait proposée comme l'idéal des sociétés? A quoi bon cette guerre déclarée aux dieux, de l'existence d-esquels les oiseaux n'ont pas l'air de se soucier dans leur libre vie à travers les espaces aériens? Et pour entrer dans de plus minces détails, quelques contradictions que l'on permette aux poètes, est-il à croire qu'Aristophane adopte dans les Oiseaux ce qui lui fait horreur dans les Nuées, les sophismes impies et dénaturés de Phidippide sur le droit des enfants à battre leurs pères, comme les coqs battent les leurs? Et pourtant, s'il proposait la vie des oiseaux
Aristophane; mais c'était l'opinioii à peu près générale de ceux qui pensaient ou croyaient penser, par conséquent du parti aristocratique.
44 i LA COMÉDIE GRECQUE
comme un modèle à envier ou à suivre, c'est ce qu'il faudrait conclure, avec bien d'autres choses encore, de ce passage de la parabase : « S'il est un de vous, spectateurs, qui désire couler doucement avec les oiseaux le reste de sa vie, qu'il vienne à nous. Tout ce qui est honteux sur la terre et condamné par la loi est honorable au contraire chez nous autres oiseaux. Chez vous, par exemple, battre son père est un crime; c'est une action estimée parmi nous; il est beau de courir sus à son père et de le frapper en disant : « Allons, lève l'ergot, si tu veux combattre. » L'esclave fugitif que vous marquez du stigmate n'est pour nous qu'un francolin bigarré. Est-on Phrygien comme l'est Spintharos? on sera ici l'oiseau de Phrygie, le chardonneret, issu de Philémon K Est-on esclave et Garien ^ autant qu'Execestidès? on peut chez nous se créer des aïeux ^; on trouvera toujours qui vous inscrive dans sa phratrie. Le fils de Pisias veut-il livrer aux ennemis les portes de la ville? qu'il devienne perdrix, ce digne rejeton de son père; chez nous, il n'est pas honteux de fuir avec l'adresse de la perdrix » (751-766.)
L'explication de M. Poyard, plus vraisemblable en apparence, ne Test pas davantage pour peu qu'on la
1. Je donne, mais sans beaucoup de confiance, la note du scholiaste. Ce Spintharos était joué par les comiques comme barbare et Phrygien; il en est de même pour Philémon.
2. Les Grecs se fournissaient d'esclaves parmi les Cariens comme parmi les Thraces.
3. M. à m. qu'il pousse des aïeux (comme les oiseaux poussent des ailes, et les enfants des dents). Ayant ainsi poussé (ou s'étant procuré) des aïeux de contrebande, il ne vous sera pas difficile de trouver dans une phratrie des gens qui vous reconnaissent et vous fassent inscrire comme descendant de tel ou tel. — Maintenant y avait-il un oiseau nommé llàuuoç et le poète joue-t-il sur ce mot? Le scholiaste le dit; c'est possible, mais je ne le donnerais pas pour certain.
presse. « Aristophane, en sa qualité de critique intraitable, dit-il, trouve que tout est mal dans le plus mauvais des mondes possible; il fuit les hommes qui ne font que des sottises, enlève le sceptre aux dieux qui ne savent pas maintenir Tordre et la justice sur la terre, et chasse impitoyablement de sa cité tous les brouillons cupides qu'Athènes s'empresse de lui envoyer. Dans ce cadre à la fois simple et hardi, le poète groupe habilement une foule de scènes originales; c'est une revue rapide où les différentes classes de la société grecque sont successivement flagellées; philosophes, devins, poètes, magistrats, législateurs, avocats, tous ont leur tour; les habitants de rOlympe sont encore moins épargnés que ceux d'iVthènes; et rien n'est plus comique et plus irrespectueux que l'ambassade de ces trois dieux, l'un glouton, l'autre poltron, et le troisième idiot, qui, peu soucieux de la dignité céleste, abdiquent pour faire un bon dîner. » L'œuvre d'un pessimiste, cette com.édie si gaie, si folâtre, si légère, où les traits les plus méchants qu'Aristophane lance à droite et à gauche contre quelques vauriens inconnus, peuvent sembler bien ])énins au prix de ceux des Chevaliers, de la Paix et des Guêpes! Cela seul me mettrait en défiance. Or le pessimisme ^ est la seule idée générale et philosopiiique qui relie entre elles toutes les explications partielles de l'interprète. Mais, dans ces explications, il oublie et celle du mariage de Peisthétairos avec Basileia,
1. Cette explication est si peu consistante, et lorsqu'on la lit tout entière, si voisine de celle qui fait des Oiseaux une pure fantaisie, uneféerie sans but, que je ne l'aurais pas rangée au nombre de celles (lui prêtent au poète une intention philosophique, si je ne lisais en tète de la notice sur Lysistrnte : « Après les Oiseaux, où Aristophane avait fait comme une excursion dans le domaine de la satire philosophique et générale, le poète revient avec Lysistrate à la vie réelle, à la comédie politique. »
et celle des rôles de Pisthétairos et d'Évelpidès, qui devraient être les premiers qu'Aristophane chasse de Néphélococcygie, si elle était la cité de ses rêves. D'un autre côté, sans nier la portée de certaines plaisanteries contre les dieux \ peut-on dire qu'Aristophane était mécontent de leur gouvernement au point de leur enlever le sceptre? Te sais que Fauteur ou les auteurs des u-o^i- (Tsiç nous débitent quelque chose de semblable. A les croire, « voyant la république consumée d'une maladie incurable et conduite à sa perte par ses gouvernants, Aristophane recommande à mots couverts un autre gouvernement et d'autres conducteurs; et non seulement cela, mais il conseille aux Athéniens de changer de forme ^ et de nature, s'ils veulent vivre paisiblement. Tel est le but même de cette comédie. Quant aux reproches qu'il fait aux dieux, ils sont imaginés îoA à propos. Car il dit que la république a besoin de dieux nouveaux (Oh!), ceux qui existaient ne s'occupant pas d'Athènes et s'étant complètement détachés de l'intérêt du pays. » Mais des scholiastes qui placent la représentation des Oiseaux non seulement après la fortification de Décélie par les Péloponnésiens, mais encore après la mort de Nicias et de son armée,
1. Dans tous les cas, ce ne sont pas les plaisanteries sur Hercule, le dieu Triballe et Neptune qui peuvent paraître dangereuses. Les plaisanteries sur Hercule étaient sans conséquence; elles remplissaient les comédies et les drames satiriques. Les Athéniens devaient peu se scandaliser qu'un dieu Triballe sans nom fût idiot. Quant à Neptune, lors même que le poète en eût fait un poltron, ce qui n'est pas, on aurait pu lui prêter tel ou tel ridicule sans choquer le public, pourvu qu'on l'eût fait par manière de rire. Il y avait tel drame satirique où ce dieu ne jouait pas certainement un rôle bien glorieux et bien édifiant, par exemple VAmymoiie d'Eschyle. — C'est dans la scène d'Iris et de Peisthétairos que se trouvent surtout des plaisanteries ayant plus de portée que ne l'eût voulu Aristophane.
2. S^riiJLa. Mais cette idée est ridicule. Aristophane ne conseille pas plus aux Athéniens de devenir oiseaux que de devenir guêpes.
COMÉDIES POLITIQUES — LES OISEAUX Ul
peut-être même après la révolution oligarchique des Quatre-Cents, puisqu'ils représentent le poète comme gêné par les puissants du jour dans sa libre parole *, des écrivains, dis-je, si bien renseignés pouvaient prêter sans scrupule au conservateur Aristophane des intentions de réforme religieuse. La rencontre d'une hypothèse moderne avec leurs informations ne serait qu'une médiocre recommandation pour cette hypothèse.
Il y a toutefois un point où les scholiastes doivent suivre l'opinion de critiques anciens et mieux au fait de l'histoire athénienne, c'est lorsqu'ils s'efforcent de rattacher la comédie des Oiseaux à des circonstances politiques particulières. Les désastres de Sicile, la situation difficile et presque désespérée d'Athènes, le dégoût et l'horreur de la révolution violente des oligarques n'étaient pas encore venus intimider la muse hardie d'Aristophane, ni refroidir son humeur militante ou en changer le cours. Il dut, au moins, lorsque les lenteurs de Nicias commencèrent à dégriser quelques citoyens de l'expédition de Sicile, s'inquiéter d'une aventure où toute la puissance d'Athènes était engagée, et se sentir tenté de railler les folles espérances de ses compatriotes, en même temps que de les mettre en garde contre l'esprit remuant et sans scrupule d'Alcibiade. Tel me paraît en gros le sens quelque peu voilé de son œuvre nouvelle. Il est vrai que si les vers 145-147 étaient, comme le suppose l'auteur de Thypothesis II, une allusion au rappel d'Alcibiade et que si le mot forgé [AsHovu^av du vers 639 devait s'entendre des dernières temporisations si funestes de Nicias, toutes les explications que nous allons donner sembleraient du