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4i8 LA COMÉDIE GRECQUE
coup anéanties. Mais il est évident d'abord qu'une pièce, jouée en 414, n'a pu faire allusion aux tergiversations militaires et aux irrésolutions qui perdirent Farmée athénienne en 413, et que le mot de |j.£).lov!.xiav ne peut exprimer que les plaintes des deux autres généraux, Alcibiade et Lamachos, sur l'indécision de leur collègue, indécision qui se marque dès l'arrivée de la flotte en Sicile. Nicias d'ailleurs était encore pour Aristophane le grand homme de guerre de cette époque, le général prudent et heureux entre tous, comme le prouvent les vers 186 et 363-364 \ L'allusion à la galère salaminienne m'embarrasse davantage, parce que, si la pièce des Oiseaux est tout entière dirigée contre Alcibiade, elle pourrait paraître une lâcheté aussi inutile que cruelle. Or il semble bien en lisant le récit de Thucydide que le rappel d'Alcibiade est de la même année que le départ de l'expédition, c'est-à-dire de 415; et lors même qu'on placerait ce rappel dans les derniers jours de Tannée, il y aurait encore plus de trois mois entre ce fait et la représentation des Oiseaux, donnée aux grandes Dionysiaques de 414. Il y a donc là une grave difficulté contre l'interprétation à laquelle j'incline, difficulté toutefois plus spécieuse que réelle. Les Oiseaux n'ont pas été, sans doute, conçus, composés, écrits, appris dans cet intervalle. Or la critique railleuse des ambitions et des chimères du peuple était toujours de saison, et les insinuations d'aspiration à la tyrannie, à l'endroit d'Alcibiade.
1. Le vers 186 n'est qu'une allusion au siège de Mélos où Nicias réduisit les ennemis par l'investissement et la famine (Xi[xo) MyjXîo)). Les deux autres sont plus expressifs et désignent nommément Nicias : « 0 quelle habileté! quel génie inventif! Tu es un grand général; lu surpasses Nicias en stratagèmes.
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ne l'étaient pas moins. Car, outre qu'elles pouvaient s'appliquer à tout soldat ambitieux qu'eût favorisé la victoire dans une entreprise comme l'expédition de Sicile, il y avait assez d'inconstance dans l'esprit de la foule, assez de souplesse et de ressources dans le génie d'Alcibiade, pour que le retour à bref délai de cet aventurier ne fût pas impossible. Aristophane pouvait donc maintenir son œuvre et la donner au public comme un avertissement , sans croire commettre une lâcheté à l'égard d'un fugitif, sous le coup d'une accusation capitale.
Ainsi je persiste à penser que la comédie des Oiseaux était dirigée contre les ambitieuses illusions des Athéniens et contre le brouillon brillant et immoral, qui les avait fait naître, nourries et surexcitées. C'est la conclusion, je crois, à laquelle inclinait la critique allemande, il y a une vingtaine d'années. « Les Oiseaux, dit Bernhardy, furent inspirés par le plus grand événement du temps, l'expédition de Sicile, commencée depuis peu, lorsque les Athéniens, éblouis de l'éclat de leur puissance, ne connaissaient plus de mesure dans leurs entreprises ambitieuses, et sautaient hardiment par-dessus les bornes de la possibilité. La ville de Néphélococcygie, si miraculeusement bâtie (dans les airs), et la république des Oiseaux organisée par des hommes inquiets et remuants, laquelle de degré en degré s^élève à une hauteur si vertigineuse, que les dieux mêmes doivent s'assujettir au nouvel empire, ne sont pas moins que l'image de l'État ochlocra tique *, vu au miroir grossissant de la comédie. » Je croirais plus volontiers que Nubicoucouville % fondée