COMÉDIES POLITIQUES — LE PREMIER PLOUTOS, ETO
doit conclure qu'Aristophane se soit condamné à garder un silence absolu sur les choses politiques du moment. Sans parler des Iles qui étaient certainement une comédie politique ', dans le même sens que Lysistrate, que les Holcades^ que la Paix, que les Laboureurs et que les Acharniens, mais dont rien ne peut nous faire deviner la date, le Triphalès, le premier Ploutos et les Tagénistes, pièces qui paraissent se rapporter au rappel et au retour d'Alcibiade, appartiennent sans contestation ^ à la triste époque qui va de la conspiration des Quatre-Cents à la prise d'Athènes par Lysandre. Donné pour la première fois en 408 , le Ploutos , croit-on , célébrait ironiquement la richesse rentrée dans Athènes avec Alcibiade. Les Tagénistes ou les Fricoteurs ^ semblent avoir rappelé l'impiété du héros du jour et la société de viveurs qui l'entouraient. Imitation, à certains égards, des Flatteurs d'Eupolis, cette pièce a dû être composée assez longtemps après ce chef-d'œuvre : car on sait combien Aristophane avait à cœur de ne point paraître plagiaire ou simplement imitateur. Bergk la place donc vers 406 : ce n'est
1. C'est ce que témoigne ce fragment : «• 0 sot, ù sot, tous ces biens, c'est dans la paix qu'on les trouve : habiter mollement dans un petit domaine, sans être tracassé par les affaires de la place publique, possesseur d'une petite paire de bœufs bien à vous, puis entendre le bêlement des brebis et la voix du vin filtré dans la cuve, se régaler de pinsons et de grives et n'avoir pas à attendre du marché de méciiants poissons de trois jours, fort chers, pesés par la main frauduleuse d'un poissonnier! » Mais les intérêts mis en jeu étaient autres que ceux des paysans de l'Attique. Ce qui faisait marcher les personnages du chœur (les Iles) « la tête penchée vers la terre et le front couvert d'un nuage », ce qui les faisait « crier comme les enfants par un temps brumeux : lève-toi, ô soleil chéri )), c'étaient les exactions auxquelles elles étaient en butte pour fournir aux frais de la guerre et à la rapacité de ses partisans. — Des critiques anciens reliraient à Aristophane cette pièce des lies.