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Deux des comédies du Sicilien portaient ces titres

2. Je ne connais pas de poète à proprement parler burlesque antérieur à Épicharme. Mais pour l'autre espèce de travestissement, consistant à dire magnifiquement les petites choses, Ilipponax et l'auteur de la Batrachomyomachie, si toutefois ce dernier s'était déjà produit, en avaient donné l'exemple. On connaît la manière de l'auteur de la Balrachomyomachie : il applique à un sujet mesquin les grandes formes et les expressions de l'épopée homérique, Hipponax se contente de conserver le ton de l'épopée sans s'astreindre à en reproduire des vers ou des hémistiches. Ainsi : u Muse, chante Euryuiédoutiadès, cette charybde, ce glouton exterminateur, qui muse sans mesure et sans règle, (et dis) corn-

grandes : je ne trouve rien de pareil dans les fragments <rÉpicharme , et du Méril s'avance beaucoup lorsqu'il écrit du théâtre dorien et par conséquent d'Épicharme : « Les personnages de la plus haute condition y affectaient des sentiments grossiers, des mœurs basses et cyniques; ils recherchaient les termes malsonnants qui n'appartiennent qu'à la canaille, et donnaient à la prose plate et bête le sublime systématique et les élégances prétentieuses d'une poésie élevée, » Le burlesque résultait dans notre poète du contraste de la dignité traditionnelle des personnages divins ou héroïques avec les actions qu'il leur prêtait, avec l'état de la société dans laquelle il les plaçait : tous, dieux et demi-dieux, sentaient, pensaient, agissaient et parlaient comme de bons bourgeois de Syracuse, et cela, par une transformation qui n'avait rien d'arbitraire ni de forcé : les légendes et histoires racontées par les anciens poètes s'y prêtaient d'elles-mêmes. Supposez, par exemple, les altercations homériques de Zeus et de Héra, non plus récitées par dés rhapsodes, mais jouées par des acteurs, surtout si on les découpe en vifs dialogues, dans une métrique et une versification très rapprochées de la prose * : et vous ne serez pas si loin du

ment il périra méchanl d'une méchante mort, par la sentence publique du Sénat, le long du rivage de la mer infertile. » Quant à Ilcgénion de Tiiasos que la Poétique (ch. ii) donne comme le premier auteur de parodies (o xà; 7rap(i)ôia; 7îotr,i7aç Trpwxo:), il est postérieur à Épicharme, s'il est vrai que les Athéniens assistaient à la représentation d'une de ses pièces quand leur fut annoncée la nouvelle de leur désastre on Sicile. Il devait dire magnifiquement les petites choses, si tous ses poèmes étaient comme celui intitulé cpaxYj (j^lat de Icnlilles'i.

1. Quand le dialogue fut établi, dit Aristote, la nature lit aussitôt trouver le mètre qui lui convenait. En elîet, l'ïambe est de tous les mètres le mieux approprié au dialogue, et la preuve en est qu'on en fait beaucoup dans la conversation {Poéf., ch. iv). Démélrios de Phalère ou l'auteur quel qu'il soit du traité de VÈlocution répète cette dernière remarque, § 63 : lIo)>Ao\ [xïxçty. 'iatxo:xà XaXoOaiv oôx sloôtc:.

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burlesque (.rÉpicharme ^ La transformation était encore plus aisée des héros épiques en personnages de comédie. Il en est bien peu dont la légende ne contienne quelque élément que Ton ne puisse sans grand effort détourner au burlesque : qu'on se rappelle seulement Tépisode d'Ulysse ?t d'Iros. Dans V Odyssée, le héros artificieux qui renversa II ion est déguisé en mendiant et il en joue parfaitement le rôle. Dans Ulysse transfuge, il est déguisé en porcher afin de s'introduire dans Troie, et il n'oublie pas les contes qui lui sont habituels, toutes les fois qu'il a à se tirer d'embarras. « Des voisins m'avaient donné à garder un porc destiné à être sacrifié aux fêtes d'Eleusis; par malheur, il s'est égaré; je n'y puis rien ; et l'on m'accuse de l'avoir promis en pique-nique aux Grecs et de le leur avoir livré. » A peine peut-on dire qu'il y a là burlesque : tant les traditions se prêtent complaisamment aux vues du poète comique ^ !

Les pièces mythologiques sont à peu près les seules d'Épicharme dont il soit possible d'entrev^oir les sujets et qui laissent percer la nature du comique qui s'y étalait.

1. Je ue dis ricu de la portée philosophique de cette comédie des dieux, comme l'appelle Collin, parce que je crois qu'on n'en peut rien dire, faute de documents suffisants et certains. Je tiens donc pour de la pure fantaisie ce qu'en a écrit Bergk {Commenfationes, p. 145-151), copié à peu près mot à mot par Mullach {Fragrn. pldl.^ 131-134). Voici la conclusion de Bergk : Épicliarme, en tirant ses sujets de celte énorme masse de fables, s'attacha à corriger les fausses opinions des hommes sur les dieux et à détruire les doutes qui en résultaient, en ramenant tout à la philosophie; il diffère, pour ne pas dire qu'il est bien au-dessus des comiques athéniens en ce point que, non content de renverser les fausses imaginations, il y substitue certaines vérités nouvelles propres à raffermir la religion et la sainteté des dieux, tandis que les auteurs de la comédie attique poursuivent vivement l'impiété et l'hypocrisie de leurs contemporains, sans enseigner ce qu'il faut penser de la nature des Dieux... Épicharme se rapproche le plus de la manière des philosophes et à ce titre il mérite l'éloge que lui accorde .Millier {Doriens, t. Il, p. 3o9), en le plaçant au-dessus des comiques d'AUièues.

Mais que dire des autres? Qu'était-ce que Terre et mer? que la Fête ou les fies? que les Triacades [Tribus? Trentièmes du mois?yi que les Mènes [mois ou lunes?yi etc. Il est à croire qu'une partie de ces comédies rentraient plus ou moins dans le genre précédent. Nous en avons la preuve pour les deux pièces intitulées : l'une Logos et Loginna % l'autre Périallos [le Glorieux ou la Glorieuse). On ne s'attendrait guère d'après le titre à voir figurer les dieux dans Logos et Loginna, Et pourtant nous lisons dans un des courts fragments de cette pièce : « Jupiter m'a appelé parce qu'il donne un repas (y' spavov) à Pélops. — Certes, mon ami, c'est un pauvre régal qu'une grue (yipavo;). —

1. Je conserve les mots grecs. La traduction latine qu'en donne Mullach « verbum, verbalis « ne signifie rien, et d'ailleurs il faudrait opposer un substantif au substantif verbum. Collin traduit par parole, partage. Mais cette traduction, en supposant qu'elle soit exacte quant au sens, a le défaut de renverser les genres qui marquent dans Logos un être supérieur, dans Logiuna un être inférieur, le masculin étant plus noble que le féminin, comme disait notre bon vieux Lhomond. Et ce changement est grave, parce que nous ne savons pas si Logos et Loginna n'étaient pas des abstractions réalisées, et par suite deux personnages, l'un mâle, l'autre femelle. Dans tous les cas, l'explication que Collin donne de ces deux mots est cherchée bien loin : « S'il est manifeste, dit-il, qu'Épicharme développe souvent sur la scène les mêmes thèmes fabuleux que Pindare dans ses chants de victoire, pourquoi le titre de Logos et Loginna, que nous traduisons par parole, partage, serait-il une énigme indéchiffrable? Pindare en effet dans la l^e Olympique raconte que Tantale ayant convié à un banquet fameux dans sa chère Sypile les immortels qu'il recevait à son tour, Neptune enleva Pélops et le transporta dans le palais de Jupiter : voilà la parole, la vérité, Logos. Que dit-on alors? Quel bruit fit-on courir? Que Tantale avait massacré son fils et en avait servi les membres aux dieux: Voilà le parlage, le mensonge contre lequel proteste Pindare, Loginna. Et cette conjecture nous semble bien près d'une démonstration pour peu que nous méditions sur le sens de cette courte phrase sauvée de la comédie intitulée Logos et Loginna : « Jupiter m'a convié lorsqu'il donnait un repas à Pélops. » — Même en admettant cette traduction (éaxitbv en effet peut parfaitement signifier lorsqu'il donnait un repas), je ne sens pas la force de la démonstration. Collin n'a pas fait attention que le parlage, le mensonge a lieu après le festin donné aux dieux par Tantale, et non avant. D'ailleurs, un bout de phrase, fragment de la description d'un festin, semble se rapporter non à un festin passé, mais à un festin tout prochain auquel est invité celui qui parle.

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Eli! je ne te parle pas de grue, mais de repas ^ » Dans la comédie intitulée Périallos, on voyait Sémélé qui dansait avec ses compagnes ^ : ce qui nous reporte au monde divin, et ce qui, de plus, montre qu'il faut traduire riîpiaXXoç par la Glorieuse et non par le Glorieux. La glorieuse, c'est ici Sémélé, celle qui voulut voir son amant Jupiter dans toute sa gloire et qui fut foudroyée par l'éclat de sa présence. Que faisait le poète de ce dénouement tragique? Nous l'ignorons. Mais la merveilleuse gestation de Jupiter qui, recevant dans sa cuisse l'embryon Bacchus, devient père et mère tout ensemble, nous laisse entrevoir un dénouement qui n'avait rien de terrible. Il y a plus : la pièce du Tonneau (niOoç) pourrait bien êlre une comédie tout allégorique, si, comme je le crois, Platon y fait allusion dans ce passage du Gorgias : « Un homme habile dans Fart des fables, Sicilien peut-être ou Italien, appelait par un jeu de mots cette partie de l'àme (la concupiscence) un tonneau à cause de sa facilité à croire et à se laisser persuader (ix'lQov;, TiiBavo;), et les insensés des profanes (àti.'jY]TO'j^, c'est-à-dire non initiés ou ne gardant rien comme des tonneaux percés). Il comparait la partie de l'àme de ces derniers dans laquelle résident les passions, en tant qu'elle est intempérante et ne saurait rien retenir, à un tonneau percé, à cause de son avidité insatiable. Cet homme, Calliclès, bien différent de toi en cela, pensait que de tous ceux qui sont dans l'autre monde — il entendait par là le monde invisible — les plus malheureux sont les a^ùr^zo^. et qu'ils portent dans un tonneau percé de l'eau, qu'ils puisent dans un

1. Voici l'unique fragment qui nous en reste : Sémélé danse et un artiste lui chante sur la lyre des rondes, et elle se réjouit en entendant les sons harmonieux qu'il eu tire.

crible également percé. Ce crible, disait-il en expliquant sa pensée, c'est Tàme, et il désignait par un crible Tàme de ces insensés, pour marquer qu'elle est percée et que le défaut de croyance et de mémoire ne lui permet de rien retenir. Toute cette explication est assez bizarre \ » J'en conviens, mais elle n'en porte pas moins un caractère à la fois de réflexion et de bizarrerie, qui ne messiérait pas au comique d'Épicharme.

Quoi ciu'il en soit, ce n'est qu'avec beaucoup d'hésitation que je donne comme comédies de circonstance ou de genre ou même de mœurs, les pièces dont les noms suivent : 'Ap-rzayal ou les Rapines % 'EtcvU'.o^ ou le Chant de victoire, XopsuovTs;. ou les Danseurs, Sty,oo\ ou les Théores, les Gras-doubles, les Chytres ou Marmites, rEspéraîîce ou la Richesse, le Rustre, la Mégarienne. La comédie d'Épicharme est tellement mythique -,

et, quand elle ne rappelle pas de vieilles fables, telle- 1

ment allégorique ^ que je me sentirais porté à croire i

qu'il n'a donné que des pièces de ce genre, si je n'étais détourné de cette conclusion par certaines considérations d'histoire littéraire que je développerai plus loin.

Mais, allégorique ou mythique, elle savait descendre sur la terre, comme la comédie morale ou comme celle qui ne peint que des usages populaires et locaux. Je trouve dans les Rapines ce trait dont se sont plus d'une fois souvenus les comiques et même les tragiques latins :

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