Éd. du Méril, t. I, p
COMÉDIE SICILIENNE — ÉPICIIARME ^^ 10!
mal stylé : « Tu vois là cet autre tout près de celui-ci. Tu le prendras facilement. Il est heureux pour l'instant; il a tout à foison. Mais dans son incontinence il vide sa vie comme une coupe \ » Quant à lui (et c'est par là qu'il se distingue de tant d'autres parasites, mis en scène par la comédie moyenne et la comédie nouvelle des Attiques), s'il fait son métier en conscience, il ne peut s'empêcher d'en sentir les misères. « Je dîne avec qui le veut bien; il suffit pour cela que l'on m'invite. Je dîne même avec qui ne le voudrait pas-, sans- attendre l'invitation. Je suis charmant alors, je multiplie les plaisanteries et je loue le maître de la maison. Mais parfois, si quelqu'un se met à contredire ces éloges exagérés, je m'attire des injures et des coups. Puis, bien repu et bien bu, je m'en vais. Je n'ai point d'esclave pour me ramener et pour porter la lanterne devant moi. Je me glisse à travers les ténèbres tout seul; et si je tombe dans la garde de nuit, je tâche de répondre à leurs questions par de bonnes raisons. S'ils ne me rouent pas de coups, ils me fustigent. Et quand je rentre mal en point à la maison, je n'y trouve point de chaudes couvertures pour dormir. Il est vrai que je ne le sens pas d'abord, tant que le vin tient ma pensée oppressée ^ » Tout n'est donc pas rose dans le métier de parasite, et Ton peut supposer que les plaintes du pauvre homme ne s'arrêtaient point là et qu'il ajoutait : « mais le lendemain, quand mon vin est cuvé, je me réveille transi et perclus. » Épicharme d'ailleurs, quoique son art fût né dans les fêtes de Bacchus,
1. Bérenger a trouvé une image analogue, lorsqu'il représente Debraux :
Pouffant de rire ù voir couler sa vie Comme le vin d'un tonneau défoncé.