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L'Espéraiice on la Richesse

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était moins un boiite-en-train qu'un trouble-fête pour les suppôts du dieu. Il leur disait, qu'ils Fentendissent ou non : « Du sacrifice vient le festin, du festin la buverie, — chose charmante à mon gré. — Oui, mais de la buverie le désordre, du désordre la bataille, de la bataille le procès, du procès la condamnation, et de la condamnation les chaînes aux pieds, le carcan au cou et Tamende^ y>

* Il y avait donc certainement un côté moral dans les pièces d'Épicharme, bien que cette peinture des mœurs, à ce qu'il paraît, fût moins en action qu'en paroles, et par conséquent moins dramatique que satirique. Mais il faut dire davantage; et, sans tomber dans les exagérations de Colin -, qui retrouve dans Épicharme le modèle non seulement de la comédie de Gratès et d'Antiphane, mais encore de celle de Ménandre, on peut admettre que certaines pièces du poète roulaient les unes sur les mœurs générales de l'humanité, les autres sur des usages locaux ou sur les mœ.urs de certaines professions. Et, comme je

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1. Fragments incertains. Content sans doute de ce tour, Épicharme Tavait répété ailleurs : « Des mauvaises paroles est venue la dispute, et de la dispute la bataille... » Horace avait certainement présents à l'esprit l'un et l'autre passage, lorsqu'il finissait sa xix*' épître, liv. 1, par ces deux vers :

Ludus enim genuit trepidum certamen el iram ; Ira truces inimicitias el funèbre bellum.

2. Contrairement à notre opinion que c'est la comédie mythologique qui domine dans Épicharme, au point qu'elle se retrouve au fond d'un bon nombre de pièces où Ton est tenté à première vue de voir des comédies de mœurs ou des comédies de genre, Collin écrit ; « Épicharme luimême semble l'avoir senti (que la comédie des dieux n'est pas sans danger), puisqu'il a fini par lui préférer (à la comédie des dieux) le comique de caractère et de mœurs. » Mais qu'en sait-on? Qui possède la chronologie des pièces d'Épicharme? Il n'y en a qu'une, celle des Rapi nés , dont on puisse donner la date approximative. Et encore faul-il pour cela qu'on suppose que ces malheurs dont le poète parle dans cette comédie sont les désordres de la Sicile entre 496 et 488 : supposition probalth', mai> qui après tout pourrait être fausse.

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l'ai annoncé, l'on est conduit à celte conclusion moins encore par les titres de ces pièces et par les fragments insignifiants que nous en avons, que par des considérations tirées de Thistoire littéraire de la Sicile, soit qu'on jette les yeux sur les écrivains qui ont précédé Épicharme, soit que Ton s'attache à ceux qui l'ont suivi.

Moins x\ristoxène , l'iambographe S t^ont nous ne savons rien d'ailleurs, la Sicile n'avait compté que des poètes lyriques, dont le plus grand est Tisias, plus connu sous le nom de Stésichore. C'est dans les débris de son œuvre que nous trouvons des indications précieuses d*où peut jaillir quelque lumière sur le théâtre d'Épicharme ou sur le rôle que l'amour a pu commencer à y jouer. Outre les grandes odes mythiques en plusieurs livres, dans lesquelles Stésichore, selon l'expression de Quintilien, avait soutenu sur la lyre la majesté de l'Épopée, les anciens nous citent de lui deux petits romans sous Torme lyrique, deux légendes amoureuses, vraie nouveauté dans la littérature grecque , telle que nous la connaissons. Je traduis ce que nous savons de Ka!3'ca. f( Aristoxène dit dans son quatrième livre de la musique que les femmes d'autrefois chantaient la chanson de Kalyca. C'était une poésie de Stésichore, dans laquelle

1. Tout ce que nous savons de cet Aristoxène se borne à ces mots d'IIophîEstion, p. 45, éd. Pors. : ^ Aristoxène de Sélinonte fut un poète plu? ancien qu'I^picharme », et il en cite comme preuve ces deux vers de Lono^ et Loginna : « Ceux qui (font) des iambes selon l'anticiue manière qu'a le premier introduite Aristoxène ». Cela ne veut pas dire nécessairement qu'Aristoxène composa des comédies en vers iambiques, comme l'avance Éd. du Méril, p. 269, note 5. Archiloque, Simonide d'Amorgos, Hipponax. Ananios cité par Epicharme avaient fait des iambes; ils ne sont pas pour cela des poètes comiques. Pourquoi Aristoxène n'aurait-il pas simplement fait des satires en introduisant dans la littérature dorienne l'iambe inventé par l'Ionien Arcbiloque? A ce titre, il n'était même pas un de ces iambistes syracusains, analogues aux dikélisles laconiens et aux Phlyaques de l'Italie méridionale.

une femme du nom de Kal3^ca, éprise du jeune Évathle, demande pudiquement à Vénus d'être unie à ce jeune homme. Dédaignée par lui, elle se pendit. Cette malheureuse aventure arriva à Leucade \ Le poète a représenté les mœurs de la jeune femme avec une entière pureté; elle ne veut pas s'unir au jeune homme d'une manière quelconque, mais elle prie la déesse ou d'être la femme légitime d'Évathle ou, si c'est impossible, d'être délivrée de la vie ^ » Cette gracieuse et dramatique légende, dont Stésichore, à ce qu'il semble, avait encore plus développé le côté éthique que le côté passionné, pouvait mettre Épicharme sur la voie de la comédie purement humaine, qui vaut surtout par la peinture de la passion et des mœurs; et il semble qu'elle l'y ait mis en effet. Il y avait bien certainement de l'amour dans la Mégarienne \ comme il y en avait dans la chanson de Stésichore sur Kalyca. C'est sans doute quelque amant éconduit ou maltraité qui dit par dépit à la Mégarienne : « Tu as les

1. Ne serait-ce pas par hasard l'origine des contes que les poètes de la moyenne comédie, et peut-être de l'ancienne, inventèrent et débitèrent sur Sappho, son amour pour Phaon et sur le saut de Leucade?

2. Athcnée, XIV, p. 619, D. — L'autre légende est encore plus dramatique, mais aussi elle est plus compliquée, par cela même elle était moins favorable au développement de Vilhos et du pathos, dans le court espace d'une ode. Car je ne suppose pas que Stésichore eût développé cette légende humaine en plusieurs livres comme il faisait pour les légendes divines et héroïques. Rhadiua est promise en mariage au tyran de Corinthe, et, tandis que son frère part de Samos pour conduire une théorie à Delphes, elle se rend à Corinthe avec son cousin Leontichos, qui est amoureux d'elle. Le tyran soupçonneux les fait meltre tous deux à mort, renvoie leurs corps sur le char qui les a apportés, puis changeant d'idée les fait rapporter et ensevelir (Strabon, VIII, p. 347). Pausanias ajoute qu'on voyait encore de son temps à Samos, le long de la route qui conduisait au temple d'Héra, le tombeau de Rhadina (^t de Leontichos, et que c'était une coutume à ceux i\\n soulTraient de l'amour d'aller prier sur ce tomheau i^VII, ch. v, § i;Vj.

3. Premier exemple de ces noms ethniques désignant la courtisane qui fait le principal personnage de la comédie. Très rares encore dans l'ancienne comédie des Attiques, ces titres deviendront très communs dans la moyenne et dans la nouvelle.

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flancs (avachis) comme ceux d'une raie , le derrière comme une épine tranchante, la tête comme celle d'un cerf (c'est-à-dire aux os pointus perçant la peau comme les cornes d'un cerf), et il n'y a pas de scorpion qui n'ait plus d'embonpoint que toi. » Au contraire, lui a-telle fait bonne mine? Elle devient aussitôt toute perfection : « C'est la chanteuse aux beaux hymnes, qui manie la lyre avec grâce et qui possède toute la science charmante de la musique. » Je n'oserais dire si c'était la Mégarienne, gourmande comme la plupart des courtisanes, ou quelque parasite dédaigneux, qui faisait la petite bouche devant une table chargée de mets trop grossiers, et qui disait : « Voici des boudins, du fromage, des jambons, des artichauts, je ne vois rien qui puisse se manger. » Ces trois courts fragments sont tout ce qui reste de la pièce d'Épicharme; si l'on y ajoute ces quatre vers d'une pièce inconnue : « 0 ma fille! hélas! Je t'ai mariée déjà âgée à un trop jeune homme; et voilà qu'il se passionne pour une autre femme plus jeune, qui de son côté voulait un autre mari ^ »; on aura tout ce qui se rapporte directement dans Épicharme à la comédie de mœurs. C'est assez pour entrevoir et pour avancer qu'il a eu l'intention de toucher à cette comédie. C'est trop peu pour affirmer avec Gollin qu'il a inventé la comédie purement humaine, la comédie universelle; et que même le maître a été plus loin que le disciple (Ménandre) , parce que l'idéal de celui-ci, moins étendu, moins élevé, s'est trop renfermé dans la famille, tandis que l'idéal de celui-là embrassait toute la cité ^

1. Fr., 148, dans la reconsion d'Alirens, à la suite de son ouvrage sur le dialecte dorien. II y a ici en réalité deux fragments distincts qui peutêtre ne se suivaient pas dans Épicharme.

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Non, ce qu'a peint Épicliarme, non seulement en passant dans ses pièces mythologiques, mais encore directement et en soi, ce sont des mœurs locales, des usages, bien plus que les mœurs. Nous en avons la preuve indirecte dans un écrivain de son pays et plus jeune que lui. Les Mimes de Sopbron n'étaient que la comédie d'Épicharme réduite à sa plus simple expression. Avec Sophron, dit Éd. du Méril avec plus de vérité que d'élégance , la comédie sicilienne « renonça aux velléités d'imagination qu'Épicharme y avait introduites, et redevint ce qu'elle était d'abord, un simple dialogue à peine mesuré \ Elle répudia les exagérations de la caricature, s'interdit l'invention comme trop désordonnée et trop arbitraire, et ne se proposa plus qu'un croquis d'après nature, sans commencement ni fm (c'est-à-dire sans doute sans exposition, sans nœud et sans dénouement), une découpure à l'emporte-pièce de la vie vulgaire, que dépoétisaient encore des maximes pédantes et honnêtes ^ » Ce fut une sorte de « plagiat de la réalité ». Xénarque n'ajouta au mime, tel que l'avait fait son père Sophron. que quelques intentions pjus licencieuses et surtout plus satiriques, à l'instigation, dit-on, de Denys l'Ancien qu'il aida de ses plaisanteries et de ses sarcasmes contre les Locriens avec lesquels il était en guerre, et particulièrement contre les habitants de Rhégium, dont il tourna la lâcheté en ridicule, si nous en croyons Suidas. Mais le mime dut être ce qu'était la comédie de genre d'Épi-

\. Suidas écrit même qu'ils étaient en prose (xaTaAoyaôr//. Athénéi^ paraît plus exact lorsqu'il les qualifie de o\ v.xz'XMjièr^'^ ta[i6ot et qu'il ajoute OIov 6 xpôuo; toioOtoç xa\ 6 lô^fo;. Le rythme de ces dialogues était une sorte de cadence intermédiaire entre le mètre et la prose.

2. Hist. de la Com., p. 28i, 285. — Les maximes pédantes et honnête? sont de trop. Sophron multipliait les proverbes et les locutions proverbiales : ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

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charme, moins la fable avec son nœud et son dénouement. Or il est constant que Sophron était un étholoQur ou qu'il peignait les mœurs : cela n'est pas certain seulement par les titres de la plupart de ses mimes [kf lie Ile-mère, le Paysan, la Femme qui soigne la toiletle de la fiancée, les Femmes qui promettent de montrer la Déesse S le Pécheur de Thon, les Vieillards, les Magiciennes et les Femmes à Visthme, deux pièces imitées, dit-on, par Théocrite dans sa Magicienne et ses Syracusaines); cela nous est encore certifié par Fhistorien Diiris, qui rapporte que Platon avait toujours les mimes de Sophron à son chevet, et par Diogéne Laerce, qui prétend que le philosophe les lisait et relisait sans cesse, afin de lui dérober son art du dialogue et son habileté à représenter les mœurs ^ Mais de quelle éthopée entend-on parler? S'il s'agit de ce qu'il y a de plus frappant ou de ce qui saute aux yeux de tout le monde dans les mœurs, Diogéne peut avoir raison. Mais pour une peinture de cette sorte, Platon n'avait pas plus besoin de modèle que Sophron. Il n'est personne qui n'ait assez d'observation et d'esprit pour remarquer, sinon pour reproduire par l'imitation, par exemple, la malveillance si fréquente des belles-mères pour leurs brus, les paroles aigrés-douces dont elles les fatiguent, et leur manie de vouloir mener brus ou gendres. De même pour les superstitieuses, soit qu'elles usent d'incantations et de maléfices pour ramener ou punir un amant infidèle, soit qu'elles promettent de

1. Laquelle? Sans doute Hécate ou la déesse qui, sous un nom quelconque, n'était autre chose que la lune.

2. Aoxsî ôà... IDâtwv... xai r^boTioir^zy.i izpoQ ol'jzol (ta "^lô'^po'^'O^ ^io>^'.% (Diog., liv. m, ch, xvui). Le témoignage de Duris cité par Athénée et celai de Diogéne n'en font peut-être (ju'un, plus complet dans Diogéne que dans Athénée.

faire voir la déesse. Sophron était bien capable de représenter le caquetage des femmes, et il ne faut pas être très fm observateur pour reproduire des dialogues de cette espèce : « Quelles sont, ma chère, ces grandes coquilles? — Des solènes; elles ont la chair fort délicate; c'est le régal des veuves. — Vois ces jolies crevettes, vois ces homards, vois, ma chère, regarde comme ils sont rouges et garnis d'un fm duvet K » Il ne lui fallait que des oreilles pour répéter les solécismes ou les barbarismes courants de la conversation féminine, ou lesproverbes dont il émaillait les discours de ses interlocuteurs du bas peuple, mâles ou femelles, par exemple : plus chauve que la mer plate 2; se portant mieux qu'une citrouille ^ Sophron paraît donc avoir saisi assez exactement tout l'extérieur de la vie vulgaire. Mais une peinture étendue et quelque peu profonde des mœurs, des ressorts intérieurs qui font agir les hommes, je ne la lui attribuerai que lorsqu'on pourra m'en pr.oduire des exemples. Et je dis la même chose d'Épicharme. Ils avaient tous les deux mis en scène le spectacle qu'offre une fête publique , l'un dans ses Femynes à Visthme, l'autre dans ses Theari * ou Spectateurs. Or que lisons-nous dans Athénée? « Épicharme, dit-il, fait mention dans ses Theari de la danse appelée ballismos... Il met en scène les députés sacrés qui examinent à Delphes les offrandes consacrées et en causent en détail. Entre autres choses, ils parlent de — cithares, de trépieds, de chars, de tables d'airain, de vases à laver les mains, de vases à libations, d'urnes d'airain, de cra-

J. Ahrens, de Dialecto Dorlensi, appendice II, fr. o4 et o2.

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