‹ La comédie grecqueChapitre 22 sur 109 · Ath , VIII · texte numérisé non relu

Ath , VIII

monts que nous a laissés l'antiquité. Outre les conaédies iiiylhologiques, qui étaient, à ce qu'il semble, la partie capitale de son œuvre, Épicharme n'avait guère reproduit sur la scène que l'image quelque peu grossie et caricaturée de la vie populaire; et, s'il a touché à la passion et aux mœurs, il ne paraît l'avoir fait qu'une fois, dans la Mégarienne ; encore n'est-ce rien moins que certain. Jusqu'à quel degré de perfection avait-il porté l'art comique dans ce cercle limité? On ne saurait le dire. Et Ton est réduit à répéter sur ce point les appréciations des anciens sans être à même de les contrôler et de les vérifier. L'Anonyme lui prête beaucoup d'invention, d'art, de pensée; et Platon était allé bien au delà de ce jugement, qui est sans doute celui des critiques alexandrins, lorsqu'il élevait Épicharme au niveau d'Homère et que, les pjaçant aux deux pôles opposés de la poésie, il leur attribuait d'avoir atteint, l'un le sommet de la poésie sérieuse, et l'autre celui de la poésie plaisante. Mais comment se fait-il qu'Épicharme n'ait point eu d'héritier; que de ce haut degré où il est censé l'avoir portée, la comédie tombe subitement au mime de Sophron; et que, même après celui-ci et son fils, on n'entende plus parler de la comédie sicilienne, jusqu'au moment où elle eut pour ainsi dire son regain dans la comédie italiote de Rhinton, vers le commencement du iii*^ siècle, c'est-à-dire cent cinquante ans après Épicharme et près de cent ans après Xénarque? Je ne sais vraiment si une fortune aussi étrange peut s'expliquer ou par le dialecte, touchant souvent au patois, dans lequel les œuvres d'Épicharme étaient écrites, ou par la suprématie politique qu'Athènes exerça au v« siècle et qui lui conféra bientôt une sorte do royauté et de tyrannie littéraires. Ne serait-on pas

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porté à supposer que le système dramatique des Siciliens avait en lui un vice constitutionnel qui devait rapidement amener l'impuissance et la stérilité? Tout est question, problème, obscurité dans la comédie sicilienne. Un seul point lumineux brille dans ces ténèbres, c'est qu'Épicharme introduisit la fable dans la comédie et que, par l'introduction de la fable, il constitua la comédie à Tétat d'œuvre d'art et d'œuvre dramatique. Là est son incontestable honneur. Épicharme implanta et laissa sur le sol hellénique une nouvelle forme de poésie, lorsqu'il mourut plus qu'octogénaire, en 454, c'est-à-dire l'année même où Gratinos donna, dit-on, sa première pièce sur le théâtre d'Athènes.

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