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CHAPITRE

COMMENCEMENTS DE LA COMEDIE ATTIQtJE

Légende de Susarion. — Chionidès et Magnes. -- Date probable des premiers concours publics pour la comédie. Que cette innovation, en constituant la censure préventive de Tarchonte, n'eut jamais les mauvais effets qu'elle pouvait avoir sur la liberté de l'art comique. — Procédures légales de la représentation. — Hypothèse de Boeckh sur le nombre des pièces admises à chaque concours. — Heureux effets du patronage et de la consécration de l'État. — Ce que devint entre les mains de Cratinos la comédie inoffensive de Magnés : des lors, division de l'ancienne comédie en deux branches, la comédie politique ou agonistique, la comédie allégorique et morale.

Autrement vivante, autrement riche et variée fut la comédie des Attiques; depuis 468, pour ne commencer qu'au moment où elle fut jouée aux frais et sous le patronage de rÉtat, jusqu'au ii*" siècle avant notre ère, elle ne cessa de produire avec une fécondité incomparable, en se transformant sans cesse; politique et militante avec Gratines, Eupolis, Aristophane et Platon : c'est l'Ancienne Comédie ; — allégorique et littéraire avec Antiphane, Euboulos, Anaxandride et Alexis : c'est la Comédie Moyenne; — morale et purement humaine avec Ménandre, Philémon. Diphile et Apollodore de Caryste : c'est la Comédie Nouvelle ^ — C'est de la comédie attique que l'on parle gêné-

1. Nous verrons s'il v a lieu de réduire ces trois formes à deux.

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ralement, lorsqu'on parle de la comédie grecque; et un savant homme a pu sans mensonge intituler Historia criiica comicorum grœcorum un livre où manque Épicharme. C'est que la comédie sicilienne, comme plus tard la comédie italiote, ne fut à proprement parler qu'une comédie de province. Ni l'une ni l'autre ne sortirent de la ville où elles étaient nées, celle-ci de Tarente, €elle-là de Syracuse, tandis que la comédie attique se répandit après Alexandre sur tous les points où l'on parlait la langue hellénique, comme la tragédie avait tendu à le faire dès le commencement du iv*" siècle ^ Partout, à Alexandrie, -à Antioche, à Pergame, en Asie % en Sicile €t en Italie, comme dans la péninsule entière, les artistes de Bacchus portèrent les œuvres du génie athénien, .tragédies ou comédies, jusqu'à ce que des barbares les missent dans leur langue et les fissent représenter sur un plus grand théâtre, celui de la ville conquérante et maîtresse du monde, qui fit de ce trésor le patrimoine commun de l'humanité. Cet honneur était bien dû à la cité des Miltiade, des Thémistocle et des Gimon, que ses poètes devinssent ceux de la race entière et que, capitale de la Grèce dans sa lutte contre les barbares, elle passât, selon le mot d'un de ses orateurs, pour le prytanée de l'hellénisme et de la civilisation.

1. On pourrait dire pour la tragédie dès le v^ siècle, puisqu'Eschyle alla finir sa carrière en Sicile, Euripide et Agathon eu Macédoine, et que les tyrans de Syracuse et les rois de Pella ne virent jamais sur leur théâtre que des tragédies athéniennes. Mais ces fantaisies royales étaient intermittentes et ne comptent pas à côté de ce mouvement dramatique continu et de plus en plus général qui, au iv" siècle, rayonne d'Athènes sur tout le reste de la Grèce par la circulation des grands acteurs athéniens, qui vont, donner des représentations partout où on les appelle pour embellir les fêtes publiques.

2, Plutarque nous parle môme dans la biographie de Crassus d'une représentation des Bacc/ia/ï^e^d'EuripideàCtésiphon, capitale des Parthes.

Non moins ancienne que la comédie dorienne de Mégare et de Syracuse, la comédie attique lui est pourtant postérieure en un sens : elle bégaye encore dans les essais informes de Chionidès, tandis que celle des Doriens a déjà atteint sa perfection dans l'œuvre d'Épicharme. Il paraît donc probable que la comédie attique, qui méprisait le rire grossier de Mégare tout en l'imitant plus qu'elle ne l'avoue, a dû beaucoup emprunter dans ses perfectionnements ultérieurs au comique syracusain K On peut le reconnaître sans faire injure à son originalité.

Ses origines sont évidemment les mêmes que celles de la comédie mégarique et sicilienne. Elle aussi, elle est sortie peu à peu, et par des transformations qu'il nous est impossible de suivre, des chants phalliques et des colloques plus ou moins grossiers qui se mêlaient aux hymnes joyeux des phallophores et des ithyphalles. C'est ce que dit expressément Aristote, qui ne procédait pas a priori et par conjectures, comme l'ont fait trop souvent les savants postérieurs et les compilateurs ou les scholiastes qui les répètent, en ajoutant leurs ignorances aux explications hypothétiques des érudits d'Alexandrie et de Pergame. On doit donc tenir peu de compte des fables qu'on lit dans Platonius et dans l'Anonyme ^ sur les commencements de la comédie attique ^ Il y en a une cependant

1. Ce qu'il ne faudrait pas toutefois exagérer avec Collin dans sa Clef de la comédie grecque ^ p. 261-278.

2. Ou plutôt dans les anonymes dont les textes sont réunis à la fin de Vllistoua critica, etc., de Meineke et en tête des Scholia in Aristoplianem de la collection Didot.

3. Voici, par exemple, ce qu'écrit un des anonymes : « Ancienuement les gens des bourgs, lésés par ceux de la vMle et voulant les accuser, venaient la nuit dans le dême qu'habitait l'olTenseur, et ils criaient: un tel d'ici a fait telle injustice aux laboureurs: puis ils s'en allaient après avoir dit son nom. Le jour venu, on recherchait l'olTenseur qui, tout confus de se voir découvert, renonçait à des violences ou à des fraudes

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