COMMENCEMENTS DE LA COMÉDIE ATTIQLE W
qui pourrait avoir quelque fondement. On racontait que Susarion de Tripodisque en Mégaride avait le premier introduit la comédie en Attique. Ayant cherché, on ne sait à quelle occasion, un refuge dans le dême des Icariens, qui avaient autrefois accueilli Dionysos dans ces contrées et qui célébraient, sans doute, avec un zèle tout particulier les Dionysiaques champêtres, Susarion avait, disait-on, lutté le premier pour le prix, consistant en une corbeille de figues et un cruchon de vin, avec les Icariens qui se barbouillaient le visage de lie : ce qui leur v^alut le nom de trygodes ou chanteurs à la lie. Trygodie fut, en effet, longtemps synonyme de -comédie. Il aurait donc joué, parmi leslcariens et sans doute dans d'autres bourgs de F Attique, des scènes à demi improvisées, à demi assujetties déjà à quelque espèce de composition et de versification. Aristote, je le sais, ne connaît pas Susarion, dont le nom ne paraît qu'assez tard dans ce qui nous reste de la littérature grecque. Est-ce une raison suffisante pour écarter absolument la tradition qui le concerne? Susarion n'est pas simplement un nom propre comme Évétès, Myllos, Euxénidès. On nous dit sa patrie; on nous apprend parmi quelle espèce de gens il a produit
injustes. Les citoyens, voyant que ces dénonciations étaient utiles à la cité et détournaient de l'injustice, ordonnèrent que ceux qui auraient été lésés aux champs vinssent jouer sur la place publique celui (jui leur avait fait tort. Mais, craignant de le faire à visage découvert, les paysan> se barbouillèrent de boue et de lie pour le faire. Comme l'État retirait de grands avantages de cette coutume, on s'avisa d'instituer des poètes pour bafouer impunément tous ceux qu'ils voudraient. [Fragment anom/me, IV, dans Didot. Même chose, F;\, IX, IX^ X**.) Il est possible que tout ne soit pas faux dans ce conte et qu'il y ait au fond de tout cela le souvenir de scènes charivariques qui avaient lieu plus particulièrement à certaines fêtes, comme chez nous à certains jours du carnaval. Que ces charivaris soient pour quelque chose dans les origines de la comédie grecciae, je l'accorderais volontiers. Mais c'est tout ce qu'on peut retenir de ces beaux récits des anonymes.
ses essais comiques; on nous donne cette information précise qu'il est le promoteur de la comédie soumise à la mesure du vers K On ajoute que tout son art ne visait qu'à exciter le rire, et qu'il introduisait ses personnages sur la scène au hasard et sans ordre ^ Il n'est pas impossible, je l'accorde, que ces détails aient été inventés après coup; cependant leur précision me frappe et peut donner lieu à réflécliir. Je serais donc très porté à croire que la légende n'est pas fausse de tout point, et que ce n'est pas sans raison qu'on a rattaché ainsi la comédie des Attiques à celle des Mégariens. ^,
Longtemps obscure, jouée non par des acteurs de profession, mais par des acteurs volontaires ou par des amateurs qui sans doute ajoutaient ou retranchaient, selon leur caprice, à l'espèce de livret fourni par le poète, la comédie attique ne commença à faire quelque figure qu'aux approches des guerres médiques. On place en effet les premières pièces de Ghionidès vers l'an 488, c'est-à-dire au temps où la comédie sicilienne jetait le plus vif éclat '\
1. Tr,ç iiL\xixpo\i xw[jLa)6îaç àpyj/)yoi; èyévsTo (Scholie surDenys de Thrace, Bekker, Anec, p. 747; — IX** Sch. su Aristoph., éd. Didot). Les anciens déclaraient que les poèmes de Susarion étaient perdus et oubliés. Ils en citaient cependant quelques vers, certainement inauthentiques : « Écoutez, peuples, Susarion dit ceci, lui fils de Philiuos de Tripodisque en Mégaride : C'est un mal que les femmes, et pourtant, ci.oyeus, il n'est pas possible de vivre et de tenir maison sans ce mal. »
2. 01 7rep\ Soucrapîwva Ta TcpôatoTia zTaxTw; sWrjyov, xai yéXwç r,v [xdvwc xb %aTaax£ua!^6tji.£vov (IX^).
3. Voici la courte notice de Suidas sur ce poète : « Chionidès d'Athènes, poète de l'ancienne comédie que l'on dit le protagoniste de la comédie ancienne et avoir fait représenter des pièces huit aus avant les guerres médiques. » Sauf l'inexactitude huit ans avant les guerres médiques, comme si elles commençaient à l'invasion de Xerxès, on peut accepter celte notice. Le mot d'Aristote : « Épicharme qui est de beaucoup antérieur à Chionidès et à Magnés », ne prouve rien, quoi qu'en dise Meincke (27-28), contre la date de 488. Car Aristote ne parle pas ici en son nom.