‹ La comédie grecqueChapitre 3 sur 109 · ORIGINES — COMÉDIE DORIENNE · texte numérisé non relu

ORIGINES — COMÉDIE DORIENNE

Berceau de la tragédie et du drame satyrique d'une part, et de la co^ médie de l'autre. — Y eut-il une comédie lyrique? — Textes d'Aristote^ sur l'origine et les progrès de la comédie, et discussion de ces textes.

— Ce qu'il y a de fondé dans les prétentions des Doriens. — Dikélistesde Sparte, PhaUophores et ithyphalles de Sicyone. — Point de comédie dorienne à proprement parler. — Y eut-il une comédie mégarique? — Thèse négative de Willamowilz et réfutation de cette thèse.

— Faiblesse inévitable de la comédie révolutionnaire de Mégare. — Ce qui prédisposait les Siciliens à inventer la comédie ou à la recevoir et à la développer une fois ébauchée. — Le peu qu'on sait do Phormis ef de Dinoloque. ,^

La comédie eut en Grèce lés mêmes origines que la tragédie et le drame satyrique; elle' aussi, elle est née dans les fêtes de Dionysos ou de Bacchus. Mais, tandis que laT tragédie et le drame satyrique sont sortis du dithyrambe, la comédie est sortie des hymnes ou chants phalliques,

selon le témoignage formel d'Aristote : yevopvr^ à^o

Tcov Ta ^'ùXiyk (àoovTtov). C'est ce que n'ont bien démêlé ni Colin dans sa Clef de Vhistolre de la Comédie grecque ni Édélestand du Méril dans son Histoire de la Comédie, malheureusement inachevée. Le chœur dithyrambique composé de deux parties bien distinctes, au moins depuis

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qu'Arion de Mitylène lui eut donné sa forme savante et définitive ^ d'abord des adorateurs du Dieu, bacchants et bacchantes, puis de son cortège habituel, les silènes et les satyres, donna lieu dans Torigine à une sorte de drame mixte, composé, comme Tétait le chœur dithyrambique lui-même, d'une partie sérieuse et plaintive, et d'une partie rieuse et bouffonne; c'est de là que se dégagèrent avec le temps la tragédie, qui élimina peu à peu la partie burlesque, et le drame satyrique, qui la conserva ou qui la reprit ^ Mais, outre ce chœur, il y avait dans certaines fêtes des chœurs de phallophores etd'ithyphalles, qui ne subsistaient plus du temps d'Aristote que dans certaines villes (a It», xal vjv sv r.oWyXç tcôv ttôXswv SiajjLsvs». vo[At.Ç6^£va), tandis que les Dionysies ou bacchanales étaient certainement célébrées par toutes les villes

1. C'est du dilhyranibe ainsi constitué que sortit la tragédie, et non du dithyrambe primitif et populaire, tel que le diantail Archiloque, le cœur foudroyé par le vin.

Oî5a ôtô'jpa[xêov ot'vfi) Tuyxspa'jvcoOsVç cppiva?.

2. Originairement il n'y avait aucune différence entre la tragédie et le drame satyrique. « La poésie satyrique était anciennement tout entière dans les chœurs, aussi bien que la tragédie de ce temps-là, écrit Athénée; aussi n'y avait-il pas alors d'acteurs. (S'jv£arr,y.e Se xat HaTupixf, Ttaua uot/)atç To -TiaXaibv ex )(opibv, w; v.où t] tôts TpayfoSta* oiÔTrep oùôà uTTOxpixàç cïyov, XIV, p. 630 c.) » Et cette information est complétée par ces mots de l'Etymologicum M. qui lèvent l'équivoque du texte d'Athénée et ne laissent subsister aucune dilTérence entre la Harjpixr, 'koIt^^h; et la tpayioSia : <t Ea tragédie est ainsi nommée parce que la plupart du temps le clîœur se composait de satyres que l'on appelait zpiyoi, c'est-à-dire boucs (Tcayiôta, oxt xà tzoUol ot xopo't èx jaTÛpwv a'jvîcrxavTO, oOç èxaXo'jv Tpiyov;). » La tragédie était donc à l'origine la même chose que le drame satyri(}ue, puisqu'elle était le chant du bouc ou du satyre. Le '< vilem certavit ob îiircum », pour le dire en passant, n'a rien à faire ici. Arislolo, bien avant Athénée et l'Etym. M., avait écrit : « Des fables courtes et du style plaisant, particuliers au genre satyrique dont elle sortait, la tragédie ne s'éleva que tard à la grandeur et à la noblesse. Alors aussi le vers jambi- ((ue remplaça le trochaïque. Car d'abord on s'était servi du tétramètre trochaïque, plus convenableà la danse mimique des satyres.» Poe(., cb. IV. § 3.

()H[(iiNES — coMÉDii: doimknm: ;',

grecques. Ces phallophories, ou fêtes dans lesquelles on portait processionnellement l'image de l'organe viril de la génération pour célébrer l'universelle fécondité de la nature, étaient l'expression grossière et naïve à l'origine de la reconnaissance des hommes pour le Dieu qui leur procurait le fruit de la vigne et généralement tous les fruits de l'automne. Elles se célé[)raient naturellement à la campagne et après la vendange, par une joie bruyante, accompagnée de chants et de danses, et par des banquets où l'on honorait le Dieu en usant largement de ses dons : « Bacchus la^titia) dator. » Dûment arrosés et ne possédant plus guère leur raison, les gens de la campagne couraient de village en village, masqués ou barbouillés de lie, les uns sur des chariots d'où ils lançaient les plaisanteries les plus grossières \ les autres à pied, portant le phallus et invoquant Phalès, le compagnon de Bacchus, ami du Komos ou du banquet. C'est dans les colloques des phallophores entre eux ou avec la foule qui se pressait sur leur passage, bien plus que dans les chants phalliques eux-mêmes, qu'il faut chercher l'embryon obscur de la comédie.

Mais comment ce germe se développa-t-il? A qui doiton la première institution de cette forme de l'art? Par quelles transformations passa-t-elle pour devenir la comédie d'Épicharme et celle de Gratinos et d'Aristophane? C'est ce que les anciens ignoraient eux-mêmes, quand ils avaient assez de bonne foi pour ne pas vouloir affirmer ce qu'ils ne savaient pas. Les modernes avec leur éru-

1. Vuilà probablement l'ori<^ine du coiilc d'Horace, répété cbez nous par Boileau, sur ïhespis barbouillé de lie et sur son chariot. Le poète ou Fauteur grec suivi par Horace avait confondu Ie>! origines du drame comique et celles <lu drame tragique.

dition ne sont pas dans des conditions plus favorables. Ils paraissent, sur les origines de la comédie, condamnés à une ignorance à peu près invincible. En lisant dans quelques inscriptions béotiennes les mots Toaywooç, xwjjlwooç et un peu plus bas Tzovf^-zr.ç Tpaywouov, T.ovr^Tr^^ xojjjl wouoVy

et dans ce dernier cas le nom de l'acteur à côté de celui du poète, on a supposé Texistence d'une comédie lyrique comme on supposait une tragédie lyrique; et comme celle-ci paraissait l'intermédiaire naturel entre le dithyrambe ou le chœur cyclique et le drame tragique, on a regardé cette comédie lyrique comme la transition entre les chants des phallophores et la vraie comédie. Mais on peut identifier la tragédie lyrique avec le chœur cyclique ou le dithyrambe, puisqu'il s'appelait tragédie ou chant du bouc ou du satyre ^ ; et cette identification détruit les conclusions tirées des inscriptions béotiennes. Car alors la tragédie lyrique iie serait plus le passage du dithyrambe au drame tragique; elle ne serait que le point de départ de ce drame, comme tout le monde en convient. Quant à la comédie lyrique, je ne sais avec quel genre de piéXoç on pourrait l'identifier. Les chants des phallophores ne paraissent pas avoir constitué un genre littéraire de poésie qui avait ses concours comme le dithyrambe. Il se pourrait donc que la comédie lyrique fût un genre tout local, qui, de plus, n'aurait pris naissance qu'après les succès éclatants de la comédie sicilienne et de la comédie attique ^ Jusqu'à plus ample informé, on

1. Dans ce sens on pourrait allriluior des tragédies à Pindare. INIai^ la notice de Suidas, que Buckli trouve juslilée par les inscriptions béotiennes, n'en serait pas moins fautive. Car elle place ces Irngédies après l'cnumération des poèmes lyriciues de Pindare, comme si elles étaient distinctes de ces poèmes,

2. lioclch, qui a pul)lié le premier à la suite de son Économie politique

-^ OUI GJ NES — COMÉDIE DOlUKNNi: 0

fera bien de ne pas faire trop de compte des trois textes épigrapliiqucs béotiens ni des inductions qu'elles ont suggérées. Je me bornerai donc, sur les origines et les obscurs progrès de la comédie, à citer deux textes importants de la Poétique d'Aristote et à y ajouter quelques €ommentaires. La tragédie et la comédie imitant par l'action, « c'est pour cela que ces sorjes d'œuvres s'appellent dra??ies, et c'est pour cela aussi que les Doriens en revendiquent l'invention. Au sujet de la comédie, les Mégariens de la péninsule ' allèguent la démocratie qui dominait alors chez eux; et ceux de la Sicile citent le poète Épicharme, Sicilien, fort antérieur à Chionidès et à Magnés (d'Athènes). Quant à la tragédie, elle est réclamée par quelques Doriens du Péloponnèse ^ Et les uns et les autres en appellent à l'étymologie en faveur de leur prétention. En effet, selon les Doriens, une bourgade s'appelle <-hez eux Gômê et chez les Athéniens Dême; le nom de comédie ne viendrait pas alors du verbe ^ Komazein (faire

des Athéniens les trois inscriptions auxquelles je fais allusion, ne fait guère remonter la première avant la liO« olympiade (220 av. J.-C ). La troisième n'a pu être rédigée (jue sous les empereurs. Quant à la seconde., remonte-l-elle plus haut que la première? J'attends un texte épigraphiciue à peu près contemporain de Pindare ou plus ancien pour admettre, parmi les |xO./) du grand âge de la poésie lyrique grecque, un genre particulier qui se serait appelé Ka>(jL(oS;a.

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