‹ La comédie grecqueChapitre 30 sur 109 · COMMENCEMENTS DE LA C(>MÉDIE%ATT1QL E · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA C(>MÉDIE%ATT1QL E

fait connaître. Prétendre en découvrir davantage, c'est abus et charlatanisme d'érudition.

Enfin, puisque Magnés fut abandonné dans sa vieillesse du talent de plaisanter et de railler (to-j a-xw-TcV/» k-tltv^H■r^)^ il le possédait donc dans son bon temps. Mais qu'était-ce • que ces o-xtbijLjjLaTa? De quel ton étaient ces railleries et à qui s'adressaient-elles? Qu'elles aient consisté souvent en personnalités plus ou moins mordantes, on ne saurait en douter, lorsque Ton considère les origines de la comédie. Souvenir des colloques entre les ithyphalles et les passants qui ne se ménageaient pas les gros mots, ni les apostrophes insolentes et grotesques, ni les plaisanteries les plus salées, elles prenaient à partie les citoyens décriés ou simplement ridicules par leurs défauts physiques, par * leurs travers d'esprit ou par leurs mésaventures. Elles n'étaient que l'écho retentissant des propos et des commérages qui se débitaient dans les boutiques des barbiers, dans les gymnases ou sur la place publique. C'est ce qu'il faut conclure d'ailleurs de certains mots de la Poétique. Puisqu'Aristote affirme que Cratès fut le premier qui s'écarta de l'ioéa laijiê'.xr, ou de la satire personnelle à la façon d'Archiloque et d'Hipponax, pour inaugurer une action fictive et générale, il nous dit par cela même que jusqu'à Cratès la satire personnelle était le but et le fond du drame comique. Rien ne prouve toutefois que Magnés, non plus que Chionidès, ait jamais mis sur la scène des personnes vivantes, ni qu'il se soit permis de bafouer les magistrats et de vilipender les institutions. La comédie n'était pas assez sûre d'elle-même pour aspirer à régenter l'État, ni assez ingrate pour médire injurieusement de l'homme politique qui venait de lui faire donner droit de cité.

Deux au moins des comédies de Magnés auxquelles Aristophane fait allusion, les Lydiens et les Barbitistes, se rapportent à la critique, souvent renouvelée depuis, de la danse et de la musique. Dans Tune, Magnés paraît avoir tourné en ridicule ceux qui introduisaient dans les chœurs les danses molles et efféminées, à la manière des Lydiens; dans l'autre, ceux qui chantaient au son du barbitos, sorte de lyre inventée par Terpandre ou par Anacréon, et que les connaisseurs et surtout, les hommes politiques plaçaient au nombre des instruments méprisables, qu'il aurait été contraire à la bonne éducation de faire apprendre à la jeunesse \ Je ne chercherai pas quel pouvait être le sujet des Psênes ou Ginips du figuier, parce que toute donnée nous manque pour former même des conjectures qui ne soient pas purement gratuites ^ Les Lydiens et les Barbitistes me suffisent pour entrevoir quelque chose de l'objet des railleries de Magnés. Ses critiques les plus hardies se bornaient probablement à attaquer ceux qui, en corrompant les arts, corrompaient la cité, avec les admirateurs de la musique et des danses efféminées, avec les poètes tragiques ou dithyrambiques qui introduisaient une telle musique et de telles danses dans les Agones ou spectacles publics. Nous avons un spécimen de ces hardiesses dans les deux vers suivants du pseudo-Ghionidès : « Non, par Jupiter, Gnésippe ni Gléo-

1. Parmi les instruments qui ne sont propres qu'à exciter des sentiments voluptueux, Aristote mentionne la pectis, le barbitos et la sambuque, variétés de la harpe. {PoL, IX, 6, et non VIII, 6, comme l'indique Meineke).

2. Lorsqu'il s'agit de comédies dont les titres sont relatifs à des institutions, à des particularités de mœurs connues ou à des professions et métiers, on peut se faire en gros une idée non du plan, mais du sujet (le ces pièces. Mais allez donc par exemple deviner le sujet des Grenouilles d'Aristophane sur le titre seul!

Page 1