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2. KpaTivoç èï o Tr,; xw'X'jjSia; tcoiyjt/iî STità upo; Tot; £vsvr,xovTa stît:'/
qjourir à ce compte la 2' année de la 89' olympiade (423) ; ce qui porterait sa naissance vers 520. Mais, alors, il me paraît bien difficile qu'on place la date de ses premières pièces en 454, comme fait Bernhardy d'après la chronique d'Eusèbe. Ce n'est pas d'habitude à soixante-six ans qu'on commence à écrire pour le théâtre, ni même à s'y distinguer et à y faire une révolution. Que la plus ancienne des pièces qui nous sont connues par leur titre et par quelques fragments, la comédie des Archiloques, ne soit pas antérieure à la ¥ année de la 82' olympiade (448), je le veux bien; mais ne pourrait-elle avoir été précédée de beaucoup d'autres dont nous n'avons pas la moindre notion, parce qu'elles s'étaient perdues de bonne heure et que le souvenir en avait été effacé par l'éclat d'œuvres plus parfaites? Ou Gratines n'a pas vécu quatre-vingtdix-sept ans S et n'? point par conséquent commencé à travailler pour le théâtre lorsqu'il était déjà plus que sexagénaire, ou il a débuté bien avant 454, et toutes les pièces dont nous avons les titres appartiennent à la dernière partie de sa carrière. Dans tous les cas, quelque respect que je professe pour l'érudition, je n'admettrai jamais, à moins d'avoir un acte authentique sous les yeux, qu'on s'avise de se faire poète comique après avoir passé la soixantaine. Peut-être n'est-ce qu'à cette date tardive que la comédie de Gratines devint décidément politique. Peut-être s'était-elle tenue jusque-là beaucoup
eêîtoat, xa\ Trpbç tû xiXzi loO pîou ôiSocEaç tyiv II'jtîvr,v xa\ v'-xr^caç [xît oO TcoXù ExeAeÛTa (§ 25).
1. Ce que j'admets volontiers. Car le? auteurs de curiosités comme l'auteur des Ma>tp6êiot soûl fort sujets à caution. C'est pourtant la seule supposition, quoique très probable, que M. Couat n'a pas faite dans un article très soigné et très ingénieux, mais très peu probant sur la mort de Cratinos. {AnJiales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 2« série, no 3.)
DEVANCIERS D'ARISTOPHANE liT
plus près de la comédie sicilienne, tout en lançant de temps à autre des traits malins contre les vicieux ou les ridicules du temps, mais sans oser encore se jeter dans la mêlée des passions et des affaires publiques, en élevant tribune contre tribune. Il semble, en effet, qu'à mesure que l'ascendant de Périclès s'accroît dans la république, les colères de l'aristocratie deviennent plus âpres et les poètes comiques plus agressifs et plus hardis. Mais dans cette hypothèse même l'âge du poète ferait encore difficulté. Il n'est ni ordinaire ni vraisemblable qu'un homme de génie cherche et trouve enfin sa voie après la soixantaine. Il faut donc renoncer absolument à l'information du pseudo-Lucien sur la longévité de Gratines, à moins d'admettre une chose invraisemblable jusqu'à l'impossible ou des suppositions gratuites comme celles que je lis dans un article de M. Gouat sur la mort de Gratines *. Ce qui est certain, c'est qu'il était vieux en 424, lorsqu'Aristophane fit représenter les Chevaliers ; et il est extrêmement probable qu'il était mort en 421, lorsqu'Aristophane fit représenter la Paix; et, ne voulant pas être plus malin que
i. Je parle des suppositions qui remplissent toute la page 79-80 de cet article : 1^ qu'après la Bouteille Gratines n'existe plus pour la poésie; 2» qu'il ne fait plus représenter que d'anciennes pièces mythologiques retouchées. La décrépitude intellectuelle de Cratinos et l'information du faux Lucien sur son long âge sont le fondement de ces hypothèses inacceptables. Or l'information de Lucien peut être tenue pour non avenue, lorsque Ton connaît le peu de diligence des compilateurs de curiosités. Quant à la décrépitude du poète, c'est Aristophane seul, lequel voulait écarter cette vieille gloire de son chemin, qui en parle. Mais la victoire de Cratinos en 423, et même ses demi-défaites convainquent Aristophane de mensonge. Ce n'était pas un radoteur et un idiot que celui qui venait le second en 425 et 424, lorsqu'Aristophane avait le prix. Autrement il faudrait supposer que le jeune Eupolis était encore au-dessous de cet idiot, puisqu'en 425 il n'était que le troisième. Il n'y a donc aucune raison de supposer que Cratinos n'a rien produit pendant les vingt ans et plus de vie dont le gratifie M. Gouat, après sa victoire de 423. S'il n'a rien produit, c'est qu'il n'était plus.
Ii8 '^ LA COMÉDIE GRECQUE
Meineke, qu'Ol. Mûller et la plupart de nos devanciers, je crois qu'on doit prendre à la lettre cette mauvaise plaisanterie du poète rancunier : « Il est mort lors de l'invasion des Laconiens. — Et comment? — Gomment? il est tombé en défaillance, n'ayant pu supporter de voir défoncer par eux un tonneau plein de vin '. » Admettons qu'il avait alors (vers la fm de 423 ou en 422) soixante-quinze ou soixante-dix-sept ans, et toutes les difficultés sont levées. Il avait cinquante-trois ou cinquante-quatre ans ^ non pas lorsqu'il débuta au théâtre, mais lorsqu'il prit décidément le pas sur ses rivaux; ses plus grands succès tombent entre 448 et 431 ; mais, à mesure que Ton approche de cette dernière date et surtout de 427, les succès sont plus disputés, non peut-être qu'il décline, mais parce quïl trouve devant lui de jeunes rivaux que ses exemples ont formés. C'est tout ce que nous pouvons entrevoir, je ne dirai pas de sa biographie, mais de sa vie dramatique.
Deux choses seulement paraissent certaines , c'est d'abord qu'en 448, lorsqu'il fit représenter les Archiloques, les poètes comiques étaient déjà nombreux à Athènes. « De quel essaim de sophistes (c'est-à-dire d'habiles gens.
1. Mais àulôavsv ne veut pas nécessairement dire qu'on est niorl, témoin les deux vers 15-16 des Acharniens. Sans doute, lorsqu'une personne qui parle dit : Je mourus, je suis morte, cela doit se prendre au figuré. Mais lorsqu'on dit d'un absent: il est mort, sans que le contexte modifie le sens propre du mot, on ne peut l'entendre que d'une vraie mort, ou l'auteur écrit pour n'être pas entendu. — Mais le rapprochement de Sophocle et de Gratinos semble indiquer qu'Aristophane désigne deux personnages encore vivants. Peut-être, mais pa? nécessairement. Si je voulais raffiner comme M. Couat, je dirais à mon tour que la différence des questions Tt Tipàriei i]ocpox).ri;; Kpaûvo;... eaTiv, semble indiquer que l'un est vivant et l'autre mort.
2. Sophocle avait presque cet âge lorsqu'il fit représenter Antigone, la première en date des Iragédies ([ui nous restent de lui.
(le poètes ') vous avez fait provision », lisons-nous clans un fragment de cette comédie,
Ce qui suppose, si je ne me trompe, que la comédie attique était déjà dans tout son éclat et que par conséquent elle avait reçu de Gratinos sa constitution définitive. En second lieu, elle devait déjà s'être enhardie jusqu'à la licence. Gratinos ne se contentait pas dans les ArcliUoc/ues de s'attaquer à je ne sais quel obscur et sale mignon, dont il dit avec le cynisme sans vergogne qu'imiteront Eupolis et Aristophane, que, même lorsqu'il dort, son derrière fait des conquêtes,
...E'JOOVTl O'aipsi TûptOXTOÇ,
exactement comme les pêcheurs prennent le poisson durant leur sommeil. Mais nous apprenons du scholiaste de Lucien qu'il bafouait dans cette pièce les plus illustres citoyens, entre autres Gallias, fils d'Hipponicos, qu'il accusait d'être criblé de dettes et d'avoir été forcé, pour éviter un procès scandaleux, de donner trois talents à je ne sais quel Phocos dont il avait suborné la femme ^ G'est même à cette audace et à cette licence satiriques, importées
1. C'est le sens que Clément d'Alexandrie et Diogène {Proœm., § 12) donnent au mot CTocptaTôjv. Je ne cite que le texte de Clément {Stroiuates^ 1, ch. xxiiij : Kpa-rîvoç h xoîç ' Apy^Ck6xo<.<; uoiYixà; xaraXé^a^; scpr^ OIov x. T. \.
2. Meineke croit que le scholiaste confond le grand-père et le petitiils et que le Callias, dont parlait Gratinos, étant le grand-père, l'accusation de dettes et d'adultères ne peut lui convenir. Mais parce que vous êtes rangé et sévère dans votre vie, est-ce une raison pour qu'un comique ne vous accuse pas de courir les filles et de vous ruiner? Je n'ai pas aussi bonne opinion que Meineke de la véracité et de riuipartialilé des comiques.
par rimpétueux Gralinos dans la comédie athénienne, que semble faire allusion le titre de la pièce. Car le chœur se composait d'une multitude d'Archiloques , qui ne représentaient point des calomniateurs comme le dit 01. Millier, mais, comme le veut Bergk, des censeurs hardis poursuivant le vice et les vicieux de leurs sarcasmes amers et impitoyables. La comédie (Jonc jouera désormais le même rôle qu'Archiloque dans ses iambes violents. Dénigrante, injurieuse, sottisière, cynique, ne ménageant pas plus la pudeur des auditeurs dans ses inventions et dans ses paroles, qu'elle ne ménage l'honneur des personnes dans ses invectives, elle méritera qu'un des plus grands railleurs de l'antiquité dise d'elle qu'elle « était habile à ridiculiser les choses respectables et à bafouer ce qui était bien * ».
Gratines fit donc de la comédie un pamphlet en action. Il appartenait à ce parti que Grote appelle les démocrates stationnaires, d'où devaient sortir les oligarques, qui jouèrent un si triste rôle, d'abord sous le nom des Quatre- Gents, puis sous celui des Trente. Mais il faut le dire, ce parti était encore en général composé d'honnêtes gens et de vrais patriotes, dont le principal défaut, quel que fût d'ailleurs leur esprit, était d'avoir ces idées et ces sentiments étroits, mesquins, tracassiers, qui semblent l'apanage des conservateurs quand même. Leur héros et leur idole était Gimon, excellent citoyen en face de l'ennemi, mais dont les lumières politiques étaient loin de répondre à l'habileté militaire. « J'espérais, moi le scribe Métrobios, fait dire Gratines à un des personnages de ses
1. Lucien qualifie Eupolis et Aristophane de "AvSpa; ôeivoùç èTrcxepTo- (jLTiaai xà Œ£[xvà xai ^^Xeuiaat rà xaXcbç e'/ov-ua. (XLVII, cli. xxxni. — Idées, analogues^ XV, ch. xxv.)
DEVANCIERS D'ARISTOPHANE loi
Archilofjuesy que je passerais toute ma vie en charmant ma vieillesse dans un banquet, avec cet hommes divin et si hospitalier, Gimon, le meilleur de tous les Grecs qui aient jamais existé; mais il m'a quille et est parti avant moi \ » Les rancunes et les attaques de ce parti contre Périclès semblent être devenues plus violentes après la mort de Gimon, lorsqu'il eut à sa tête Thucydide, fils de Mélésias. G'est alors aussi que Gratinos commença à harceler le grand homme. Il se moquait, chose fort innocente, de ses sourcils contractés pour se donner un air grave et majestueux (àviXxTai; ocpp-jT», tî^avov) ^, et de la forme de sa tête, qui est un sujet inépuisable de plaisanteries pour les comiques :
« Avec sa tête d'oignon marin, s'avance notre Jupiter qui, depuis que l'occasion (de le frapper) d'ostracisme est passée, semble porter FOdéon sur son crâne ^. »
Le poète, en même temps qu'il ridiculise le physique de Périclès, et sa fureur de bâtir aux dépens du trésor public, cherche à attirer l'envie et les craintes du peuple sur lui en l'appelant Jupiter, ce qui équivaut à despote. G'est dans le même but qu'il le nomme ailleurs « Pandionide, roi d'une terre fertile en projets ^ ». Il voudrait bien jeter du mépris sur son éloquence, qui était tout son pouvoir et toute sa royauté, et dont l'empire sur le peuple était aux yeux des Bons une insupportable tyrannie.
1. Ce fragment aide à fixer approximativement la date des Archiloques.