‹ La comédie grecqueChapitre 35 sur 109 · Les femmes thraces · texte numérisé non relu

Les femmes thraces

4. On ne voit pas bien ce que signifie i-ci l'épithète d'spiêcoXaxo; (fertile,

« 0 toi, s'écriait-il quelque part S la plus grande de toutes les langues grecques! » Pour le rendre odieux, il lui fabriquait une généalogie mythologique à la façon d'Hésiode :

« La Discorde et le vieux Saturne, s'étant accouplés, ont enfanté le plus grand des tyrans, celui que les Dieux nomment Képhalégérétès ^ »

Et ce qu'il y a de plus insupportable, c'est que ce Jupiter a mis sur la tête des hommes libres une Junon de mauvais lieu :

« L'impudicité (mais ce mot ne traduit que grosso modo la force cynique du mot KaTaTïuyoa-uvTi) a mis au monde une nouvelle Junon, courtisane aux yeux de chienne ^ »

Des moqueries, des injures, de gros mots, voilà tout ce que la haine de Gratinos trouve contre Périclès. Quant au seul fait qu'il articule contre lui, l'accusation tourne en dépit du poète contre son propre parti. Il n'y avait pas d'intrigue, pas de ressort que les conservateurs du temps n'eussent fait jouer pour empêcher la construction des longs murs qui joignirent le Pirée, Phalère et Munychie à Athènes. Mais, outre ces longs murs, il y en avait un intermédiaire qui devait rejoindre Phalère et le Pirée, et que Périclès, pour une raison ou pour une autre, ne se hâtait pas de faire construire. Alors les honnêtes gens qui s'étaient opposés de toutes leurs forces au projet tout entier, crièrent par la bouche de Gratinos :

i. Fr. inc, 293.

2. Comme Jupiter Nephélégérétès (assemble-nuages). Le mot de Képhalégérétès ne paraît pas avoir grand sens en lui-même, mais par Tun des mots qui le forment, Képhalé, il rappelle la tète oblongue de Périclès, et par l'autre son assimilation avec Jupiter.

3. KuvœTitç rappelle répithèlc de êotoutç donnée tant de fois à Junon dans Homère. — Ces deux derniers textes sont des Chirons.

DEVANCIERS D'aRISTOPHANE \W.\

« Il y a longtemps que Périclès bàlit le mur en paroles; mais en fait l'ouvrage n'avance pas \ »

C'est là, comme on voit, de l'opposition quand même, dans le goût de celle que fait trop souvent la presse chez nous. Les comiques n'en connaissent guère d'autre; et c'est une singulière hallucination historique que de les transformer en grands patriotes et en hommes d'État.

Ils mêlaient aussi, comme notre petite presse, aux cancans politiques, les cancans sur la vie privée; et cela, avec une licence et un cynisme que n'oseraient se permettre, grâce à nos lois, les plus débordés de nos calomniateurs à gages ^ Les nôtres au moins sont forcés de mettre quelque forme dans leurs diffamations les plus venimeuses; les comiques athéniens n'en mettaient aucune dans leurs invectives, et, s'ils n'étaient pas plus dangereux, il leur était permis par les privilèges des Dionysies d'être plus outrageux et plus grossiers. Pour Gratines, il n'y a pas d'homme du parti populaire qui ne soit un voleur; il n'y en a pas qui ne soit un infâme. La pudeur de notre langue et les convenances ne permettent pas de traduire même approximativement ce qui nous reste des aménités du vieux comique contre Alcibiade, contre Xénophon, un des généraux athéniens qui conduisirent Texpédition de Samos, ni contre l'orateur Androclès ou contre je ne sais quel Aristodême, que le poète accuse d'aller souiller de ses infamies les tombeaux de la famille de Gimon.

Gratines était trop bon conservateur pour ne pas haïr la

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