‹ La comédie grecqueChapitre 36 sur 109 · Fr. inc · texte numérisé non relu

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2. Hélas! cela était encore vrai, lorsque je faisais ce cours sur le liiéà- Ire atticjue en 1866. Pourrait-on encore le dire aujourd'hui? Les gros mots, sinon les mots cyniques, sont devenus de mode. El le mal a passé de la petite presse à une bonne partie de la grande.

philosophie et les philosophes. Il leur avait consacré une comédie spéciale, Ilavo-Taf, ou les Fureteurs de toutes choses, semblables à cet Argus auquel était réservée l'épithète sacramentelle de Panoptès, parce qu'il voyait tout de ses mille yeux toujours éveillés. Il les gratifiait donc de deux têtes et d'yeux innombrables.

Quant à leur chef Hippon, il était naturellement athée, et Cratinos lui prêtait sur le ciel des opinions semblables à celles qu'Aristophane attribuera à Socrate. Au lieu de voir dans le ciel ou la suprême divinité (Zeus-Héra), ou le séjour incorruptible et bienheureux des Dieux, l'Hippon de Cratinos n'y voyait qu'un vaste étouffoir, qui nous enveloppe de toutes parts comme des charbons qu'on veut éteindre K II s'était moqué dans les Cléobidmes du sophiste Polos, fier adolescent à la belle crinière, ayant enclume et marteau % comme il se raillait dans la Bouteille de Ghé-

1. On ne sait à quelle date Hippon de Rhégium vint à Athènes et y fit assez de bruit pour être pris à partie par le comique. Ce ne peut être qu'avant les accusations portées par les conservateurs contre Anaxagoras pour chagriner Périclès son ami, ou bien après la condamnation et la retraite de ce philosophe. Sans quoi, si les Panoptse étaient tombés dans le temps où l'on intriguait contre Anaxagoras, c'est probablement, je pourrais même dire certainement, ce sage que Cratinos aurait pris pour objet de ses attaques.

2. C'est-à-dire agent et patient dans les amours à la grecque. J'ai traduit d'après l'édition Didot qui écrit Polos. Mais Kock écrit ce mot avec une minuscule, et le vers devient pour moi une énigme indéchiffrable : ce qui ne serait pas bien étonnant sans doute, les Cléobulines semblant avoir été dictées par la passion dont s'éprirent les Grecs des vi^ et v* siècles pour les énigmes et les logogriphes. Mais les Cléotmlines étant une pièce politique, il est probable (pie les énigmes qui s'y rencontraient faisaient allusion aux choses du moment et étaient parfaitement intelligibles; or ce passage, tel que l'écrit Kock, est pour lui peu intelligible : u Est senigma, dit-il, ambiguœ interpretationis. » 11 aurait pu ajouter que rien ne serait plus inutile et plus froid que veavîa; avec IIwao; employé comme nom commun.

DEVANCIEUS D'ARISTOPHANE 15:.

réplion, disciple de Socrate, à cause de sa pauvreté et de sa gueuserie mal peignée. Par la même raison, Gratines consacra deux comédies, les Femmes thraces ^ et Troplionios^ aux superstitions étrangères : car les nouveautés religieuses n'inquiétaient pas moins les conservateurs que les paradoxes philosophiques.

Il faut le dire. Gratines n'épargnait pas plus ses confrères en poésie, que les politiques, les philosophes et les faiseurs de propagande religieuse contraire aux croyances des ancêtres. Si les tragiques Philoclès et Acestor ne pouvaient honnêtement se plaindre de Gratines, parce qu'il ne leur reproche que de manquer à leur art, à l'un d'avoir gâté un beau sujet, à l'autre de ne pas savoir ranger et distribuer les parties de ses drames, Gnésippos, fils de Gléomachos, pouvait déjà trouver que la satire passait les bornes dans ces vers des Bouviers :

c( (Il s'est trouvé un archonte) pour refuser un chœur à Sophocle qui le demandait et pour le donner au fils de Gléomachos, que je ne juge pas digne qu'on lui confie de faire représenter une pièce, même dans les Adonisies. »

Mais du moins la critique était suffisamment déguisée. Elle s'étale, au contraire, dans ces vers d'une autre comédie ^ :

« Au diable le fils de Gléomachos et sa tragédie avec son chœur d'épileuses qui, à la façon lydienne, épilent et gâtent les vers (empruntés à autrui). »

1. Il n'y a à ma connaissance que Ern. Curtius qui voie dans le titre (=)paTTac une allusion à la colonisation de la Ttirace par les Athéniens {Hist. gr., II, p. 601). On admet généralement que le sujet se rapportait à la déesse Ihrace Bendis, très mal vue en ce moment à Athènes, où bientôt elle allait avoir un culte public, sinon dans la ville môme, au moins dans le Pirée.

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