‹ La comédie grecqueChapitre 37 sur 109 · Les Heures (ou les Saisons) *ûpat · texte numérisé non relu

Les Heures (ou les Saisons) *ûpat

Le malin poète reprochait deux choses à Gnésippe, et d'arracher brin à brin, poil à poil, les vers d'autrui pour se les approprier, et de les efféminer, de leur donner un air de prostituées en les accommodant aux molles et lubriques harmonies de la Lydie, sans compter que jouant sur les mots tIXX£',v iKé\y\, qui peuvent vouloir dire ou épiler les membres ou piller des vers, il donne à entendre que Gnésippe était aussi mou et aussi dissolu dans ses mœurs que les courtisanes.

Cette juridiction universelle que s'arrogeait la comédie parut bientôt si insolente que moins de huit ans après les Archiloques, en 440, l'archonte Morychidès, soit à l'instigation de Périclès, soit par un excès de zèle qu'on ne lui avait pas demandé, fit passer un décret qui défendait de jouer personne par son nom (p, xtoij-toosiv ovoaao-:'!). C'était bien naturel, sans doute, lorsque l'on considère les excès auxquels se portait déjà la comédie. Mais c'était si contraire et aux mœurs d'Athènes et à l'impulsion libérale donnée par Périclès à la constitution, que l'archonte Épigénès deux ans après leva l'interdiction et que l'Ancienne Comédie reprit son cours. Elle eut donc dès le temps de Cratinos le caractère à la fois politique et personnel qu'elle conserva jusqu'à la fin.

Sauf la tendance réactionnaire et ultra- conservatrice que nous venons de signaler, nous connaissons bien peu de chose de Cratinos, cet Eschyle comique, que les anciens s'accordent à reconnaître pour le vrai père de l'Ancienne Comédie. Aussi, avant d'essayer de saisir quelques vestiges de son talent à travers les tristes débris qui restent de son œuvre, je rappellerai les principaux jugements des anciens.

Ce devait être un très grand poète, d'après le témoi-

DEVANCIEllS D'ARISTOPHANE i:.7

gnage non suspect d'un contemporain et d'un rival. « Notre poète, écrit Aristophane dans la parabase des Chevaliers, se souvenait de Cratinos, qui, emporté par un torrent d'éloges, roulait impétueusement par la plaine ', et charriait ensemble les platanes et les chênes déracinés, et ses adversaires renversés de fond en comble ^ Alors on n'entendait retentir dans les banquets que ces chants de Cratinos : « ô Doro ^ aux pieds ornés de figues » , ou bien : « architectes d'hymnes ingénieux » : tant il était alors florissant! » Et ce qui suit n'est pas un moindre éloge de l'œuvre du vieux poète, bien qu'x4ristophane oppose malignement le glorieux passé de Cratinos ji son triste présent. « Mais maintenant, en le voyant délirer, vous ne prenez pas pitié de lui, bien que tombent les chevilles de sa lyre, et qu'il en voie les cordes se détendre et les harmonies s'évanouir. Il erre dans sa vieillesse comme Connas, avec une couronne desséchée et tout mourant de soif*, lui

1. La bizarre et froide idée d'un scholiaste qui cherche dans le mot pc'jcraç une mauvaise équivoque! Aristophane ne ferait-il pas par hasard allusion à Tivrognerie de Cratinos, forcé de recourir souvent au «. pot (ju'en chambre on demande »? \ xb pô-j^a; etui axtoTr-rtov irpb; to èvo'jpsTv Tov Kpa-cîvov.

2. Je regrette de me servir de cette mauvaise expression. Si notre langue n'était pas devenue si prude et avait conservé (iiielque chose de l'ancienne crudité du xvi^^ siècle, la vraie traduction de Tépithète upoôs- X'j[jLvouç, quant au sens, serait cul par-dessus tète. Les rivaux de Cratinos étaient comme des arbres déracinés, gisant tête en bas, racines en l'air. Mais l'équivalent français serait loin de l'élégance du mot grec.

3. Nulle traduction ne peut donner une idée de l'élégance et de la méchanceté de ces mots Atopoï auxoTréôi/.c. Fabriquant le mot Awpw à l'imilation et d'après l'analogie des noms propres attiques 0aAXÙ), Kapuw, 'Au^o), Cratinos augmente l'Olympe d'une nouvelle déesse, celle de la vénalité, et par l'épithète auxouéôiXe il rappelle le moyen par lequel elle enrichit ses adorateurs, la délation ou le sycophantisme. Il raillai! par là, dit le scholiaste, quelque mercenaire sycophante, iixtouTtov ô£ Tiva owpoôôxov xai auxocpàvxrjV toOto eitts.

4. Par une cruelle malice, Aristophane applique à Cratinos ce que celui-ci avait dit de Connas. Cratinos avait en elTct dit ironiquement : u Mange et donne satisfaction à ton ventre atîn que la faim s'éloigne de

qui, pour prix de ses victoires passées, devrait boire au Prytanée et, au lieu de délirer sur la scène, assister au théâtre, spectateur bien parfumé, auprès de Bacchus même^ » Nous verrons comment le vieil athlète répondit victorieusement à ces plaisanteries. Mais il est évident qu'elles expriment autant de respect et d'admiration pour son génie, que d'insolente pitié pour les œuvres de sa vieillesse. Vouloir qu'on entretînt Gratines de bon vin, au Prytanée et sur le trésor public, comme on y entretenait les magistrats qui avaient rendu les plus grands services à TÉtat, n'était-ce pas reconnaître et glorifier* les services qu'il avait rendus à l'art de la comédie?

L'éloge est magnifique, mais en ne nous laissant aucun doute sur le génie du poète dont le trait principal, d'après les métaphores mêmes employées par Aristophane, paraît avoir été l'élan, l'impétuosité lyrique, il est muet sur ce que nous désirons le plus savoir, je veux dire les perfectionnements que l'art doit à Gratinos. Voyons si les grammairiens anonymes Tispl Kto^wS^aç, qui nous ont conservé sans doute les jugements des critiques plus autorisés d'Alexandrie et de Pergame, nous éclaireront davantage. « Gratinos, dit l'un, vu son goût pour les écrits d'Archiloque qu'il prend pour modèle, est austère et âpre dans ses censures; il ne mêle pas la grâce aux plaisanteries mordantes pour effacer par là la grosièreté fâcheuse de ses reproches; mais il insulte les coupables rondement et, comme dit le proverbe, à visage découvert. Heureux dans ses inventions et dans ses plans, il l'est moins à les

toi et que Connas aux nombreuses couronnes te donne un baiser. " (Fr. inc, 317.)

1. Près de l'autel de Bacchus ou de la thymclé, où étaient la place du grand-prêtre du Dieu et celle de l'archonte.

DEVANCIERS D'ARISTOPHANE lôO

mettre en œuvre. A mesure qu'il avance et qu'il distribue les clifïérentes parties de son drame, il ne sait pas le remplir avec suite et conséquence. » — « Gratinos parut enfm, dit l'autre. Il porta jusqu'à trois le nombre des personnages comiques, mit dans la comédie de Tordre et de la conduite, et unit l'utile au plaisant en flétrissant les coupables et en les châtiant comme avec le fouet public de la comédie. Il fut très inventif et se régla dans l'agencement de ses comédies sur les tragédies d'Eschyle. »

Retenons ces deux informations; Gratinos porta jusqu'à trois les personnages comiques; Gratinos se régla dans sa composition sur Eschyle.

La première paraît peu de chose tout d'abord ; elle marque cependant le plus grand progrès qui restât à faire après Magnés. Pour le bien comprendre, il faut se reporter au développement, ou pour mieux dire à la création successive de l'action dramatique dans la tragédie. La grande invention de Thespis fut, dit-on, de placer un interlocuteur en face du chœur, ce qui constitua ce que nous pourrions appeler le drame orchestique, en transportant au drame cette épithète que les anciens appliquent aux poètes, drame qui n'existait encore qu'en idée, puisqu'il était forcément dénué d'action ^ et qu'il consistait tout en récits et en chants lyriques. Eschyle introduisit un second acteur en face du premier et du chœur; et l'action fut réellement créée par la lutte de volontés, de passions et d'intérêts opposés. Mais elle était assez raide et assez peu développée; elle ne s'assouplit et ne s'acheva que lorsque Sophocle eut imaginé un troi-

1. Il Y avait bien une action, mais elle se passait hors de la scène.

sième acteur qui, avec son caractère, ses passions et ses intérêts particuliers, départageât en 'quelque sorte et séparât les deux gladiateurs mis en présence par Eschyle et toujours tout prêts à s'égorger d'abord. L'intervention de ce troisième personnage suspendait le dénouement toujours près d'éclater dans les tragédies d'Eschyle; et, en le suspendant, il compliquait et variait l'action. Il se passa quelque chose d'analogue dans la comédie, si l'information du grammairien [ik izoôiomct [j-sypt. Tpiwv xaTioryio-sv) est exacte, avec cette différence que ce qui fut création chez les tragiques ne fut que simple innovation dans les comiques leurs imitateurs. Mais cette innovation avait une grande importance. Voici en quoi : il ne paraît pas que les comiques eurent à créer un à un les personnages comme cela arriva dans la tragédi'e; dès l'origine, ils mettaient plusieurs personnages en scène, mais sans mesure et sans règle, et en nombre indéterminé (tx Tîpoo-toira slo-TJyov aTax-iWi;). Gratinos fit cesser ce désordre (o-uo-TT^o-as TTiV aTaçiav) en n'admettant, comme Sophocle, que trois personnages principaux dans le drame et que trois interlocuteurs au plus sur la scènes

Mais en adoptant la technique théâtrale de Sophocle, Gratinos se régla sur Eschyle dans la composition et l'ordonnance de ses comédies : ce qui fait dire à l'un de nos grammairiens qu'il mit de l'ordre et de la conduite dans ce genre de poèmes, tandis qu'il paraît à l'autre manquer de suite et de conséquence dans l'exécution de ses plans, d'ailleurs heureusement conçus. C'est qu'en s'attachant à l'imitation d'Eschyle, chez lequel il y a un

1. Je serais donc porté à traduire ainsi la phrase du grammairien : u II fixa à trois le nombre des personnages », en donnant à 'xs/pi un sens limitatif (il alla jusqu'à trois personnages, et non au delà).

DEVANCIEIIS D'AUISTOIMIANE 161

ordre très simple et très profond, trop longtemps méconnu, Gratinos avec plus d'invention sut montrer encore beaucoup plus de conduite et d'ordre que Magnés. Mais, dans Eschyle, les différents incidents qui viennent diversifier une situation toujours la même, sans tenir néces> sairement les uns aux autres, sont tous déterminés, ainsi que les chants du chœur, par la pensée toujours présente du dénouement qui obsède l'esprit du poète, comme celui de ses personnages : sans quoi il perdrait sa voie à travers ces incidents en apparence incohérents et dans ces flots de poésie. Au contraire, dans la comédie, en général, le dénouement est peu de chose, et Ton peut dire que dans l'Ancienne Comédie la plupart du temps il n'est rien ; on comprend donc que Gratinos, qui n'est pas soutenu, dirigé par le dénouement, après avoir conçu vivement ridée première de son drame, ne sache point la remplir ni éviter le manque de conséquence et de suite. De fait, comme la tragédie d'Eschyle se réduit à peu près à une exposition et à un dénouement, la comédie de Gratinos devait n'être le plus souvent qu'une exposition, diversifiée par quelques incidents qui étaient ce qu'ils seraient dans Eschyle sans la pensée toujours présente de la catastrophe inévitable, c'est-à-dire de purs épisodes au sens où nous prenons ce mot \ N'est-ce pas ce que l'on pourrait dire encore de certaines pièces d'Aristophane où l'action vivement engagée s'arrête tout à coup, piétine sur place et ne présente plus d'autre développement apparent qu'une série d'incidents capricieux et fortuits?

Gela nous donne l'idée, au point de vue dramatique,

1. Au sens grec, l'épisode est la partie de l'action dramatique comprise entre deux chants du chœur.

d'un art puissant, mais encore rudimentaire, dans lequel l'action existait à peine, mais où abondaient le comique et la poésie. Malheureusement il est presque impossible de vérifier ces conclusions sur les débris incohérents et informes qui nous restent du théâtre de Gratinos. Je ne dirai qu'un mot de deux de ses principales pièces, les Chirons et la Bouteille.

Gratinos disait fièrement de la première : « Voilà ce que j'ai mis deux ans ^ à peine à composer. Je défie les autres poètes d'en faire autant dans leur vie tout entière. »

Le titre du drame était tiré du chœur composé d'êtres semblables par l'extérieur et par la sagesse au centaure Ghiron, le sage maître d'Achille, sous le nom duquel on avait même composé un poème didactique moral. C'était donc la sagesse, la vertu, la piété des hommes du bon vieux temps que Gratinos opposait, sous la figure de ces personnages, aux nouveautés corruptrices et funestes d'Athènes ou du temps présent.

« Heureuse la vie des mortels d'autrefois, comparée à celle d'aujourd'hui. Ils vivaient paisibles au sein de la sagesse aux doux discours, sans se tourmenter d'un

vain luxe, d'une nourriture somptueuse La menthe,

les lis ou la rose sur l'oreille, ils tenaient leurs assemblées, ayant à la main un bâton couronné d'une pomme d'or. »

Ils ne prenaient pas les Dieux à témoin pour se parjurer, mais, à l'exemple de Rhadamante,

1. Cobet pense que ces deux années sont celles que dura le décret restrictif de Morychidès : ce qui fixerait lo date de cette comédie. Rien dans les fragments ne vient confirmer ni infirmer cette conjecture. — Kock retranche le second vers, restitué par Both et par Cobet. Il me parait cependant contenu dans le texte du rhéteur Aristide : toî; S'àXÀo'.; sv àicavTc Pto) 7cpoTi6évat 9r,<j'l Tcoirjxatç [xifxeîaôai. Sauf le mot çr^j'i, tous les autres doivent appartenir à Gratinos.

« Ils juraient par le chien ou par Foie; c'était leur plus grand serment; quant aux Dieux, ils se gardaient d'abuser de leur nom. »

En un mot, le bon vieux temps brillait de toutes les vertus et de toutes les gloires, tandis qu'il n'y a que vice et honte aujourd'hui : tel était certainement le thème développé avec plus ou moins de verve et de fantaisie par le poète. On y évoquait Solon du fond des enfers pour corriger la république et rétablir les lois et les mœurs. Mais quel est le citoyen d'Athènes (car ce n'était pas certainement Ghiron ou ses étranges compagnons) qui faisait cette évocation? C'est ce que nos fragments ne permettent même pas de soupçonner! Les vives et amères sorties contre Aspasie et Périclès, que j'ai citées ailleurs^ sont empruntées aux Chirons, et l'on ne peut douter que Gratines n'en ait sans cesse appelé dans cette comédie à l'antique constitution de Solon et des ancêtres contre les nouveautés dangereuses du grand démagogue. Le poète y donnait aussi carrière à son humeur peu accommodante contre ceux qui passaient à tort ou à raison pour des citoyens pervers, et il avait sans doute fouaillé vigoureusement bien d'autres contemporains que Pisias, Osphyon, Diitrépès *, « ces bêtes impudentes ».

Les Chirons^ on peut le croire, étaient une des plus fortes pièces politiques de l'auteur; la Bouteille, son dernier triomphe, était sans contredit sa fantaisie la plus plaisante, et de toutes ses comédies elle est celle qui a laissé le plus de souvenirs. Horace nous en a conservé

1. Osphyon est absolument inconnu. Pisias n'a pas une notoriété beaucoup plus grande. Diitrépès était uu général, plusieurs fois mentionné par Thucydide (liv. VII, 29; VIII, 64), quoique Platon le comique l'appelle « xbv [xaivô[X£vov, tov KpYjxa, tov [JLÔyt; 'Attixov, le fou furieux, le Cretois, l'homme à peine Attique ».

la pensée fondamentale et comme la philosophie dans ce passage bien connu : « Si tu veux en croire, docte Mécène, le vieux Cratinus, il n'y a pas de poésies qui puissent plaire longtemps et durer , écrites par des buveurs d'eau. »

Prisco si credis, Mœceiias docte, Cratino, Nulla placere diu nec vivere carmina possimt, QutB scribuntur aqiiœ potoribus. »

Mais comment faire une comédie de cette étrange et piquante moralité? Gratines ne se proposait nullement de prouver une thèse générale, mais de répondre gaiement aux insolences d'Aristophane, qui, dans sa parabase des Chevaliers, l'avait présenté comme un vieillard délirant et assoiffé, chez qui le vin éteignait ce que l'âge lui laissait de génie. Il supposait donc, comme nous l'apprend le scholiaste d'Aristophane, que la Comédie était sa femme légitime, mais que, renonçant à toute cohabitation avec lui, elle voulait lui intenter un procès de xaxwo-£wç ou de mauvais et indignes traitements ; que les amis de Gratines survenant et l'entourant la priaient de ne rien faire de téméraire et de précipité et lui demandaient la cause de son aversion pour son mari, et qu'alors elle se plaignait qu'au lieu de la courtiser il se livrait à Méthé (l'Ivresse). Elle se plaignait en effet d'avoir été autrefois sa femme et de ne l'être plus.

FUV'^ 8'£X£LV0U TtpOTSpOV T, vGv ô'o'JXST!..

Elle, la bien-aimée de sa jeunesse, elle était maintenant négligée par son mari, qui courait après une folle donzelle, Putiné (la bouteille). Elle se demandait douloureusement si, « donnant toute sa pensée à cette nouvelle

DEVANCIERS D'ARISTOPHANE l(i:>

maîtresse, il n'allait pas chez elle se moquer de sa femme légitime et en faire des gorges chaudes ». Était-ce une maîtresse ou un mignon qui causait les infidélités du vieux poète? La bonne dame Comédie, passant de Tidée de MsOri (ivresse) ou de Uuiv/r^ (bouteille) à celle d'Olvo; (vin), parle tantôt de Fun et tantôt de Tautre, confondant, comme c'était Thabitude des Grecs, Tun et l'autre amour.

« Et maintenant, dit-elle, dès qu'il voit un bon petit vin de Mende dans sa pétillante jeunesse, il court après et l'accompagne en criant : « Ahî qu'il est délicat et « blanc ! Est-il bien capable de porter trois parties

« d'eau*? » Il est épris d'un vin mêlé d'eau à dose

égale, et moi je me dessèche d'amour et de regret. »

Les amis de Gratinos et de sa femme proposent leur intervention entre eux sur la manière de mettre fin à rinconduite du poète.

« Gomment, oui, comment pourrait-on bien l'empêcher de boire, de trop boire? — Je le sais, je briserai ses coupes, je foudroierai et réduirai en cendres ses tonneaux et tous ses autres ustensiles de buveur, et il n'aura même plus de saucière où il puisse mettre son vin -. »

1. C'est-à-dire est-il assez fort et f^énéreux pour être encore du virt après avoir été mouillé de 3/4 d'eau.

2. Moins les expressions Tuyxspauvwo-to o-uoêûv, il n'y a pas un mot dans ce fragment (lui ne convienne à une délibération de simples mortels et qui sente l'intervention d'un dieu. Le début même sytoSa est d'une telle familiarité qu'il semble exclure cette intervention. Ce n'est pas l'avis de M. Zielinski dans un article du Rheinische Muséum (188 i, :}02 et suiv.), comme me l'apprend M. Couat (art. c. sur la mort de Gratinos). « S'appuyant, dit M. Couat, sur ce fait reconnu que Lucien a imité dans ses Dialogues la Comédie Ancienne, il trouve dans la Bouteille de Gratinos un développement analogue à la double accusation de Lucien. Hermès joue dans la comédie du poète le même rôle ([ue dans le dialogue du satirique. La comédie et son volage époux comparaissent devant le dieu. Celle-ci se plaint des habitudes d'ivrognerie de son

Et Ton faisait disparaître tout ce qui pouvait servir la passion de Cratinos pour Méthé ou Putiné. C'est alors sans doute que, la première partie de l'action étant achevée, le chœur débitait la parabase dont il nous reste quelques bribes. Reprochant aux spectateurs de lui préférer des poètes qui ne le valaient pas, il leur donnait à entendre qu'ils n'étaient plus que des gueux depuis qu'ils donnaient le prix à ses indignes rivaux, tandis qu'ils étaient comblés de biens et de richesses, quand ils avaient le bon esprit de goûter et de couronner ses comédies \ Tel est en effet la force du mot Xt.Trepv-rÎTc? ^ que le poète emprunte à Archiloque dans ce vers :

mari. Hermès menace alors Cratinos de briser d'un coup de foudre ses tonneaux et ses outres de vin. A cette menace, Cratinos pâlit et tombe en syncope. Ses amis l'emportent comme un mort. Bien qu'il ressuscite après, c'est à cette partie de la pièce que feraient allusion les vers d'Aristophane : « 'ÀTtéôavev... (jopaxtàaaç, etc. «. Ces malheureux vers d'Aristophane qui feront faire toute espèce de suppositions gratuites tant que, à l'imitation de Bergk, on ne consentira pas à les prendre dans le sens propre et naturel, sont tout le fondement de cette explication. Car : 1° la remarque que Lucien a imité dans ses grands dialogues l'Ancienne Comédie est trop générale et trop vague pour qu'on puisse légitimement y asseoir une hypothèse déterminée comme celle non d'un dieu, mais de tel dieu; 2» comme Cratinos certainement plaidait sa cause dans la seconde partie de la comédie, devant un tribunal quelconque, on n'a pas le droit de prêter à Cratinos cette maladresse d'avoir mis dans sa pièce deux comparutions et deux jugements; 3° si Cratinos s'évanouissait, ce ne devrait pas être à la suite des menaces d'Hermès, s'il avait réellement mis Hermès en scène, mais lorsqu'il retrouve enfin, après de longues recherches, sa Bouteille, sa chère et bien-aimée Bouteille; 4» enfin ni dans le bref résumé que le scholiaste des Chevaliers (v. 399) donne de la pièce, ni dans les fragments, il n'est question de l'intervention d'un dieu, pas plus d'Hermès que de tout autre. — Cette explication doit donc être tenue pour non avenue : c'est une simple fantaisie d'érudit.

1. Cratinos avait été battu Tannée précédente par Aristophane et ses Chevalie?'S, comme l'indique la didascalie : Aristophane premier; second Cratinos avec les Satires; troi^^ième Aristoménès avec les Porteurs de bois {Arg. H).

Page 1