‹ La comédie grecqueChapitre 38 sur 109 · AtTTepvYjç- 0 £x 7i>ou7Îo'j TiÉvr,; (Hésychios · texte numérisé non relu

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« 0 Spectateurs, pauvres aujourd'hui, entendez donc mes paroles. »

Et pour répondre aux injures de l'auteur des Chevaliers , qui l'avait traité d'ivrogne et de radoteur, il apostrophait vivement l'insolent, «ce bavard, ce coureur de sentences , cet ^uripidaristophanisant » ; il lui jetait à la face d'avoir volé ses Chevaliers à Eupolis * ; puis, mêlant les affaires publiques à ses querelles personnelles, il plaignait le sort des galères que les arsenaux maritimes étaient insuffisants à recevoir et à mettre à l'abri, de ces galères « qui font tout » pour la grandeur d'Athènes, et n'épargnait pas sans doute les brocards à l'efféminé Clisthène, au lampiste orateur Hyperbolos, au scélérat Antiphon, à Lycon le gueux, et à Ghéréphon le mal peigné.

L'action reprenait après ce hors-d'œuvre consacré. On voyait Gratinos furetant partout et redemandant à tous les coins et recoins de la maison sa bien-aimée, la dive bouteille. Sa femme cherchait à le consoler ironiquement en lui disant qu'il « la reverrait dans peu (bien refaite et bien enduite de poix) par les gardiens de la maison publique ». A force de recherches, il la trouvait dans l'endroit oîi sa femme l'avait cachée; mais, ô horreur! elle était vide. « Tu as donc le ventre plein de toiles d'araignée, » lui disait-il avec un désespoir comique. Le malheur lui faisait-il faire des réflexions et le ramenait-il momentanément à résipiscence? et doit-on lui prêter ces mots : « Oui, je vois mes torts et ma

1. C'est ce que donne à entendre Eupolis lui-même, mais dans une pièce de plusieurs années postérieure à la Bouteille, les Baptes. Il fallait donc qu'Eupolis s'en fût plaint au moins en conversation, pour que Cratinos portât cette accusation au théâtre.

folie »? Et comme tout ivrogne revenait-il bon gré mal gré à ses amours, malgré sa bonne résolution et ses serments? On ne sait. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait plaidoirie, soit devant l'archonte, soit dans un conseil de famille. Gratinos, en orateur bien appris, se plaignait d'abord de la brigue et des menées qui menaçaient son innocence.

TyjV [Jiàv Tïapao-xsuTjV l'Jio^ yt.yvcoTXS'ïs,

disait-il à ses juges, devançant par cet exorde celui d'Andocide dans le discours sur les mystères, de Lysias plaidant contre Nicias, et d'Eschine attaquant Gtésiphon. Il faisait valoir des arguments irrésistibles, entre autres celui-ci :

« Quiconque ne boit que de Teau ne saurait rien produire d'ingénieux :

{>8iop Sa ttIvcov ouSàv av TÉxot. ijoztôv.

Les juges ou les arbitres devaient se laisser convaincre par ces raisons irréfutables, qui d'ailleurs conciliaient tout, la dive bouteille devenant pour les poètes la fontaine d'Hippocrène : ce qu'on voyait ipso facto. Gratinos buvait plus sec et plus dru que jamais, et, dans les transports de l'ivresse et de l'enthousiasme bachique, entonnait un chant, dont l'un des assistants admirait la beauté divine en s'écriant :

« Souverain Apollon, quel flot de paroles! Les ruisseaux bruissent. Parlant par douze bouches intarissables, rilissos est dans son gosier. Que te dirai-je? Si personne ne lui ferme la bouche, il inondera tout de ses vers. »

DEVANCIERS D'AIUSTOIMIANE IG'J

C'est précisément ce qu'il fallait démontrer ; et la démonstration parut aux Athéniens si péremptoire et si plaisante que la Bouteille l'emporta dans le concours sur le Connos d'Amipsias et, ce qui devait redoubler le triomphe du vieux poète, sur les Nuées d'Aristophane. Il était impossible de mieux finir sa vie de suppôt de Bacchus, au double titre de comique et de buveur.

On ne peut rien dire d'Ecphantidès ni de Ghœrilos, à supposer que ce dernier fût un poète comique \ si ce n'est que Gratinos se moquait d'Ecphantidès, qu'il qualifiait de Kapnias (vin passé et qui n'a plus ni force ni bouquet) % et qu'il s'engageait dans je ne sais quelle pièce à ne rien mettre qui rappelât la manière de Ghœrilecphantidès , avec la même vivacité que Voltaire repousse pour lui-même et renvoie à la Mothe-Houdard le violon discordant de Ghapelain. Téléclidès d'Athènes, contemporain de Gratinos et son cadet, Hermippos également d'Athènes , un peu plus jeune que Téléclidès, Myrtilos, frère d'Hermippos, Philonidès et Phrynichos continuèrent l'œuvre du vieux poète, et, s'ils débutèrent au théâtre avant Eupolis, ils sont tous, à part Téléclidès, ses contemporains plutôt que ses devanciers, la

1. On compte parmi les poètes tragi(iiies, contemporains d'Escbyle, un Ghœrilos qui brillait surtout dans le drame satyrique. Je serais très porté à croire que, par ignorance ou distraction, quelque grammairien l'a transformé en poète comique, si l'on ne trouvait cette glose dans Ilésychios : Xotpt).ov 'Exçavxt'ooî. KpaTtvoç, tôv 'ExcpavTÎSo;. Ouitoç eitiîv aùxbv xbv Xotpi'Xov. Cela s'accorde avec une autre glose qui fait de Ghœrilos l'esclave et le collaborateur d'Ecphantidès. Je ne suis pas encore convaincu. Cette dernière glose exprime-t-elle un fait constant ou simplement une interprétation du mot de Gratinos xov 'ExcpavxcSoç?

2. Ecphantidès fut pourtant couronné au moins une fois, et celui qui avait fait les frais du chœur, Thrasippos, lui dédia un tableau, représentant sans doute quelque trait remarquable de sa comédie (Arislote, Po/., VUI, ch. VI).

plupart de leurs ouvrages étant de la même époque que ceux d'Eupolis et d'Aristophane.

Téléclidès et Hermippos se signalèrent par leur animosité contre Périclès. Le premier renouvela les plaisanteries de Gratines sur la forme oblongue de sa tête S auxquelles il en ajouta d'autres sur la couleur de son visage, semblable à celle d'un furoncle enflammé. Il se plaignait que « les Athéniens eussent confié à un seul homme les tributs des villes, les villes elles-mêmes, qu'il asservissait ou libérait à son gré, le droit d'élever des murailles de pierre, d'en détruire d'autres, quand bon lui semblait, les traités, la puissance, l'empire, la richesse et le bonheur (public) ^ ». Il le représentait tantôt la tête penchée et courbée sous le poids des affaires, tantôt faisant jaillir de cette longue tête le trouble et la confusion de la Grèce. Il racontait je ne sais quelles amours de rOlympien avec l'Argienne Télésilla. Mais en revanche, il estimait fort Nicias, personnage d'un génie subalterne, auquel sa richesse, quelques services rendus au pays et l'appui de l'aristocratie firent une haute position, dont la république paya enfin les frais dans l'expédition de Sicile. Il écrivait donc ces vers à propos d'un sycophante inconnu :

« Khariclès ^ lui offrit une mine pour ne pas dire qu'il était sorti le premier de la bourse de sa mère. Nicias , fils de Nikératos, lui en donna quatre. Pourquoi agit-il ainsi? Quoique je le sache, je ne le dirai pas. Gar cet

1. KecpaXrj évoexixXivoç, tête longue comme onze lits ou plutôt d'une longueur telle qu'il eût fallu onze lits pour la porter. C'est une bien mauvaise hyperbole, à supposer que l'auteur ail réellement écrit évôexatxXivoç. A peine est-elle intelligible. (Fr. inc., 44.)

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