‹ La comédie grecqueChapitre 40 sur 109 · Fr. inc · texte numérisé non relu

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<rAristophane. Voici, par exemple dans VÉphialtc ', une jeunesse insolente, dont le moule n'est pas encore perdu :

« C'est une des choses les plus difficiles aujourd'hui que de se mettre en garde contre ceux-ci; car ils ont aux doigts un aiguillon, ces hommes qui ont la malveillance du misanthrope dans la fleur de la jeunesse. Ils disent à tout le monde de douces et flatteuses paroles en circulant sur l'agora. Mais êtes-vous monté à la tribune : ils forment un cercle pour vous piquer et pour faire de tout un objet de dérision. » Le titre même de Monotropos ou de riiomme aux mœurs solitaires indique que cette pièce, donnée la même année que les Oiseaux d'Aristophane et que les Komastes ou Buveurs d'Amipsias, aspirait à être une pièce de caractère en même temps qu'un pamphlet politique. Le principal personnage se dépeignait ainsi luimôme :

« Mon nom est Monotropos... Je mène la vie de Timon, sans esclave pour me servir, irritable, inabordable, ennemi du rire, taciturne, enfoncé dans mes propres pensées ^ »

S'il y a quelque gaucherie à dire ainsi : « je suis tel », au lieu de montrer ce qu'on est par ses actions, il y avait aussi, ce me semble, quelque mérite et quelque nouveauté à sortir du cercle des personnages fantastiques, si chers à l'Ancienne Comédie, pour entrer dans celui

1. H est bien évident par la chronologie que le litre de cette comédie ne peut être le nom d'Éphialte, auxiliaire de Périclès, et depuis longtemps mort assassiné. Mais s'agit-il d'un personnage réel sans notoriété ou du démon du cauchemar? Je crois que, malgré la règle des grammairien? sur éphialtès et épialtès (Éphialtès n'étant jamais qu'un nom d'homme, tandis que le démon qui oppresse la poitrine de ceux qui sommeillent était épialtès), Éphialtès est ici le nom d'un démon comme ailleurs Lamia.

2. Dans un autre fragment, un autre personnage dit sans doute du Monotropos : « Tl est sans femme, sans enfants. »

des personnages réels et possibles. J'ignore quel parti Phrynichos avait su tirer de sa conception; mais c'était une vraie trouvaille que ce caractère sauvage et misanthropique, se blessant de tout, et par conséquent d'autant plus propre à faire la critique des hommes et des choses du temps. Nous voyons seulement par les fragments que l'auteur ne ménageait pas les grands singes Lycéas, Téléas, Pisandros et Exécestidès; l'un, fameux par sa lâcheté; l'autre, plat adulateur; le troisième, de naissance illégitime ou Nothos; nous ne savons ce qu'il reprochait au quatrième. Il se moquait d'un gourmand inconnu pour nous, qu'il comparait par antiphrase au petit mangeur Hercule. Il lançait en passant son trait contre l'astronome et ingénieur Méton, qui avait le malheur de déplaire aux comiques :

« Quel est donc cet homme qui a l'air d'être livré à de grandes pensées? — C'est Méton de Leuconoé. — Ah! je sais, celui qui dirige le cours des fontaines. »

Enfin, il faisait indirectement l'éloge de Nicias en louant ironiquement je ne sais quel général de le dépasser de bien loin par le nombre de ses expéditions et par ses stratagèmes K Mais le fragment le plus important du Monotropos est une sortie violente contre l'orateur Syracosios, qui venait de renouveler par une loi la défense de jouer personne sous son nom, pour couper court sans

1. On dirait que les comiques se donnaient le mot pour parler soit en bien, soit eu mal des mêmes hommes dans des pièces représentées au même concours. Ainsi Aristophane fait bâtonner dans les Oiseaux ^\èion, que raille ici légèrement Phrynichos. Ainsi les vers de Phrynichos sur Nicias sont presque littéralement ceux d'Aristophane dans les Oiseaux mis à la scène en même temps que le Monotropos :

oi (TocpcoTaT', eu y' àvsOps; aùtb xa\ (7Tpa-r,yix(o; uTtepaxovTÎÇeiç œ-j y' r,ô/i Nixt'av xaïî [itjx^jccX;

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doute aux indiscrétions et à l'ingérence importune des comiques dans l'enquête sur les Hermocopides, qui troublait alors toute la cité. On peut croire que cette loi fut fort mal reçue par ceux dont elle prétendait limiter la liberté et qu'elle fut assez inefficace. Car si Aristophane se contente dans les Oiseaux d'appeler Syracosios une pie, Phrynichos le prend sur un autre ton :

« Au voleur! Arrêtez Syracosios! Il est pris sur le fait, et que mal lui en arrive ! Il a aboli le droit de jouer dans la comédie ceux qu'il nous plairait K »

On voulait surtout empêcher que la licence de la comédie n'ajoutât aux inquiétudes et à l'affolement des Athéniens. Phrynichos ne se contenta pas dans le Monotropos, comme Aristophane dans les Oiseaux, de nommer d'une façon désobligeante Pisandros, qui poursuivait l'enquête avec le plus de fureur, il le tourna encore en ridicule dans les Komastes ou Buveurs, représentés en mêm.e temps que ces deux pièces sous le nom d'Amipsias.

« Prends garde, fait-il dire par un des convives à Hermès, qui avait fait avec eux la débauche : ne va pas t'estropier en tombant et donner l'occasion d'une accusation à un second Dioclidès. — J'y veillerai; je ne veux pas faire gagner le prix d'une délation à un Teucros, cet hôte exécrable et maudit '-. »

1. Ou de ceux qu'il me plairait en supposant que eTiîO'Vo'Jv est à la première personne du sinf^ulier comme l'entend Gurtius {Hist. gr., t. III, p. 345 de la trad.), et non à la troisième du pluriel en sous-entendant o\

2. Amipsias donna au concours de 415 une comédie intitulée les Komastes, laquelle eut le prix. On trouve dans les œuvres de Phrynichos une pièce du même titre. Pas un seul fragment des Komastes d'Amipsias. pièce couronnée : ce qui peut paraître étrange. Aussi snppose-t-ou que Phrynichos donnant en son propre nom le Monotropos fit représenter en même temps les Komastes sous le nom d'Amipsias, exactement comme Aristophane, ayant à présenter ensemble les Guêpes et le Proagon, donna

Le Monotropos, comme l'observe Meineke, n'était pas une comédie de caractère, comme le fut peut-être celui d'Ophélion, poète de la Moyenne Comédie : les fragments que je viens de citer le démontrent de reste. Il l'était même moins, selon toute probabilité, que la comédie en apparence toute personnelle d'Eupolis, intitulée Callias. Il n'en est pas moins vrai que le titre même, comme celui du Morose de Platon, était une nouveauté et montre que l'Ancienne Comédie pouvait, quant à ses sujets, sortir des personnalités et de la fantaisie. Les autres pièces de Phrynichos rentraient dans le moule et la manière habituelle. Rappelons seulement celle des Muses, qui, jouée en même temps que les Grenouilles, avait un sujet analogue à celui de ce chef-d'œuvre d'Aristophane. C'était la dispute d'outre-tombe entre Sophocle et Euripide au sujet du sceptre de la tragédie : les Muses, à ce qu'il semble, étaient les juges du débat \ Phrynichos n'était pas moins sévère et injurieux qu'Aristophane à l'égard d'Euripide, s'il faut appliquer à la Muse de ce tragique, comme le conjecturent non sans vraisemblance quelques érudits, ce vers plus que vif : « 0 courtisane, bateleuse et coureuse. »

Le vrai héritier de Cratinos, c'est, avec Aristophane, Eupolis, fils de SosipolidèSc On ne sait au juste la date de sa naissance ni de sa mort. Mais ce qui paraît certain,

sous son nom la première de ces pièces et la seconde soup le nom de son ami Philonidès.

1. Il faut citer ce quatrain, le plus long des fragmeats des Muses : « Bienheureux Sophocle qui, après une longue vie, est mort en homme fortuné et en habile homme. Ayant composé de belles et nombreuses tragédies, il a eu une belle fin sans avoir jamais éprouvé aucun mal. >> Sophocle fut en effet un habile homme, un malin (ôsEtô;), et plus malin que ne pouvait encore le supposeï Phrynichos. Car il mourut avant de voir Athènes réduite à la dernière extrémité et occupée par les Péloponnésiens, puis par des scélérats pires que l'ennemi.

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c'est qu'il débuta très jeune au théâtre (à dix-sept ans, dit-on) et qu'il s'y fit un nom avant Aristophane, de même âge à peu presque lui ; et d'un autre côté, une tradition, il faut le dire, très douteuse, rattache sa mort à l'expédition de Sicile. Alcibiade, qu'il venait de flétrir avec sa société de viveurs dans les Baptes, le fit, dit-on, plonger dans la mer par ses hommes, et retenir dans l'eau jusqu'à ce que la mort s'ensuivît, un peu avant le départ de la flotte. Ce serait donc entre la Sô*" olympiade et la 9P (133-415) ' qu'il aurait donné toutes ses comédies . Mais, Ératosthène, cité par Gicérun % produisait des didascalies, prouvant que les Baptes n'étaient nullement la dernière des œuvres d'Eupolis, ce que vient confirmer un fragment du second Autolycos, où il est question d'Hipparchos, stratège en 411. C'est donc vers 410 qu'on doit vraisemblablement placer sa mort, et je ne crois pas qu'on puisse guère la faire descendre plus bas ^

Quoi qu'il en soit, il y eut non seulement rivalité, mais encore, après quelques relations amicales, une sorte d'inimitié jalouse entre Eupolis et Aristophane. Eupolis a-t-il vraiment collaboré à la Comédie de cette pièce, dont même, si l'on en croit le scholiaste des Chevaliers, la seconde parabase serait tout entière de sa main *? Il le dit : « Ces fameux Chevaliers^ je les ai composés avec ce chauve et je lui en ai fait cadeau. »

1. La plus ancienne des pièces d'Eupolis dont nous sachions exactement la date est les Nownénies, jouée la même année que Ips Arharnien'< (425).

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