Prol. de Com., III
2. On suppose qu'il paraissait dans les Flatteurs. II y était parlé de lui; ce n'est pas douteux. *< A. Qu'Alcibiade sorte enfin de parmi les femmes (c'està-dire cesse d'être une femme). — B. Es-tu Ibu? Rentre chez toi et donne de l'exercice à la tienne, » sans doute de peur qu'AIcibiade ne lui en donne. Mais rien ne prouve dans les fragments des Flatteurs qu'Xlcibidide y parût en personne.
sa société de viveurs corrompus et impies. Il avait un tel goût pour ces exhibitions de personnages réels, qu'il faisait monter sur le théâtre même des hommes auxquels certainement il ne voulait aucun mal. Nicias, par exemple , Mironide et Phormion se seraient bien passés, je crois, de jouer un rôle, les deux premiers dans les Dêmes et l'autre dans les Taxiarques \ quoiqu'ils y parussent comme des citoyens honorés et honorables. Mais enfin, comme nos hommes politiques doivent se résigner à faire en bien et en mal l'occupation des journaux, Phormion, Mironide, Nicias, Alcibiade, Hyperbolos et autres pouvaient s'attendre aux impertinences de l'Ancienne Comédie : c'était là en quelque sorte la rançon de leur haute position et de leur rôle considérable dans l'État. Qu'avait fait Callias, un simple particulier % à peine en possession de son vaste patrimoine, pour devenir le sujet de la comédie des Flatteurs? Il donnait un mauvais exemple en dissipant sa fortune à festoyer les élégants d'Athènes, tels qu'Alcibiade ou le poète gourmand Mélanthios, des sophistes comme Protagoras, des flatteurs ou des parasites comme Orestès, Marpsias et le socratique Chéréphon, au milieu de chan-
\. Il y a quelque doute au sujet de Phormion, ce glorieux amiral d'Athènes. On se demande s'il n'était pas mort avant l'apparition de la comédie où il figurait; si le lieu de la scène, dans cette pièce où Bacchus paraissait en assez mauvais conscrit, n'était pas aux enfers. Dans ce cas, sa dignité n'aurait pas eu plus à souffrir que sa gloire de la liberté qu'Eupolis prenait de le mettre en scène. Car il aurait été représenté comme la personnification de l'ancienne discipline opposée au relâchement de la discipline actuelle, exactement comme Eschyle dans les Grenouilles est la personnification de la vieille et grande poésie opposée à la nouvelle poésie dégénérée.
2. KaXXtav [xàv âv Aiovuatoiç èxa)[j.(oS£i EOiroXi; îot(6T/;v à'vSpa. (Max. de Tyr, XX, 7.) — Gela paraît tout simple au scholiaste des Oiseaiix. Eupolis, dit-il, l'a suffisamynent joué dans les Flatteurs : xsxwfjLwôrjxs ôà aOrov Ey- •TioXiç îxavwç èv K6Xa;t.
teuses, de danseuses et de fdies de joie. Soit. Voici un adolescent qui sort à peine de l'enfance; il vient de remporter aux Panathénées le prix du pancrace dans le concours des enfants. Il est beau : « Gomme lorsque paraît dans la nuit la clarté (d'une étoile), elle attire à elle les yeux de tous, ainsi la beauté d'Autolycos attira tous les regards sur lui », dit Xénophon dans le Banquet. « Et la beauté, ajoute-t-il, a quelque chose de royal, lorsqu'elle est accompagnée de la pudeur et de la sagesse, » comme c'était le cas d'Autolycos. Eupolis prend aussitôt à partie le jeune victorieux, lui, et son père Lycon, et sa mère Rhodia, dans une pièce qui a pour titre son nom S Et avec quelle violence! Vous voyez cette maison avec ses trois logettes comme dans les lieux de prostitution. L'une est pour le fils, véritable Eutrésien % qui offre ses faveurs à tout le monde; la seconde pour le père, qui lui a donné l'exemple de ce beau commerce; la troisième pour la mère, que Fauteur représentait ailleurs comme l'égout où venait confluer la luxure publique ^ On ne passe pas la porte de la maison sans payer le droit d'entrée, et ses habitants sont descendus dans l'infamie plus bas que la courtisane Myrrhiné, qui paraissait on ne sait comment ni pourquoi dans VAutolycos, et à laquelle son amant
1. Eupolis, faisant jouer son Autolycos par Démostrate (ou sous le nom de Démostrate), y vilipende la victoire d'Autolycos (Athénée.. V, p. 216 d). Et si ce n'était que sa victoire qu'il vilipende! Mais cela fixe la date de la pièce. La victoire de l'adolescent étant de l'ol. 89, 3, la pièce fut jouée ol. 89, 4 (421).
2. Il y avait une ville d'Arcadie du nom d'Eulrésie. Eupolis joue sur le mot et donne toute autre chose à entendre, comme l'indique celte glose de l'Ety. Mag. : 'EuTpi^ffto; irapà to xsTprjaôai (dividi). Tbv AjtôXuxov o E-JV noXtç axcôuxei.
3. On lisait clans les Villes: aijTrep eut rr)v A-Jxtovo:; k'ppst tzôl^ àvr,p, n comme tout homme court chez la femme de Lycon ». Eupolis raillait encore Lycon dans les Aiiiis au sujet des débordements réels ou supposés de sa femme Rhodia.
Léogoras reprochait piteusement de s'être ruiné pour elle. Il n'y a presque pas un seul fragment de cette pièce, consistàt-il en un simple mot, qui ne ramène la pensée sur ridée d'un mauvais lieu et de ce qui peut s'y passer. A voir cette rage de diffamation et de flétrissure contre une famille probablement honorable \ on serait tenté de se demander si, par hasard, Eupolis n'était pas un coureur de beaux garçons et n'avait pas été repoussé par Autolycos, comme Aristophane, ce me semble, le donne à entendre en obligeant confrère ^ Mais il y a, je crois, une explication plus simple : Eupolis était un homme de parti très passionné, et pour peu que Lycon fût un des fauteurs de l'opinion opposée, cela suffisait pour qu'Eupolis le jugeât capable de tout et transformât des cancans en faits avérés, des peccadilles en monstruosités. Lycon appartenait vraisemblablement au parti populaire, comme semble l'indiquer la mort funeste de son fils, assassiné par les Trente ^ Je crois à une erreur de la
1. Rien dans le Banquet de Xénophon ne peut faire supposer quoi que ce soit de semblable aux accusations d'Eupolis contre Lycon et Autolycos.
2. Lorsqu'Aristophane écrit dans la parabase des Guêpes : « Je n'ai jamais tourné de côté et d'autre dans les palestres pour séduire les jeuues gens, etc. », répond-il à des accusations portées contre lui par ses rivaux ou fait-il lui-même de malignes insinuations contre leur moralité? Le scholiastc des Guêpes (sur les v. 102 et s.) note que cela est dit à cause d'Eupolis, 6ià E'juoAiv. Et il ajoute qu'Eupolis avait fait de tels reproches à Aristophane dans V Autolycos (èv S' A-jtoXûxo) TotxjTa y^ai). Mais V Autolycos est de plusieurs années postérieur aux Guêpes : ce qui fait supposer à Wilamowitz qu'Aristophane répond à des insinuations d'Eupolis, contenues dans ([uelquc pièce parue avant les Gicêpes. Mais pourquoi ne supposerait-on pas qu'Aristophane a le premier lancé ces accusations perfides contre Eupolis, sans toutefois le nommer, et qu'Eupolis les lui renvoyait dans son Autolycos?
3. Règle générale : toutes les fois que vous voyez un homme mis à mort par les Trente et que cet homme n'avait pas nue grande fortune que ces scélérats pussent voler, vous pouvez dire qu'il était du parti populaire.
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passion politique et non à une bassesse dans Eupolis. Car il paraît avoir eu, comme le dit Platonius, quelque chose de magnanime dans le caractère et dans le talent.
La comédie des Dêmes était celle où se montrait le plus ce caractère, et c'est pour cela que j'en traduirai le plus de fragments possible, /.ev Dêmes roulaient sur la politique intérieure ou plutôt sur l'état moral d'Athènes, comme les Villes, autre comédie d'Eupolis, roulaient sur la conduite que les Athéniens tenaient à l'égard des villes alliées ou sujettes et sur celle qu'ils auraient dû tenir. Le rôle principal paraît avoir appartenu à Xicias, qui, inquiet de l'état où il voyait les affaires de la république, voulait pour la sauver s'inspirer, non de sa propre sagesse, mais de celle des aïeux, et qui, par conséquent, évoquait les âmes de ces grands citoyens d'autrefois, Solon, ]\liltiade, Aristide, Périclès *. C'est à cette évocation que fait allusion Platonius en parlant de ce qu'il y avait d'élevé dans l'imagination d'Eupolis. On ne voit pas ce que le vieux Solon pouvait conseiller à Nicias. Miltiade, à ce qu'il semble, s'indignait plus du mauvais état de la république qu'il n'indiquait le moyen de le corriger. « Non, par mon combat de Marathon, aucun d'eux n'aurait à se réjouir, s'il contriste mon cœur, » s'écriait-il; ce que Meineke paraphrase de la sorte : « Je tirerai une terrible vengeance de ceux des généraux athéniens qui, par leur lâcheté et leur impéritie, déshonoreront la gloire que j'ai
\. Ttov xcojjLixtbv Tt; âuoÎTQds TeTTapaç Ttbv TTpoaTaxcov ivsjTWTa;. Ces mots du rhéteur Aristide sont expliques ainsi par le scholiaste : E^tcoaiç ItzoIt,- <rev àvaaTavxa; tov Mt^TiàSyiv, xa't 'AptaT£:8r,v xa\ ïloXwva xat IlsptxXsa. — Quant à Pisistrate que le scholiaste des Acharniens {\ . 61), semble ajouter à ces quatre ^Eu^oXiç 6s âv Aiqjjloc; eldayet tov llcto-îaxpaTov paiiXia"», on De voit pas ce qu'il pouvait faire là, et il n'en reste aucune trace dans les vers conserves d'Eupolis.
conquise et laissée à la république. » Aristide semble dire quelque chose; mais ce qu'il conseille est bien général et bien vague. « Il faut en tout et toujours observer la justice. » Il devait sans doute développer sa pensée et la préciser en l'expliquant. Mais, au lieu de cette explication, nos fragments ne nous fournissent plus que ce bout de dialogue entre Aristide et Nicias :
« Gomment as-tu pu devenir juste? — La nature y a contribué principalement, et moi j'ai joint avec ardeur mes efforts à la nature pour l'aider. »
Mais voici que paraît en dernier lieu la plus forte tête des enfers : on reconnaît là une nouvelle forme de la plaisanterie si usée sur la configuration de la tète de Périclès. C'est lui-même en effet qui s'avance; et ce dialogue s'établit entre deux interlocuteurs inconnus :
« A. Ce fut l'homme le plus puissant par la parole. Quand il s'élançait dans la carrière, comme les bons coureurs, il devançait tous les autres orateurs de dix pieds. — B. Tu ne parles que de son agilité ; mais à part cette prestesse, je ne sais quelle persuasion résidait sur ses lèvres : tant il charmait les auditeurs et tant il avait le privilège, seul entre tous, de laisser un aiguillon dans les âmes de ceux qui l'écoutaient. »
C'est quelque chose que de reconnaître si franchement la supériorité oratoire de Périclès, et surtout que de le placer parmi les plus grands hommes d'Athènes, les Selon, les Aristide, les Miltiade. Nous sommes loin de la haine aveugle de Téléclidès et d'Hermippos. Si Eupolis avait eu quelque chose de l'intelligence et de la profondeur politique de Thucydide, son contemporain, qui était du même parti que lui, quels conseils il aurait pu donner à Nicias par la bouche de Périclès! Car ce n'était ni Aris-
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tide, ni Miltiade, ni Solon qui pouvaient éclairer beaucoup Nicias et les autres hommes politiques d'Athènes sur les affaires actuelles de la république et de la Grèce. Périclès seul, si Ton s'en rapporte à Thucydide, savait ce qu'il fallait faire et ce qu'il fallait éviter. Mais alors c'eût été une nécessité de sacrifier quelque peu Nicias, ce héros des honnêtes gens, si différent du grand démagogue dans sa conduite au dedans et au dehors. Au lieu de ces conseils que nous serions en droit d'attendre d'une bouche si autorisée, et qu'Eupolis, je le crains, n'avait pas su trouver malgré son sincère patriotisme, nous ne voyons dans les fragments que l'indication d'une scène purement accessoire, sinon déplacée, entre Périclès et Mironidès.
« P. Mon fils naturel vit-il? — M. Oui, et depuis longtemps il serait un homme, s'il ne frémissait abattu sous le malheuY d'avoir pour mère une courtisane. — P. Étrange fatalité que je ne puisse avoir pour enfants que des béliers (des êtres stupides), tandis que les oiseaux ont des petits semblables à leurs pères ! »
Quoique le poète n'ait peut-être pas tiré tout le parti désirable de cette évocation du plus grand politique d'Athènes, il semble toutefois qu'il avait fait quelque effort pour ne pas laisser inutile le concile d'illustres morts qu'il avait fait sortir pour un moment des tombeaux. Car je lis ces vers débités sans doute par le chœur :
« Vous ne souffrirez plus, héros Miltiade et Périclès, de voir commander des adolescents efféminés et sans pudeur, dont tout l'art militaire est dans la belle jambe qu'ils traînent élégamment. »
Et ces autres :
« Ce ne sont plus des hommes mûrs, mais de jolis poupons qui montent à la tribune » Eupolis plaçait-il au
nombre de ces poupons et Bouzygès, c'est-à-dire Démostrate, le maudit braillard, et Phaeax, qui avait plus de parlage que d'éloquence *? Tout cela peut sembler étrangement sérieux pour une comédie. Mais tout cela montre aussi une élévation de sentiment et une ardeur de patriotisme bien rares chez les comiques, quoiqu'ils se donnent pour les seuls patriotes d'Athènes. A peine retrouvet-on, je ne dirai pas de la comédie, mais de la satire, dans quelques paroles âpres et virulentes jusqu'au cynisme, où perçait l'indignation et la colère, dont Perse fait l'attribut principal et distinctif de la muse d'Eupolis. C'est ce qui paraît sensible dans certains fragments qui ont dû appartenir au chœur, et même à cette partie du chœur qu'on nomme la parabase. On croirait entendre un orateur qui parle du haut d'une tribune. Les voici :
« Sur bien des sujels d'intérêt actuel, je ne sais vraiment que vous dire, tant je m'afflige en voyant l'état de votre république. Ce n'est pas ainsi que, nous vieillards, nous conduisions autrefois les choses de l'État. Mais nous avions des chefs, nés des plus grandes maisons, les premiers par la naissance et par la fortune, que nous honorions comme des dieux. Et ils l'étaient en effet. C'est ainsi que nous vivions en sûreté. Maintenant, pour quelque pays que nous partions, nous n'avons pour nous conduire à la guerre que des généraux sortis de l'élection, excréments de la cité Si quelque mignon montre son derrière dans les rues, on lui présente de l'eau pour se laver les mains (c'est-à-dire on l'invite à dîner). Mais l'honnête homme et utile à la république, et qui gagne quelque vic-
4. Aa>.^v ap'.jTo?, àSuvarfoxaTo; ).£Y£'.v. excellent vers que Sallnste semble avoir traduit volontairement ou fortuitement par ces mots : loquax magis quam facuncliis.
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toire, nul ne lui fait cet honneur Voulez-vous que je
conclue en un mot et que je vous parle comme à des citoyens sur la chose en question : Mr, Tra'.ol Ta xo-.và *, Xe laissez pas les affaires publiques (comme une épée) aux mains des enfants... Quant à tel ou tel % il devrait, victime expiatoire de la cité, griller en pétillant dans les carrefours, avec le bois où il aurait été pendu. » Et Eupolis ne montrait pas moins de véhémence et d'élévation dans la parabase des Villes : « Ceux dont vous n'eussiez pas voulu autrefois pour inspecteurs des vins, criait le chœur, aujourd'hui vous en faites des stratèges. 0 république, république, que tu es plus heureuse que sage! »
Il perce, ce me semble, dans ces débris mutilés une hauteur de conviction et une chaleur d'àme qu'on chercherait en vain dans Aristophane, lequel, à tant d'autres égards, est supérieur à Eupolis. C'est l'homme passionné pour l'antique grandeur d'Athènes, qui s'exagère singulièrement cette grandeur, et qui ne peut supporter le présent en regard de ce passé glorieux. Hommes et choses, tout lui paraît petit, mesquin, méprisable et odieux, et s'il attaque avec amertume tout ce qu'il voit, c'est moins par esprit d'aristocratie et de conservation quand même, que parce que rien ne lui paraît répondre à cet idéal vrai ou faux qui fait battre son cœur.
Je sais avec quelle hésitation il faut se prononcer sur des œuvres aussi mutilées; mais il me semble que pas une des quinze comédies que nous connaissons d'Eupolis, à l'exception peut-être de celle des Chèvres, où passait de temps à autre un parfum de campagne en