‹ La comédie grecqueChapitre 44 sur 109 · Le proverbe était Myj uat6\ [xaxaipov · texte numérisé non relu

Le proverbe était Myj uat6\ [xaxaipov

2. Ce fragment commence par ov : le texte désignait donc qneNjue politique pervers dont le nom a disparu.

tleur, ne trahit la gaieté ou la fantaisie, soit dans son titre, soit dans les rares fragments qui en subsistent. La Race d'or est un titre trompeur et ironique. Car ce n'est point une peinture du premier âge innocent de l'humanité, mais une satire violente d'Athènes ; cette race d'or est une race perverse *. Quant à la comédie des Taxiarf/iies, imitée par Lysippe dans son Bacchns faisant ses exercices, elle offre bien quelque fantaisie dans sa fable, qui représentait Bacchus faisant l'apprentissage de la guerre sous Phormion. Le Dieu lœtitide dator et qui aime ses aises était naturellement un assez mauvais soldat. Ses répugnances pour la piètre nourriture, pour la façon toute sommaire de mettre le couvert entre deux mottes de terre, pour le vêtement bientôt aussi crasseux que peu élégant, en un mot pour toutes les privations et tous les exercices fatigants qu'impose la discipline, étaient la partie plaisante de la pièce et eussent fourni une mine inépuisable de bouffonneries à un Aristophane. Mais je ne doute pas que, de même qu'Eupolis avait stigmatisé le manque de patriotisme et la lâcheté des Athéniens dans ses Réfractaires ou Androgynes, il n'eût ridiculisé et flétri dans les Taxiarques le laisser-aller, la mollesse et l'indiscipline de ses concitoyens à l'armée. Il raillait cependant, si l'on en croit Platonius, avec agrément et avec grâce. Mais cet agrément et cette grâce devaient tenir au langage dont nécessairement beaucoup de finesses nous échappent. Ces qualités ont laissé bien peu de traces

\. De ce qu'Athénée no cite point Eapoiis parmi les comiques qui avaient dépeint l'âge d'or ou une espèce de pays de Cocagne, WilamoAvitz conclut très justement que le poète n'a nullement pensé à décrire la félicité de l'âge d'or, même pour l'opposer aux misères de son temps. Car Athénée paraît avoir ramassé tout ce que l'Ancienne Comédie avait laissé sur ce sujet (VI, 267 e — 270 a).

DEVANCiEKS D'AinSTOPHANK I81i

dans nos fragments, où, ce qui domine, c'est le chagrin amer et véhément du satirique ^ Sa comédie n'avait, je crois, ni Tentrain jovial de celle de Gratinos, ni la variété, la finesse et la profondeur de celle d'Aristophane; mais elle devait être plus passionnée et plus uniquement inspirée par les haines politiques.

Avec quelle douleur ne voyait-il pas ces vieilles et grandes familles, pour lesquelles il professe tant de respect, parce qu'elles font partie de la gloire d'Athènes, primées par des parvenus et déchues en quelque sorte de leurs privilèges d'honneur par les caprices de l'élection! Mais ce qui excitait le plus son indignation, c'était de les voir se dégradant elles-mêmes par leurs vices ou par leurs flagorneries au peuple; et il ne montrait pas plus de ménagements pour Alcibiade dans les Baptes -, pour Gallias dans les Flatteurs que pour Hyperbolos dans le Maricas. Lancée au milieu des préparatifs de l'expédition de Sicile, lorsqu' Athènes, comme ensorcelée par

1. Il faudrait sin<^ulièrement modifier ce jugement, si la seconde parabase des Chevaliers (à partir du vers 1288 jusqu'à la fin) était réellement d'Eupolis, comme l'affirme le scholiaste, on ne sait sur la foi de quel document. Mais il me faudrait d'autres preuves que la parole d'un scholiaste pour retirer ce morceau à Aristophane.

2. Je conserve le mot grec, parce qu'on n'est pas d'accord sur sa signification (teinturiers, plongeurs, ou baptiseurs). Mais je ne fais aucun doute que ce dernier sens ne soit le vrai. 11 me semble déterminé par fanecdole sur la mort d'Eupolis. Le scholiaste du rhéteur Aristide rapporte qu'Alcibiade joué dans les Baptes fit plonger le poète dans la mer en prononçant ce distique : Tu me plonges dans l'eau sur la scène; moi, je te plonge dans les flots de la mer et je t'y ferai périr dans des eaux plus cruelles :

|3dt7iTeiç (x' £v OufxsXrjaiv, èyà) hi ae xûjxaat tiovtou pauTÎ^wv oXé<7w vat;jLa(Ti iitxpoTépoi;.

Le distique est évidemment apocryphe, comme la légende sur la mort d'Eupolis est fausse. Mais, fabriqué par un homme qui connaissait la pièce d'Eupolis, il en indique le sens. Il y avait dans les Baptes une représentation de la cérémonie du baptême (.SârcTst; as èv O-jasXrjjtv), el jiia7tT£i(; équivaut à jâaTiTtîiwv, comme le montre le second vers.

l'.IO LA COMÉDIE GRECQUE

l'ambitieux neveu de Périclès, semblait tout entière dans le délire, la comédie des Baptes fut une protestation contre Tengouement général pour Alcibiade, et comme l'annonce de l'accusation d'impiété qui allait bientôt le poursuivre à propos de la mutilation des Hermès. Malheureusement les fragments de cette pièce sont si décousus qu'il me paraît impossible d'en ressaisir la fable. Ce -serait cependant pour nous un morceau capital dans l'œuvre d'Eupolis,'non peut-être au point de vue de l'art, mais parce qu'il nous donnerait les renseignements les plus précieux, tant sur Alcibiade et sa société de jeunes débauchés esprits forts, que sur les superstitions étrangères qui s'infiltraient alors dans le monde hellénique et qui lui venaient non de la Perse et de l'Inde, comme le veut Ém. Burnouf, mais de l'Asie Mineure et de la Thrace.

Nous sommes plus heureux avec la comédie de Callias ou des Flatteurs; sans espérer la reconstruire de toutes pièces, nous pouvons du moins en faire connaître le des-

sein général. Dirigée contre Callias, qui commençait à dissiper en prodigalités et en débauches l'immense fortune que lui avait laissée son père Hipponicos, elle était une pièce toute personnelle et toute politique, destinée à flétrir cet indigne descendant d'un ami de Solon ; mais elle contenait une comédie morale ou de caractère. Les personnages qui composaient le chœur n'étaient pas des êtres burlesques, comme des Chèvres, des Oiseaux, des Grenouilles, ou des êtres de fantaisie et des entités rationnelles, comme les Nuées, le Juste, les Audaces, ou des personnages divins et fabuleux dont le poète parodiait et défigurait la légende, mais de vrais hommes ayant un caractère propre et déterminé.

« *Voulez-vous savoir la vie que nous menons, nous

DEVANCIERS D'AHISTOlMlANi: 101

autres flatteurs? Je vais vous le dire, écoutez. Nous sommes des hommes de tout point élégants. Un esclave nous suit, qui la plupart du temps est celui d'autrui et bien rarement le nôtre. J'ai ces deux élégants manteaux que vous voyez; et mettant l'un ou l'autre, je cours toujours à la place publique. Là, si je vois un homme sot, mais riche, c'est à lui que je m'attache, et si ce richard vient à dire quelque parole, je la loue sans réserve, je m'extasie, comme si j'étais ravi de son esprit. Puis nous allons (nous les flatteurs), l'un d'un côté, l'autre d'un autre, manger les gâteaux d'autrui, dans les maisons où le flatteur doit improviser force gentillesses, à peine d'être jeté à la porte. C'est ce qui est arrivé, je le sais, à cet Acestor, qui porte la marque des méchants esclaves. Il avait dit une plaisanterie indécente. Un esclave l'entraîna dehors, un carcan au cou, et le remit aux mains (du guichetier) OEnéos. »

Il y a ici la même maladresse, mais aussi la même tendance à la comédie morale ou de caractère, que nous avons signalée dans le Monotropos de Phrynichos. Ces flatteurs sont gens « que ni le fer, ni l'airain, ni le feu ne peuvent empêcher de courir où un bon dîner les appelle », par exemple, à la maison du riche et fastueux Callias, où « les délices abondent, où l'on trouve et des crabes et des grives et des lièvres, et des danseuses aux pieds agiles ».

Réduisez le chœur à un seul personnage, ou plutôt mettez un homme à la place de cet être conventionnel qui s'appelle le chœur, et vous avez le Kolax de Ménandre. La pièce d'Eupolis était donc, comme son second titre' l'indique, une vraie comédie morale enchâssée dans une satire personnelle et politique. Gela devait réagir sur la peinture du principal personnage, qui n'était plus seule-

ment tel ou tel individu d'x\thènes appelé Gallias, mais la dupe de tous les temps et de tous les pays, que sa vanité et son faste livrent en proie à l'adroite rapacité des flatteurs. Nul doute que les personnalités ne tinssent encore une place considérable dans la peinture de Gallias. Eupolis répétait ce qui se savait ou se disait de sa prodigalité, de son luxe, de son faste, de ses débauches et de sa sottise. Mais il me semble impossible que, mis aux prises non plus avec tel ou tel flatteur, mais avec la flatterie personnifiée, Gallias ne devînt pas aussi la personnification de la sottise ambitieuse. Get homme dont le luxe fait venir l'eau à la bouche du chœur et qui, selon ses expressions peut-être ironiques, « fleure les Grâces, dont les pas sont des danses molles et lascives, les selles des gâteaux de sésame et de miel, et les crachats des pommes odorantes » ; ce prodigue autour duquel « se tient comme un concours de flatterie, dont les prix sont des coupes, des danseuses ou autres instruments de volupté basse et servile ^ », compte ou fait mine de compter avec ses dépensiers de peur d'être volé.

1. Est-ce Eupolis qui a volé Phérécratès, ou Phérécratès, Eupolis?

u 0 toi qui rotes la mauve et respires l'hyacinthe, dont les paroles sont comme le mélilot et le sourire comme les roses, dont les baisers sont marjolaine, les caresses ache, le rire smyrnium et la démarche pantoufle de Vénus, verse à boire et entonne le troisième péan, comme c'est la coutume. » Cela ne signifie pas grand'chose en français et ne doit rien dire à mes lecteurs. Mais, qu'à la place des substantifs que j'ai été forcé d'employer pour n'être pas absolument barbare, ils mettent, comme dans la première ligne de ma traduction, des verbes accompagnés d'un nom de fleur pris adverbialement, et ils se feront une idée de quelque chose d'élégant jusqu'à la recherche. Y a-t-ii maintenant quelque intention obscène dans les mots ysXwv tTiuoTDvtva, comme le veut Meineke, qui interprète tTruocréXiva par tTiuoTropvixôv? cela est possible, surtout ces mots étant précédés de iipoaxtvtov déXiva, qui, sans être brutal et grossier, n'est pourtant pas de la dernière modestie; Tipoaxivcbv est plus expressif que le mot caresses que j'ai employé. Il y a certainement une équivoque, un jeu de mots dans xoajjioo-âvSaXa patvtuv, aâvôaXa signifiant

DEVANCIERS D'ARISTOPIIANJ: 493

«... J'ai acheté des poissons pour cent drachmes seulement, huit loups de mer et douze dorades.... — Mets cent drachmes pour le menu du repas. — Voici. — Mets une seconde mine * pour le vin. » Il pourrait bien envoyer au moulin son esclave surpris à faire danser quelque peu l'anse du panier. Mais, comme un agonothète dans les jeux publics, il distribue dans ses festins des prix à ses flatteurs ^; ou plutôt chacun prend ce qu'il veut, pourvu qu'il le paye en monnaie de singe.

« Ils emportent, ils enlèvent l'or de la maison; l'argenterie est mise au pillage l'aiguière (pour verser l'eau

sur les mains) évanouie, » — dit sans doute quelque vieux serviteur fidèle, en voyant les prodigalités insensées de son maître. Une autre scène nous montre Gallias faisant avec une sorte d'intendant l'inventaire de l'immense fortune que lui avait laissée Hipponicos. Le poète avait-il voulu y représenter, comme l'admet Kock d'après Athénée, la prise de possession des jjiens patrimoniaux par Gallias, ou, comme le suppose Frisch, une énumération des objets qu'il proposait en prix à ses adulateurs, ou bien ne serait-ce pas plutôt une fine observation morale du poète nous montrant le prodigue, qui se donne en spectacle les richesses qui lui restent? C'est vers cette explication que j'inclinerais volontiers, quoique les fragments nous laissent dans l'incertitude à ce sujet, comme on va le voir.

sandale, pantoufle et xoajxoaàvôaXa désignant une fleur, dont j'ignore le nom français et qui est Venuspantoffel en allemand. 4. La mine égalait 100 drachmes, et la drachme à peu près 93 centimes

de notre monnaie.

(c A. Écoute donc quel est le mobilier de cette maison j'ai tout inscrit jusqu'aux moindres ustensiles...

— B. Mets encore et les terres et les troupeaux de grosses et de petites bêtes Mets encore le cheval de course... »

On ne sait à quel propos, peut-être à la vue de quelque objet de peu de valeur, Théritier fait cette oraison funèbre de celui à qui il doit la fortune, dont il est fier et qu'il est en bonne voie de dissiper :

« C'était un homme économe. Dans toute sa vie, avant la guerre (actuelle), il ne s'est régalé qu'une seule fois de sardines, lors des affaires de Samos, maigre chère pourtant, qui ne coûte pas la moitié d'une obole. »

A côté de ces scènes à la fois morales et familières, il y en avait d'autres d'un caractère plus particulier. Mais Eupolis avait-il produit sur le théâtre les relations de Gallias avec les sophistes, ou ne les faisait-il connaître que par les plaisanteries jalouses des flatteurs irrités que d'autres vinssent partager leur proie? On l'ignore, et ce bout de dialogue entre deux inconnus ne nous éclaire pas davantage :

« A. Qu'Alcibiade cesse enfin d'être femme. — B. Que radotes-tu là? ne ferais-tu pas mieux d'aller chez toi et d'y donner de l'exercice à ta compagne? » Car rien ne prouve que ce dialogue ait lieu dans ia salle du festin, où Gallias faisait fête à Protagoras et consorts. Mais les vers suivants étaient certainement dans la bouche des flatteurs, soit de ceux qui formaient le chœur, soit de quelque convive, le poète tragique Mélanthios, le crasseux Ghéréphon, le stratège Gléocritos ou tout autre écornifleur, qui, impatienté des faits et gestes des sophistes, était sorti du banquet.

« A l'intérieur est Protagoras le Téien, qui débite pompeusement, le scélérat maudit, ses impudences sur les

choses célestes, et qui dévore les biens de la* terre

Protagoras recommande à Gallias de boire afm d'avoir le

poumon plus humide que celui d'un chien Et quels

morceaux il avale bravement ! »

Voilà tout ce que nous pouvons entrevoir de la pièce des Flatteurs : c'est bien peu sans doute; mais ce peu suffit pour faire sentir que la comédie morale avait ou pouvait avoir plus de place qu'on ne le dit généralement, dans l'Ancienne Comédie, et c'est pourquoi j'y ai insisté. Cette œuvre d'Eupolis appartient toujours, et plus même que le Monotropos de Phrynichos, àT'loia lajjiê'.xri, puisqu'elle prend à partie un personnage réel et vivant. ]\Iais on n'y rencontre ni dans les fragments, ni dans le dessin général, ni dans la composition du chœur, rien de ce fantastique dans lequel on a voulu faire consister toute l'Ancienne Comédie; tout y est emprunté au monde réel, à des faits d'observation journalière. Et pourtant la pièce d'Eupolis n'en fut pas moins bien reçue du public athénien. Elle obtint le prix sous l'archonte Alkaios aux Dionysies, sur la Paix d'Aristophane et sur les Frateres de Leucon*, et elle resta parmi les pièces les plus célèbres du poète : ce qui donne à réfléchir sur les définitions ou descriptions que les modernes ont faites de l'Ancienne Comédie, lesquelles sont loin de convenir à tout le défini, comme disent les logiciens; car loin d'embrasser toute l'Ancienne Comédie, ces descriptions et définitions ne me paraissent môme pas s'appliquer exactement à toute la comédie politique et personnelle, telle que l'ont pratiquée Cratinos, Eupolis et Aristophane.

1. 'Evtxrjas 6à Toi SpdtfxaTC 6 7T0ir|TYiç ('Apiarocpavr,ç) èit* ap^^ovTOç'AXxatO'j èv aiTTîi. ripibxoi; EuuoXiç KoXa^c, SeÙTepoç 'ApiaxoçavYjç Elpr,vr,, xpÎTo; AcOxwv <I>p(iT£pai (Arg. de la Paix.) — Les fvùres dont il s'agissait dans la pièce de Leueon sont les hommes de la môme fratrie. Ce concours est de 421.

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