‹ La comédie grecqueChapitre 49 sur 109 · Sorte de démon du cauchemar · texte numérisé non relu

Sorte de démon du cauchemar

2. Nothippe est composé de i'tttio; et de vôOoç : toute la méchanceté de ce changement du nom de Gnésippe en Nothippe est dans ce mot de vofjo; ([ui signifiait que Gnésippe n'était pas porté légitimement sur les rôles des citoyens. C'est Willamowitz qui a reconnu avec beaucoup de probabilité l'identité de Gnésippe et de Nothippe et ainsi elTacé Nothippe de la liste des tragiques, où il faisait double emploi.

il n'avait hérité que l'orgueil ^ Mais ils n'en étaient pas moins des personnages fabuleux, comme Poésie, qui, selon une conjecture de Gobet, avait un rôle dans la pièce, était une simple allégorie. Cela devait réagir sur la fable de la comédie. C'est ce qui est plus sensible encore pour les Amphictyons. Si cette pièce avait une parabase, où l'auteur non seulement soignait ses affaires poétiques avec assez d'impertinence pour le public : — 0 vous qui êtes si ingénieux à certains égards, mais à d'autres, plus grossiers que les grosses olives sans suc, ^ — mais encore où il se moquait aigrement de la passion des Athéniens pour les procès : — Vous les plus excellents des citoyens dans l'art des délations et des citations, cessez enfin ces procès où vous vous mangez les uns les autres; — le fond de la fable était tout mythique. C'était probablement Amphictyon, fils de Deucalion et de Pyrrha, qui faisait de Fheureuse condition des premiers hommes ^ une description

1. Il est possible que les vers, cités par Diogène, où Téléclidès donnait pour collaborateurs à Euripide son beau-père Mnésiloque et Socrate, fussent extraits des Hésiodes. Mais ce n'est qu'une conjecture.

2. Il y a ici une plaisanterie intraduisible. L'auteur joue sur les mots cpauXoTspoç (ignorant, sot) et cpauXfwv (grosses figues peu savoureuses). Il est à peu près aussi aimable à l'égard des spectateurs qu'un vaudevilliste qui leur dirait : « 0 vous plus melons que les melons ». Mais si l'impertinence subsistait, le jeu de mots disparaîtrait.

3. Je vais te dire la vie que je procurais aux hommes dans l'origine. La paix était pour tous comme l'eau pour les mains. La terre ne produisait ni monstres terribles ni maladies, mais les choses nécessaires poussaient d'elles-mêmes. Tout torrent roulait des flots de vin : les galettes, luttant à l'envi avec les pains, se disputaient les bouches des hommes en les priant de les avaler, s'ils aimaient les plus blanches. Les poissons venant dans nos demeures, se faisant frire eux-mêmes, étaient tout prêts sur les tables. Près des lits où s'accoudent les convives courait un fleuve de bonne sauce roulant des quartiers de chair bien chaude, et des ruisseaux; de jus d'herbes pilées s'ofl'raient à qui voulait pour humecter et amollir la bouchée qu'il allait avaler. Des plateaux étaient chargés de pâtisseries saupoudrées d'assaisonnement délicieux. Des grives toutes rôties avec des pains mollets vous volaient dans le gosier, et l'on entendait le doux bruit de? gâteaux se pressant et se bousculant autour de la mâchoire. Des enfants jouaient comme aux osselets avec

toute semblable à celle que Gratès avait déjà faite de je ne sais quel pays de Cocagne; et Ichthyon n'était sans doute pas le seul personnage mythique de l'invention de Téléclidès, qui eût un rôle ou dont il fût question dans la pièce. Hermippos, le plus violent des détracteurs de Périclès, et qui, après comme avant la mort de cet homme politique, fut toujours un homme de parti extrêmement passionné, donne encore plus dans le mythologique que Téléclidès. Sur huit pièces dont nous avons les titres et quelques fragments, cinq sont empruntées à la fable. Admettons que la Nativité de Pallas ait été composée soit sous le régime prohibitif de Morychidès, soit dans le déclin de l'Ancienne Comédie et aux approches de la Moyenne : il en restera toujours quatre, les Dieux , les Cercopes, les Parques et Europe, qui étaient mythologiques par leur fond, quoiqu'elles appartinssent par leur esprit à la comédie de combat. Il faudrait même y ajouter les Spartophores (porteurs de paniers), si Meineke ne ne se trompe pas, en rapportant à cette pièce un morceau cité par Athénée sans mention de sa provenance. Car il est certain que ce morceau était dans la bouche de Bacchus. Pour moi, je ne fais aucun doute qu'il ne fît partie de la même œuvre que celui qu'on nous donne comme appartenant certainement aux Spartophores. C'est dans les deux passages la même parodie de l'hexamètre et du style homérique. Dans l'un et l'autre fragment ^ l'auteur s'amuse non pas à travestir, comme Épicharme

des morceaux et des fragments de tripes. Les Iiommes alors étaient gros et grands, vrais enfants de la terre.

1. Si, avec Kock, on vent qu'il n'y ait pas de raisons pour rapporter les deux passages à une seule et même pièce, cela est encore plus favorable à ma conclusion générale. Car plus il y aura de morceaux, appartenant à des pièces différentes, qui sortent du ton de la comédie agonistique,

OU Cratinos, quelque légende homérique, mais à parodier le grand style d'Homère, comme Hégémon de Paros, qui suivait lui-même l'exemple d'Hipponax d'Éphèse, en appliquant à des objets vulgaires les nobles formes de l'épopée. Ainsi il représente Bacchus énumérant les vins les plus renommés, entre autres :

« Le vin de Mendès que les dieux boivent eux-mêmes jusqu'à en compisser leurs molles couvertures; le vin de Magnésie au goût flatteur, et le vin de Thasos au-dessus duquel s'élève et plane la suave senteur de la pomme. C'est celui de tous les vins que je juge de beaucoup le meilleur après l'irréprochable Ghio qui dissipe le chagrin. Il est un vin que l'on appelle le saprias \ lequel, au sortir du goulot de la bouteille débouchée, sent la violette, sent la rose, sent l'hyacinthe; une odeur divine se répand par toute la maison eu toit élevé. C'est tout ensemble de l'ambroisie et du nectar. Voilà le vin qu'il faut dans le festin joyeux donner à boire à mes amis; à mes ennemis, qu'on serve du Péparèthe M »

plus il sera vrai que la comédie à la façon de Cratès a eu une extension plus grande qu'on ne suppose, au v« siècle.

1. Si tel est le sens du vers 'Eaxi ôs xtç olvoç, xov 8-)) Saupîav xaXéouaiv, Bacchus n'est pas fort sur la langue des gourmets. Le saprias n'était pas une espèce particulière de vin, mais tout vin dont l'âge avait corrigé l'âpreté et développé le bouquet. Bacchus veut-il parler seulement du chio, et faut-il traduire : « C'est un vin qui, etc. » Mais, outre qu'il est faux que le chio s'appelât saprias plutôt qu'un autre vin vieux de bonne qualité, le petit mot xiç serait embarrassant. Supposons donc une bévue de Bacchus, auquel les ignorances et les sottises sont choses familières dans les comédies.

2. Fr., 82. Voici le fragment certain des Spartophores : « Dites-moi maintenant, Muses qui habitez les demeures olympiennes, depuis que Bacchus navigue sur la mer à la couleur vineuse, tous les biens qu'il apporte ici aux hommes sur son noir vaisseau. De Cyrènc, le sylphion et les cuirs; de l'Hcllespont, des maquereaux et toute espèce de poisson salé; de l'Italie, du froment et des côtes de bœuf; du pays de Sitalcès, de la gale pour les Lacédémoniens ; de celui de Perdiccas, des mensonges, plein de nombreux navires. Syracuse fournit des porcs et du

Ces plaisanteries d'un goût plus que mitigé, capables à peine d'amener un sourire sur les lèvres, conviennent mieux à la comédie pacifique de Gratès qu'à la comédie militante de Gratines et d'Eupolis, et j'ajoute à la comédie littéraire d'Antiphane, qu'à celle plus fantastique de Gratès.

Les deux courants comiques que nous avons distingués se rapprochaient donc, se mêlaient sans cesse et se pénétraient, dans les œuvres des plus anciens comiques. Retranchez quelques noms propres de certaines comédies de Gratines, de Phrynichos ou d'Eupolis, adoucissez l'àpreté de la censure en lui donnant quelque chose de plus général, et vous aurez, pour la contexture et pour la fable du drame, des pièces analogues à celles de Phérécratès et de Gratès. Ajoutez au contraire aux pièces de ceux-ci une plus grande profusion de noms propres et des injures moins émoussées, et elles deviendront toutes semblables à celles d'Eupolis et de Gratines. Je conclurais de là que la comédie attique du v*" siècle, prise dans son ensemble, est beaucoup moins différente qu'elle ne semble d'abord de la comédie sicilienne. Si vous prenez les deux extrêmes, une pièce comme les Acharmens ou comme les Chevaliers d'Aristophane, et une pièce purement mythologique de Gratès ou d'Épicharme, il semblera qu'il n'y

fromage; quant aux Corcyrécns, que Poséidon les extermine avec leurs vaisseaux creux, parce qu'ils ont l'esprit double. Voilà ce qui nous est venu de ces pays-là. De l'Egypte ont été importés des voiles pour les mâts et du papyrus; de la Syrie, de l'encens. La belle Crète fournit le cyprès pour les temples dos dieux; la Libye, de l'ivoire en abondance et excellent; Rhodes, des raisins secs et des figues qui procurent d'agréables songes. De l'Eubée viennent des poires et des pommes magnifiques; de la Phrygie, des esclaves dociles; de l'Arcadie, des soldats mercenaires. Pagase nous envoie de méchants esclaves et des forçats au front marqué; les Paphlagoniens, des noix et de superbes amandes, ornement des festins; la Phénicie, de la fleur de farine et le fruit du palmier; Carthage, des tapis et des oreillers aux belles nuances. »

^4^ LA COMÉDIE GRECQUE v%

a aucun point de contact entre ces deux variétés de l'art comique. Mais mettez entre ces deux extrêmes les comédies de Phérécratès avec leurs rares et timides personnalités, et vous trouvez facilement le trait d'union. Cela deviendra sensible, je l'espère, quand nous expliquerons non la constitution extérieure , mais la constitution intime des œuvres d'Aristophane : son fantastique nous paraîtra bien proche voisin du mythique d'Épicharme. Ils se rejoignent tous les deux dans la tendance allégorique, inhérente à toute la comédie grecque jusqu'à Ménandre, qui y substitua des fables purement humaines.

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