‹ La comédie grecqueChapitre 56 sur 109 · Acharniens, v · texte numérisé non relu

Acharniens, v

une accusation posthume. Car on la retrouve sous une autre forme dans l'anecdote d'Alcibiade, qui, voyant son oncle soucieux et lui demandant le sujet de son inquiétude, lui conseilla de chercher non les moyens de rendre ses comptes, mais les moyens de ne pas les rendre : ce que fit Périclès en jetant Athènes dans une guerre interminable K Je sais qu'un comique n'est pas tenu à l'impartialité, à l'exactitude, à la gravité d'un Thucydide; mais lorsqu'on est Aristophane, je veux dire un poète de génie, lorsque, de plus, on fait profession de n'attaquer par le ridicule que le faux et le mauvais, on devrait y regarder à deux fois avant de calomnier son pays. Malheureusement, notre comique était trop de son parti pour ne pas verser l'odieux et le ridicule sur ses adversaires politiques, et tous les moyens lui paraissaient bons pour cela. Après avoir diffamé en passant Périclès qui était mort, il conspue Lamachos, un des plus honnêtes officiers de la république et à qui Ton ne pouvait reprocher que la condition peu fortunée et peut-être peu relevée de ses parents. Il le fait traiter par son Dicseopolis (bon citoyen) comme le dernier des faquins et des intrigants, sauf à le nommer plus tard le héros Lamachos. « Oser parler ainsi, toi qui n'es qu'un mendiant, à un stratège? — Moi, un mendiant? — Et qui es-tu? — Qui? Un bon citoyen sans ambition, faisant le service depuis que dure la guerre, tandis que toi, depuis que dure la guerre, tu es un général à gages. — C'est qu'ils m'ont élu par leurs suffrages. — Oui, trois morveux infâmes. C'est en haine

1. On peut voir par Thucydide ce que pèse cette anecdote. Outre les trois grands discours en style direct qu'il met dans la bouche de Périclès, il en est plusieurs autres indirects dans lesquels Périclès explique sa politique et les ressources de la république. On voit là combien peu il redoutait de rendre compte de son administration financière.

de ces désordres que j'ai conclu une trêve, parce que je voyais des hommes en cheveux blancs sous les drapeaux, tandis que les jeunes gens, semblables à toi, pour échapper aux fatigues du service, vont en Thrace ou auprès de Gharès ou en Ghaonie..., comme ambassadeurs à trois drachmes par jour. — C'est qu'ils ont été élus pour cela. — Mais pourquoi recevez-vous toujours une solde sous un prétexte ou sous un autre, tandis qu'aucun de ceuxci * n'en reçoit? Je te le demande, Mariladès, toi qui as blanchi sous le harnais, as-tu jamais été envoyé en ambassade? Il dit que non. Et pourtant il est un citoyen sage et laborieux. Et vous, Dracyllos, Euphoridès, Prinidès, y a-t-il un de vous qui ait visité les Ghaones ou Ecbatane? Ils disent que non^ Mais vous les avez visités, vous, et le fils de Gœsyra, et toi, Lamachos, vous à qui jadis, à cause de votre écot que vous ne payiez pas, et de vos dettes, tous vos amis ont dit, comme font d'habitude ceux qui jettent par la fenêtre l'eau dont ils ont lavé leurs pieds : retirez-vous ^ » Voilà le respect des lois, des votes réguliers et des magistrats populaires, que professaient Aristophane et les hommes du parti oligarchique. Si de pareilles imputations n'ont pas eu tous les mauvais effets qu'elles pouvaient avoir, on ne doit l'attribuer qu'au bon sens du peuple, de cette démocratie tant décriée. Mais peuton dire que ces criailleries incessantes n'aient pas rendu plus molle et plus incertaine la conduite de la guerre?

i. Les gens du chœur ou même la foule des spectateurs.

2. Toujours ce déplorable ressort de l'envie. Si Mariladès et les autres n'ont point touché d'émoluments de la république, c'est qu'ils étaient incapables d'être généraux ou ambassadeurs : réponse très simple, mais qui ne détruit pas les effets de l'envie mise en jeu. L'envie, il faut bien le dire, est le fléau des républiques, et tous les pamphlétaires le savent bien.

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