‹ La comédie grecqueChapitre 60 sur 109 · Grenouilles, v · texte numérisé non relu

Grenouilles, v

demandant aux sages de me juger sur les choses sages que j'ai dites, et à ceux qui aiment à rire, de méjuger sur le rire que mes plaisanteries ont excité \ » Mais comment ces deux choses, le sérieux et le plaisant, naissent-elles Tune de Tautre, de manière que le ridicule, poussé jusqu'au burlesque et au bouffon, ne soit que l'expression et l'enveloppe de cette chose sérieuse jusqu'au morose, la démonstration d'une thèse politique, sociale, philosophique ou littéraire? L'auteur comique, officiant en quelque sorte de Bacchus, sans jamais oublier le but qu'il poursuivait comme polémiste, devait se souvenir aussi du lieu de la fête où il prenait la parole, et du public très mêlé auquel il s'adressait, et en qualité de poète faire appel, pour le besoin de la cause qui lui était chère, non à la raison, qui n'était guère de mise en pareille occurrence et avec de tels auditeurs, mais à l'imagination, cette folle du logis, la vraie reine de l'orgie de Bacchus. Or l'imagination se produit chez lui de deux manières : par l'abstraction et par l'hyperbole. Tout poète, sans doute, qui invente un idéal dans le beau ou dans le laid, dans le sérieux ou dans le comique, procède par abstraction . Ainsi , Tartufe est une abstraction à certains égards. Molière a écarté tous les traits accidentels ou individuels de l'hypocrite, pour n'en conserver que les caractères les plus généraux, ce par quoi l'hypocrite n'est pas tel ou tel hypocrite, mais l'hypocrite même; puis il s'est efforcé de réaliser cette abstraction, en lui donnant un nom, un visage, une âme. On ne ferait pas autrement, si l'on voulait mettre en scène l'idéal d'un héros au lieu d'un coquin. Cette manière d'agrandir et d'idéaliser la

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