‹ La comédie grecqueChapitre 63 sur 109 · Nuées, V · texte numérisé non relu

Nuées, V

nages et à celle du drame entier plus rigoureusement encore qu'à celle des détails. Qu'on se rappelle le mot de Pascal qui ne veut pas avoir affaire à un mathématicien, de peur qu'il ne le prenne pour un argument. Aristorphane, sans être mathématicien, mais par cela même que son imagination est très raisonneuse et ses apparentes extravagances très raisonnées, prend en effet ses personnages pour des arguments et il les traite comme tels. Il les façonne, les travestit et les défigure au gré de la thèse qu'il veut démontrer. Lamachos, autant qu'on peut en juger par Thucydide, qui donne peu de détails intimes sur les hommes et qui se contente d'exposer leurs actions publiques, était un général habile et énergique, qui servait son pays simplement et sans jactance; il devient, dans les Acharniens, un glorieux et un bravache, traînant majestueusement et bruyamment son grand sabre, et ne parlant que de sa lance, que de son casque, que de son bouclier à la tête de Gorgone ^ Mais il fallait cela pour opposer le guerrier au pacifique, la sottise de la guerre au bonheur raisonnable de la paix. Rien de plus faux, je crois, si l'on ne regarde que les faits, mais aussi rien de plus plaisant et de plus conforme à l'idée que veut faire triompher le poète, que cette antithèse de Lamachos et de Dica^opolis : « Esclave, décroche ma lance et apportela-moi. — Esclave, esclave, retire le boudin du feu et apporte-le-moi. — Allons, que j'ôte ma lance de son étui.

— Tiens, tiens ferme, esclave, que je retire la broche...

— Donne-moi mon vaste bouclier rond, illustré de la tête de la Gorgone. — Et moi, ce gâteau rond, illustré d'un fromage ^.. » Ce contraste se développe encore pendant

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