Ibid., V
une vingtaine de vers avec une verve étourdissante. Puis l'un s'en va combattre et l'autre banqueter, tandis que le chœur tire la conclusion : « Bien du plaisir à tous les deux, dans vos expéditions qui ne se ressemblent guère. L'un va boire couronné de fleurs, avec une belle fille à ses côtés, qui le caresse; l'autre va geler et se morfondre à monter la garde pendant la nuit K » Enfin, pour achever l'opposition, Aristophane, poussant les choses jusqu'au bout, en même temps qu'il expose les gaietés de Dicœopolis ivre et chantant, se plaît à faire entendre les plaintes de Lamachos, qu'on rapporte blessé et qui gémit et se lamente comme une femme ou comme un enfant : les braveries ne sont plus de saison, lorsqu'on a le pied rompu d'une chute, ou la poitrine crevée d'un coup d'épée.
L'entrée de Gléon dans les Chevaliers est magnifique et semble promettre la forte peinture d'un sycophante au service des appétits populaires. Mais ce caractère, qui s'annonçait si bien par ses premières paroles, tourne aussitôt à la charge, et Gléon, au lieu d'être un personnage réel, n'est plus qu'une marionnette que le poète fait mouvoir et grimacer à son gré pour le rendre odieux et ridicule. Est-ce lui ou le poète qui dit : « 0 vieillards héliastes, confrérie des trois oboles, que je nourris en hurlant à tort et à travers, secourez-moi ^ »? Est-ce qu'un coquin, si effronté qu'on le suppose, crierait devant des témoins qui sont ses ennemis : « J'avoue que je suis un voleur; conviens-tu que tu en es un autre ^ »? Le démagogue, le plus servilement populaire, dirait-il, en